Author Archives: Jean Jacques Dorio
J’ÉCRIS opus 23
J’écris ce texte de clôture d’une plume douce
J’écris mezzo voce dans une chambre
entre deux sommes qui nettoient mes pensées
J’écris naturellement (si je puis dire)
J’écris toujours en chantier
J’écris bien entouré
de livres (jamais les mêmes)
d’un dictionnaire de rimes
et, depuis peu, d’un smartphone
qui m’éclaire sur un mot, un nom,
une expression toute faite,
qu’il faut étirer, condenser, modifier
J’écris et ça fait tilt
J’écris du tac au tac
J’écris tic, tic et tic
J’écris pour en finir avec le jugement des dieux
J’écris en dissident
J’écris en décidant d’arrêter là cette série à l’opus 23
J’écris de mon écriture de puce
(piqûre de rappel nécessaire à toute critique
de ce qui prétend être une écriture singulière)
J’écris témoin du temps
Passeur à la mode d’antan
(cadrage et débordement)
J’écris rugby
J’écris essai
(mais nulle foule en liesse
pour exhiber la pancarte try)
J’écris j’essaie
(à la main sur un papier vergé)
J’écris en seconde main sur le clavier
mon texte modifié (à la marge)
ou, parfois, rejeté
J’écris rejetons
(avec ses connotations sans fin)
J’écris comme ma sœur Anne
dans une maison pleine de fenêtres
(traversée de part en part par les murmures
du peuple d’écrivain.e.s)
J’écris pour mon petit-fils
qui va entrer en mat(ernelle) sup(èrieure)
J’écris pour blaguer avec mon papier
J’écris pour virevolter
J’écris en compulsant (un max)
J’écris par intermittences
(du cœur, du corps et de ce qui me reste d’esprit)
J’écris très vite (côté cour d’honneur)
et plus que lentement (côté jardin imparfait)
J’écris en faisant chanter le feutre
(style musique pour une porte et un soupir)
J’écris en commençant par cette fameuse phrase venue des dieux
et en finissant nu comme un vers de Verlaine
et tout le reste est littérature
Martigues 16/07/2021 2heures 53
J’ÉCRIS opus 22
J’écris comme Jean Jacques Dorio
rencontré naguère dans un atelier
où l’écriture ravageait nos vies en poésie
J’écris travaillant l’écriture au corps
Traversé de haïkus et d’aphorismes
J’écris sur le court d’un tennis
Marqué à tout jamais par l’empreinte
du champion Bjorn Borg :
La balle est ronde
Le jeu est long
J’écris long renvoyant dans les cordes
les jeunes hommes pressés
et les jeunes filles en fleur
J’écris de ci de là
en ne pensant qu’à ça
J’écris sous les combles
Sous un vasistas
Où la lumière pleut
(et neige parfois)
J’écris en imaginant Bartok
écrivant ses partitions des Microcosmes
J’écris créant ce microclimat
propice aux pages d’écriture
faisant la navette entre micro et macrocosme
J’écris dans un camping-car Volkswagen
Qui m’a mené naguère
(avant la prise de pouvoir par les Ayatollahs)
Jusqu’à Téhéran
J’écris en oubliant d’écrire souvent
J’écris en me jouant du temps
J’écris en le laissant filer
Ou en l’arrêtant
J’écris sur une table Louis Philippe
ronde en noyer
trouvée sur le bon coin
J’écris sur du papier clairefontaine extrastrong
acheté à Bureau Vallée
J’écris sans confondre mes textes quasi bibliques
avec les bibelots abolis du bon Mallarmé
J’écris avec et contre les sonnets en X
les phrases incises et les ellipses
J’écris sans l’ombre d’un bruit
exceptée cette langue qui caquette
et qui bruit
J’écris sans réfléchir une première ligne qui déclenche le reste
J’écris anche en songeant à mon ami Rambour qui habite rue Franche
J’écris France du nom d’une bergère rencontrée en Mai 68
