SONNET DU DIMANCHE 22 AOÛT MMXXI





sonnet du dimanche 22 août sur un air de tango maestro
Maman a mis sa robe blanche
Il a mis ses mains sur ses hanches
Deux pas de danse elle a souri
Le sax a fait vibrer son anche

Je relis Don Quichotte de la Manche
Réécrit à Nîmes par Pierre Ménard
Dans Les petites amoureuses je relève le mot éclanche
Un journal dit que les antivax sont des voyous et des malappris

J’écris à mon pote vieille branche
Qui habite Bayeux 33 rue Franche
C’est un lecteur fervent de Marguerite Yourcenar

Mon dernier tercet s’embranche
Sur la mémoire qui flanche
Doudoudidoudoudou un titre signé Rezvani






SONNET DU LIT SOLITAIRE





Cinq heures. Un lit solitaire
Non glacé. Tout se tairait
Sans le bruit des acouphènes.
L’air est blanc comme les murs.

À mes côtés se réveille
Le grand Sphinx du deuil profond,
Démesuré, qui m’affecte.
Personne d’autre que moi

N’est en mesure de dire
Cet élan mystérieux
En manque du mot absent

Qui tombe en vers réguliers
Sur l’énigme du Néant.
Lecteurs, essuyez vos yeux.

SONNET À CONTRE-COURANT





L’eau descend des ardoises du toit
Sur lesquelles parfois on écrit
Un poème. L’eau sel de la vie
Encre sentimentale pour te délivrer d’ego

Eau des sources irrigant les plantes 
Qui n’en demandent ni trop ni trop peu
Eau des torrents et des lettres de sable
Dans un livre qui te hante

Eaux de l’amont 
À la naissance de l’Amour et du partage
Des poètes aux pieds dansant

Qui font Sonnets en forme de ballade
Nageant contre la marée…
et toujours à contre-courant


SONNET DE NOS FRÊLES BRUITS





Plus que le drapeau rouge le drapeau de l’anarchie paraît être l’emblème qui conviendrait à notre espèce.
Michel Leiris « Frêle bruit » (La Règle du jeu IV)

Poursuivre le jeu malgré l’âge
Poursuivre le je(u)
Morceau après morceau
Pièce après pièce

En traçant ses traits noirs
Comme cercles protecteurs
Comme l’enveloppe des nuits
Où l’on glisse une à une Ses lettres de noblesse

Comme la langue que l’on tire au néant
Comme la bouche d’ombre d’où sortent nos frêles bruits
Comme le noir matriciel des cavernes & leurs animaux dansant sous la torche du feu sacré

Comme ses pattes de mouche à la surface des cartes blanches jaunes ou bleues
Comme les chiffres rouges inscrits sur l’écran des heures et des minutes
Comme la colère tranquille de nos ricochets


SONNET DES PIÈGES FASCINANTS DU BONHEUR





Ils vivaient dans un monde étrange et chatoyant

L’univers miroitant de la civilisation mercantile

Les prisons de l’abondance

Les pièges fascinants du bonheur

Georges Perec





Ceux-là plutôt fauchés s’endormaient pourtant sur leurs lauriers

Rêvant chaque nuit de faire fortune

Pour s’offrir le bonheur à portée d’images

Offertes par Madame Express





Simples peignoirs de bain griffés de solitude

chaussures british à la patine exceptionnelle

et plus tard quand quelque argent leur viendrait

le divan Chesterfield avec les gants de pécari





le mobilier les bibelots les achats à la mode

Ceux-là étaient nés trop tôt pour lancer le pavé de mai 68

Qui auraient redonné sens à leur petite histoire





Ceux-là s’étaient condamnés à n’exister

Que sur le théâtre d’ombre

Des « Choses »