BASHÔ REVISITÉ

SAISONS


Le sanglier même
Avec toutes choses est emporté
Ouragan d’automne !

Bashô (Japon 1644-1694)


Ouragan d’automne
Le toit même de l’église
Fut emporté


Première neige
Et que n’ai-je
Du charbon à brûler


Printemps des poètes
Feuilles mortes
Font pouet pouet

Et cet été ?
Ça a été
Cigales en feu


écrit sous le mistral de Martigues
ce 22 octobre 2021













SOMMEIL

Ha ! Sommeil je t’entends, tu montres en ton silence
Que la mort, non pas toi, me doit fermer les yeux.
Etienne Durand (1586-1618)


Sommeil est un pays où l’on s’enfonce
sans coup férir 

C’est une succession d’images venue de souvenirs
Où se mêlent les personnages de nos lectures
Les fantômes de nos disparu.e.s
Les fragments de notre vie réelle revisitée

Sommeil est diaprure d’un roman de soi
Que Mort effacera


TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN





En lisant j’oublie qui je suis

Les noms se détachent des choses qui m’entourent

Je suis une pirogue passant le fleuve Léthé

Je suis la mangue sauvage qui me laisse les fils du texte entre les dents

Je suis le mur de cactus candélabres de la Haute Goajira

sur le chemin des Indiens morts*

Et le soldat Parolles

Qui entre dans le jeu du grand mensonge

Tout est bien qui finit bien**





** Shakespeare

* Michel Perrin

CETTE LANGUE ÉCRITE





Cette langue écrite qui tamise, raffine, épure…
Nathalie Sarraute Les fruits d’or


Cette langue écrite qui se fraie (ou se fraye) un chemin de traverse dans le maquis du langage qui nous étouffe

Cette langue mon dieu auquel je ne crois qui dévie et jubile avec sa plume qui parle sans barguigner au papier

Cette langue écrite destinée aux lecteurs et lectrices solitaires qui la prolongent dans leur tête ou la recopient sur leurs carnets secrets

Cette langue miroir tendu par l’écrit sur cet écran qui incite les lecteurs et lectrices de passage à devenir les lecteurs d’eux-mêmes*


*Paul Ricœur


RÊVES ET VOYAGES d’Homère à Monet





Quand je perds le fil je relis l’Odyssée

Cette nuit le grand récit d’Homère
Évoque les feuilles de l’automne
Jonchant un carré de jardin
Dont je fais un lit

Je m’endors et j’entends les paroles ailées
De mon aimée en allée
Dans les brumes de la mort

-	Ni chair ni ossements…Je flotte envolée…

Je n’entends pas la suite de ce récit infernal
Mais retrouvant mon corps et mes esprits
Je nous vois tous deux à Giverny
Où nous joignîmes nos lèvres
Devant l’étang aux nymphéas

Nos rêves mystérieux
Brillants à travers les larmes*

*Baudelaire L’invitation au voyage