Maman a mis sa robe blanche Il a mis ses mains sur ses hanches Deux pas de danse elle a souri Le sax a fait vibrer son anche Je relis Don Quichotte de la Manche Réécrit à Nîmes par Pierre Ménard Dans Les petites amoureuses je relève le mot éclanche Un journal dit que les antivax sont des voyous et des malappris J’écris à mon pote vieille branche Qui habite Bayeux 33 rue Franche C’est un lecteur fervent de Marguerite Yourcenar Mon dernier tercet s’embranche Sur la mémoire qui flanche Doudoudidoudoudou un titre signé Rezvani
Tag Archives: sonnet
SONNET DU LIT SOLITAIRE
Cinq heures. Un lit solitaire Non glacé. Tout se tairait Sans le bruit des acouphènes. L’air est blanc comme les murs. À mes côtés se réveille Le grand Sphinx du deuil profond, Démesuré, qui m’affecte. Personne d’autre que moi N’est en mesure de dire Cet élan mystérieux En manque du mot absent Qui tombe en vers réguliers Sur l’énigme du Néant. Lecteurs, essuyez vos yeux.
SONNET À CONTRE-COURANT
L’eau descend des ardoises du toit Sur lesquelles parfois on écrit Un poème. L’eau sel de la vie Encre sentimentale pour te délivrer d’ego Eau des sources irrigant les plantes Qui n’en demandent ni trop ni trop peu Eau des torrents et des lettres de sable Dans un livre qui te hante Eaux de l’amont À la naissance de l’Amour et du partage Des poètes aux pieds dansant Qui font Sonnets en forme de ballade Nageant contre la marée… et toujours à contre-courant
SONNET DE NOS FRÊLES BRUITS
Plus que le drapeau rouge le drapeau de l’anarchie paraît être l’emblème qui conviendrait à notre espèce. Michel Leiris « Frêle bruit » (La Règle du jeu IV) Poursuivre le jeu malgré l’âge Poursuivre le je(u) Morceau après morceau Pièce après pièce En traçant ses traits noirs Comme cercles protecteurs Comme l’enveloppe des nuits Où l’on glisse une à une Ses lettres de noblesse Comme la langue que l’on tire au néant Comme la bouche d’ombre d’où sortent nos frêles bruits Comme le noir matriciel des cavernes & leurs animaux dansant sous la torche du feu sacré Comme ses pattes de mouche à la surface des cartes blanches jaunes ou bleues Comme les chiffres rouges inscrits sur l’écran des heures et des minutes Comme la colère tranquille de nos ricochets
SONNET DES PIÈGES FASCINANTS DU BONHEUR
Ils vivaient dans un monde étrange et chatoyant
L’univers miroitant de la civilisation mercantile
Les prisons de l’abondance
Les pièges fascinants du bonheur
Georges Perec
Ceux-là plutôt fauchés s’endormaient pourtant sur leurs lauriers
Rêvant chaque nuit de faire fortune
Pour s’offrir le bonheur à portée d’images
Offertes par Madame Express
Simples peignoirs de bain griffés de solitude
chaussures british à la patine exceptionnelle
et plus tard quand quelque argent leur viendrait
le divan Chesterfield avec les gants de pécari
le mobilier les bibelots les achats à la mode
Ceux-là étaient nés trop tôt pour lancer le pavé de mai 68
Qui auraient redonné sens à leur petite histoire
Ceux-là s’étaient condamnés à n’exister
Que sur le théâtre d’ombre
Des « Choses »