LES RUMEURS DE LA BIBLIOTHÈQUE

6 hypnographies

LES RUMEURS DE LA BIBLIOTHÈQUE





                Je laisse derrière moi les rumeurs de la place et j’entre dans la Bibliothèque.

               D’une manière presque physique je ressens la gravitation des livres, l’espace serein d’un ordre,

                    le temps disséqué et conservé comme par magie.*





                                          BORGES (préface de El Hacedor) 9 août 1960

                                                       ma traduction du 04/09/2020





   À demi-endormi je feuillette mon cerveau

où nichent les images des livres lus aujourd’hui

    Multiples colorées métaphoriques

et non blasé comme me le souffle

   avec ses musiciens le divin diable Archie Scheep





    « Matières de rêves »

et passion bruissante de ma bibliothèque

    entourée d’êtres chers et précieux

que leur Odyssée personnelle

     m’incite à prolonger  





      Et à modifier

Tant la rumeur des livres

      peut nous rendre audacieux

en nous jetant sur les chemins

      d’un but ignoré…





      * Los rumores de la plaza quedan atrás y entro en la Biblioteca.

De una manera casi física siento la gravitación de los libros,

 el ámbito sereno de un orden, el tiempo disecado y conservado magicamente.

strong>Archie Scheep <em>Blasé</em></strong>

Archie Shepp – Tenor sax Jeanne Lee – vocal Chicago Beau / Julio Finn – harmonica Dave Burrell – piano Malachi Favors – double-bass Philly Jo Jones – drums

Paris, August 16, 1969

AH! CE BLOG QU’IL FAUT ALIMENTER

Hypnographies Dorio 03/09/2020

AH ! CE BLOG QU’IL FAUT ALIMENTER !





Celui-là je le fais en douceur

Je l’écris hors service

– Ah! ce blog qu’il faut alimenter! –





Celui-là je le laisse aller

Ce sera un récitatif improvisé

– Tout sur l’écran  Rien sur le papier! –





Il n’a pas de faveurs particulières

Mais un raccolage de mots

– Tiens! il ne faut qu’un c! –





Ah! oui c’est plein d’exclamations!

De ces points qu’affectionnaient

Hugo ou Racine





Ô Seigneur! disait l’un

Ô ciel! répétait l’autre





Et maintenant que dire?

Hélas! dit Bérénice

Et maintenant que faire?

Brûler Phœnix…





et s’envoler!

LA PORTE DE MA MAISON D’ENFANCE

hypnographies dorio 03/08/2016




Cette rue qui longeait la rivière

Je ne l’emprunterai plus

Et la porte de ma maison d’enfance

Que nécessité me força à mettre en vente

N’est plus qu’un panneau de bois dur

Fermé pour moi à jamais





Mais je laisse là les souvenirs sans suite

J’ouvre la fenêtre

et laisse entrer quelques instants

la fraîcheur sur la passe maritime

d’une première nuit de septembre





Un poème nouveau m’attend

dans sa discontinuité essentielle

et son essai de recomposition





L’éclair d’un geste

Qui ouvre sans le vouloir

La porte de ce poème

Comme un éventail





LETTRE EN FORME TRISYLLABAIRE

original

Lettre en forme

trisyllabaire





C’est la fin

du mois d’août

pas de doute

On m’écrit :

Cher ami

que deviens-

tu tu tu ?

Écris-tu

en vers doux

ta marotte ?

De bon cœur

tes « épîtres

en absence »

du visage

de l’aimée ?

On m’écrit

Je réponds

Sur le pas

d’un silence

libérant

les bons flux :

J’avais peine

J’ai soulas

Ouverture

familière

de liesse

soudaine

-éphémère

mais certaine-

Dernier dé

Que je lance

Pour jourd’hui

Temps passé

Sur papier

Nous éclaire

Et nous lie

J.J.D.

« La plume en l’absence » Pauline Dorio
Le plus grand bien qu'ayant amis présents,
c'est s'entrevoir : puis quand ils sont exempts...
C'est la plume en l'absence

Charles Fontaine (1555)

LA NUIT DE TOUTES LES COULEURS





C’est la nuit de toutes les couleurs

la nuit de kaki et de noisettes

la nuit de fumée et de noix de galle





C’est la nuit de charbon et de pintes

la nuit du maréchal ferrant les éperons de Don Quichotte

la nuit des peintures corporelles qui donnent l’énergie cosmique





C’est la nuit des chants colorés et des têtes ornées d’autruche

la nuit plus noire qu’un chiffonnier

la nuit pourpre que l’on tord pour apaiser les anciens dieux





C’est la nuit de tous ces peuples qui ont disparu

sur les rives d’un chenal de maisons sur pilotis

la nuit du brésil et des cochenilles

la nuit des fards et des simulacres





C’est la nuit qui perd ses couleurs

la nuit du chasseur d’hommes

la nuit du banquier anarchiste

la nuit des initiations qui coupe les cheveux en quatre

la nuit de toutes les incertitudes funéraires





C’est la nuit qui reprend les mythes fondateurs

et les cloue aux poteaux bariolés du bateau ivre





C’est la nuit de la vie de château et de lune d’écailles

la nuit japonaise des six blancheurs

et du soleil sur la palette de Vincent

la nuit que l’on teint en rouge pour mieux l’enterrer

au petit matin

où l’on ira avec Nerval ignorant son point noir

hisser encore une fois son luth constellé

à la vieille lanterne





des nuits de toutes les couleurs

fin du cycle couleur des nuits
une nuit de toutes les couleurs
jjd 31/08/2020

diction avec impro au piano
jjdorio 31/08/2020