Je pense qu’il est bon de lire deux poèmes par jour : l’un que l’on relit pour la centième fois, l’autre que l’on découvre sur une revue de poésie ou un site internet. Je pense à Charles Cros et à son hareng saur sec sec sec que je fis apprendre (et jouer) à des générations de collégiens Je pense à mes potaches et au potage de ma mère qu’elle me faisait prendre avec du tapioca Je pense au Pont des Arts où par hasard on croise le vent fripon et la chanson guillerette du polisson de la chanson Je pense à François Villon et aux neiges d’antan Je pense au joueur d’orgue qui arrêtant sa manivelle m’indique la Chaussée d’Antin Je pense au vieux qui lisait des romans d’amour et au old man and the sea qui s’accroche à sa ligne et dit : Tu veux ma mort poisson ! Je pense à Pour qui sonne le glas…il sonne pour toi ! Je pense à Anton Voyl le héros sans « e » de La Disparition Je pense à Paul Valéry qui sort de sa tombe chaque nuit pour réciter face au toit tranquille une strophe du cimetière marin Je pense au frère que je n’ai jamais eu ni à la sœur d’ailleurs Je pense au poème prémonitoire de Cesar Vallejo que je traduis ainsi : Je mourrai à Paris un jour d’orage dont déjà je me souviens Me moriré en París con aguacero Un día del cual tendo ya el recuerdo ( Piedra negra sobre una piedra blanca)
