Longtemps je me suis couché…dans le temps. Marcel Proust (incipit et derniers mots à la recherche du temps perdu) Je souffle sur le premier jour Je murmure tout bas Ce que personne n’entend Sur cette page Cette plage qui risque D’être envahie par la marée noire De l’an qui vient Je souffle sur les cendres De l’an passé J’ai essayé d’en prendre soin J’en ai gardé dans le secret Quelques vibrations D’une langue emmiellée Par le vin le vent la vie La source des textes précieux Auxquels je pose chemin faisant Des questions enfantines La Plupart du Temps il est vrai Proses ou poèmes ne répondent pas Mais aujourd’hui premier jour C’est magique Il semble que c’est à moi-même Que le livre parle et répond Abracadabra Comprenne qui pourra VIATIQUE Premier jour Beréshit « En premier » Je clos ainsi curieusement Mon mémento Agenda commencé il y a un an déjà Par ces mots : L’année sera belle Ou ne sera pas Tant bien que mal Elle a été… Celui qui a été ne peut plus désormais avoir été Désormais ce fait mystérieux et profondément obscur D’avoir été Est son viatique Pour l’éternité Vladimir Jankélévitch
Tag Archives: Proust
COMME UN ENFANT
Comme un enfant me dis-je Plus tu vieillis plus tu accueilles les paroles des livres Comme un enfant écoute les contes Que Maman lui lit Comme un enfant tu prends la phrase Qui s’allonge se tortille Sombre et minutieuse comme une ancolie 1 Même si parfois les yeux t’en tombent Comme un enfant qui dort Tu poursuis dans ta tête les belles formes d’art au malheur exercées, Du côté de chez Proust 1 relisant Baudelaire 2 Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau 2
TEMPS PERDU ET RETROUVÉ
Perdu puis retrouvé
Une question de Temps
chez Marcel Proust
qui déploie nuit après nuit
cette âme humaine dont une des lois,
fortifiée par les afflux inopinés de souvenirs différents,
est l’intermittence…
Question d’annonce dans le journal
ou le quartier :
Chien perdu sans collier
Appelez le 06 00 00 00
Si vous l’avez retrouvé
Pain perdu et dont le goût redoré
par un mélange d’œufs et de lait
Nous fait remémorer
ces quatre vers appris sur un coin de table
Alors que Mère nous régalait
de ce mets goûteux :
Elle est retrouvée
Quoi ? L’éternité
C’est la mer allée
Avec le soleil
A.Rimbaud

SANS LA SURCHARGE D’AUCUN SAVOIR
agenda du 01 au 07/02/2021

Lundi 01/02/2021
7h57 Écrire ici simplement. (dès que l’on ouvre l’œil du matin). Ce que sont incapables de faire « les intellectuels », écrit Marcel. Oui, j’ai relevé la phrase chez Proust. (sans commentaire). Mais ailleurs, sur d’autres terrains de jeux d’écritures, j’ai tout loisir de me perdre dans des phrases sans fin, que je parviens parfois à remettre sur pied, ou que je laisse tomber. Mais ici, sur l’agenda, oui, écrire…simplement.
8h07
Mardi 02/02/2021
5h25 Couché comme les poules (pas les « cocottes »), les images de la télé ne me disant rien, j’ai repris le roman de chevet (Anna K.), « posté » le poème du jour après un premier somme, à minuit : « Une fois n’est pas coutume », écrit le nouveau dans la foulée « Sans la surcharge d’aucun savoir » (c’est du Bachelard), et me voilà prêt à 5h30 à me glisser dans la nouvelle journée.
Mercredi 03/02/2021
7h48
Lieu de savoir des rêveries. J’arpente chaque après-midi la petite plage de Fos sur Mer (il y a une grande, mais adossée au complexe industriel). Je m’arrête une ou deux fois pour tracer sur le sable des visages éphémères que je photographie. Puis c’est le molle du port à voiles, ses roches blanches qui servent d’observatoire pour découvrir un horizon de tankers, d’usines et au nord-ouest le point de fuite vers Port saint Louis et la Camargue. Hier, à 16h j’étais seul, le temps était presque printanier, la mer laiteuse me berçait, oublieuse des misères du monde en temps de claustration subie.
7h58
Jeudi 04/02/2021
8h04
J’épluche de vieux carnets, des blessures de « maux » sur leurs pages. C’était une sale année, avec sa terrible partition cancérienne. Écrire, malgré tout, était une manière de donner le change. Chants rêveurs, en clair-obscur. Mais à la fin, c’est l’obscur qui a gagné.
8h12
Vendredi 05/02/2021
7h53
«Je vais mon train », chanson de colo. J’en ai fait deux, comme petit colon (à Tarnos dans les Landes sur l’Océan), deux comme « mono ». Une à Souillac (Lot), l’autre à Campan (au pied du Tourmalet). Épisode impossible à vivre aujourd’hui, une après-midi de chaleur orageuse, on avait fait entre deux équipes, une bataille digne de « La guerre des boutons ». Les gosses, uniquement des garçons d’une dizaine d’années, tout nus, avaient « bataillé » dans un petit torrent. Puis, dûment rhabillés, étaient revenus, en chantant « Je vais mon train Et sans me mettre en peine Je vais Je vais mon train ».
7h59
Samedi 06/02/2021
6h16
« Thumon aie, mater nux » (Eschyle Les Euménides) J’aurais aimé avoir accès à des classes où l’on apprend le grec et le latin. Mais, à défaut, je recopie et j’ai tout loisir de rêver sur les étymologies. « Inspire-moi du souffle, Ô Mère Nuit ! »
6h19
Dimanche 07/02/2021
8h02
Petit poème deviendra grand Si une lectrice lui prête vie « Si par une nuit d’hiver, un voyageur… » (Italo Calvino) Si, si, si, si…
Mais aujourd’hui les mots du poème ou de la fiction, ont quartier libre. Ils iront où ils voudront sur leur barque légère, ou s’envoleront d’un dictionnaire inédit : le dictionnaire des mots fragiles et des catharsis.
8h04
SOLIDARITAIRE suivi d’un ABÉCÉDAIRE CAPRICIEUX

le dictionnaire capricieux : gérard genette marcel proust