J’écris Bergère Ô Tour Eiffel
comme Guillaume Apollinaire
J’écris cette aubade inachevée
J’ÉCRIS opus 21
J’écris un peu gribouillis beaucoup gribouilla
J’écris avec Gribouille dont on me disait
Quand je faisais l’andouille
Qu’il était caché au grenier prêt à me punir
pour mes bêtises
J’écris sur un tapis Boukhara
J’écris nom d’une pipe en bois
J’écris plutôt deux fois qu’une
J’écris de temps en temps
En regardant les Unes
J’écris blague à part
avec la huitième condition de Fourier
en tête :
celle qui dans une liste échappe à tout classement
J’écris collectionnant les bourdes et les pataquès
J’écris un incipit aux bifurcations infinies
J’écris brique après brique
Une maison ouverte à tous les compagnons
& compagnes d’écriture
J’écris bilboquet
Bouquet de phrases à venir
et qui s’étalent comme la confiture d’abricot de Tatie Popo
Ou bien se refusent aux caprices de ma plume
J’écris comme les chauve-souris
Dont la température s’abaisse
À mesure qu’elles remuent leurs ailes
J’écris comme Marguerite Duras
Pseudo de Marguerite Donnadieu
Sans Maître ni Dieu
J’écris faisant ces longues tresses de textes
Que je tape à deux doigts
Sur la Valentine rouge d’Olivetti
J’écris avec une gomme comme font
Tous les compositeurs de musique
De Bach à Phil Glass
J’écris ces séries sans fin
à l’encre sortie d’un stabilo OH Pen Universal
J’écris très propre
N’aimant ni les ratures ni les Stals
J’écris comme on traverse le désert
En pensant au Jardin d’Acclimatation
J’écris comme une toupie qui se donne l’illusion
De niner toute une vie
Sans jamais retomber sur le tapis
J’écris aussi des poèmes
Mais là je ne peux dire comme
J’ÉCRIS opus 20
J’écris la Cerisaie
J’écris sous la petite pluie qui tombe sur la Cour d’Honneur
Ce 12 juillet de l’an deux mille 21
J’écris éberlué par le jeu des acteurs entourant Lioubov
J’écris électrisé par l’actrice qui l’incarne
Qui semble n’avoir pas d’âge
Et dont le corps tout feu tout flamme
Traverse comme un fantasme éveillé
La dernière pièce d’Anton Tchekhov
J’écris Huppert
Toujours Upper
J’écris la main sur le texte
Traduit par André Markowicz
Et Françoise Morvan
J’écris mouché
Par ce masque en papier
Sur lequel rebondissent les répliques
J’écris en sandale
Jouant au scandale de jeter l’argent de la pièce
Aux spectateurs trempés comme soupes au lait
J’écris C’risaie
Sous les risées d’une vie dérisoire
De personnages faillis
Qui s’effondrent
J’écris éjecté de mon siège
Par la ruse de l’Histoire début d’un nouveau siècle
Qui confond le XX° et le XXI°
J’écris ânonnant mes impressions
Sur de petits tickets
D’un métro fantôme
J’écris comme le fils d’un paysan de l’Ariège
Et non celui de ce moujik marqué au fouet
Jouissant de sa vengeance
En rachetant en fin de Conte
Toute la propriété
Qu’il s’empresse d’abattre à la hache
À la hâte d’accueillir
Le monde acculturé de la bourgeoisie argentée
J’écris percuté, tourmenté,
Débaroulant la pente d’un monde Titanic
J’écris désassemblé
Dans une assemblée
Où chacun croit trouver refuge
Sous son parapluie
J’écris comme le font les poésies
Qui crépitent et miment
Toutes les Utopies
J’écris Utopiste
Le front collé sur le cahier des charges :
Sauve qui peut Survie
J’écris couleur isabelle
Chatte, chaton et Reine
de la Reconquista
J’écris petit roi déchu fuyant l’Alhambra
J’écris poète dépourvu
Énergisant le corps du texte
D’une danse ténue têtue