UN PETIT RAPPEL





Un petit rappel comme disent les alpinistes

assurant leurs doigts sur un petit bec de pierre





Un rappel qui n’en finit pas

après le concert

exécuté de main de maître

par tel ou telle virtuose du piano

ou de la viole de gambe





Rappels et variations

Répétions et citations

Présentes sur les partitions des musiciens

les improvisations ou les vers des poètes d’antan





De la musique avant toute chose

Et pour cela préfère l’impair





Un rappel des mémoires résistantes

Des poètes assassinés

Et des fusillés de l’an 44





Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas





Italiques Verlaine, Aragon.

JE SUIS INTERDIT DE POÈMES





une fantaisie





Je suis interdit de poèmes…sur le papier

Mais dans ma tête ça n’arrête pas de bourlinguer

Textes Antitextes Expériences de pensées

Cut up Lieux communs percutés

Où la bouche délirante fait dinguer

le concept et la cogitation de nos chers métaphysiciens





Je suis interdit…en arrêt volontaire de machine

à écrire

les fadaises de l’écriture automatique

Mais dans ma tête ça moissonne

Faucille d’or faisant tomber des épis

des « et puis »

des essais sur les Essais exempts de toute farine

que font ces diables de critiques

dans les bénitiers des éditeurs de Saint Germain des Près





Il n’y a plus d’après ni de traction avant (l’antique déesse noire)

Mais un petit vélo présent

Qui fait le tour de cette nuit absente de tout bouquet

Mais non de cette fantaisie générée dans son lit

En bel état d’hypnose et d’insomnie





je suis interdit de poèmes

RÉELLES PRÉSENCES





Page dernière d’un carnet fait de Réelles présences*

Chaque texte sous forme de poèmes se déployant

sur l’espace d’une page 17×12 cm





La couverture est ornée de dessins de papillons et de colibris

reproduisant illuminés d’or et d’argent

les motifs d’une artiste hippie des années 60

Laurel Burch  qui vivait à San Francisco  serait étonnée que son nom perdure

60 ans après associé à ses farfalle et mariposas





Paradoxe des gestes gratuits brodés sur des supports divers

Présents (cadeaux) que l’on offrait volontiers

à la première étrangère rencontrée dans la rue

Comme le don d’un bouquet





Ainsi se clôt cette page dernière

de nos arts premiers





* un livre de George Steiner





Je me souviens d’avoir donné et reçu ses petites traces écrites ou dessinées

à Greenwich Village dans les années 70


	

CARNETS DE MAUX ET DE RÉJOUISSANCES





Carnets de mots de poèmes initiés par des citations

Carnets de confusions

Bons à jeter

Mais on y tient on y revient

On relit ce qu’un autre soi-même a écrit

Il y a dix ans vingt ans

Trente ans…cinquante peut-être

N’en jetez plus !





Carnets de vie

Pas celle qu’on a vraiment vécue

Mais celle dont on se souvient

« pour la raconter »





Vivir par contarla

Titre choisi par Gabriel García Marquez

pour son livre autobiographique

La vida no es la que uno vivió, sino la que uno recuerda

y como la recuerda para contarla

« La vie n’est pas celle qu’un être a vécu,

mais celle dont un être se souvient,

pour la raconter. »





Carnets de maux et de réjouissances

Écrits qui nous laissent indifférents

Ou qui peuplent nos jours et nos nuits

de cent ans de solitude





Cien años de soledad GG Marquez

vivir para contarla vivre pour la raconter

CE N’EST PAS SI SIMPLE





Ce n’est pas si simple d’écrire cette vie

Luttant contre le vide du sommeil

Et son trop plein de rêves





Le vivant touche au mort dans son sommeil

Éveillé il touche au dormeur.

(une traduction d’Héraclite « l’Obscur »)





Vie et vide Somme et sommeil

Plume en son « plume »

Tout poète libre penseur

Sans la musique d’un vers n’est rien





La mort n’y mord

Blason merveilleux tissé par Clément Marot





Ce n’est pas si simple mais l’on essaie

De pièces sortant du four noires et ratées

Aux belles irisées





C’est la Voie

Forgée dans l’inachèvement systématique

Et ce commencement qui n’en finit pas

L’étrange formule qui nous tient éveillé

Et nous réanime