L’ÉTERNITÉ DU JOUR QUI VIENT

 






C’est un essai
Un gaspillage
De mots gratuits
De mots salés
Sucrés poivrés
Que n’aiment pas
Les sociétés
Platon le dit
Il faut chasser
De la cité
Tous les poètes
Les inventifs
Porteurs de muses
Et d’Odyssée
Platon a peur
De l’insensé
Qui le traverse
Du noir soleil
Du feuilleton
Des vies fictives
Filles du feu
D’un orphelin
De Reine Mère
Chants odelettes
Nos fantaisies
Nous font revivre
L’éternité
Du jour qui vient
Dans un poème
Renouvelé
 
 

LE FEU SECRET



Faire un poème est une fête où le rituel « organise tout le possible du langage ». Ce peut-être bref, un feu d’étincelles, ou très long, interminable. On essaie, des heures entières, d’arbitrer, en vain, les conflits permanents entre « l’oreille », le son, et « l’esprit »,  le sens.

La fête finie, que reste-il, si ce n’est ce peu de grains, sur le papier ou dans le sablier d’un recueil, que l’on dit de « poésie ».

« Et nous les os devenons sable et poudre », écrivit Villon, en forme de ballade, pour ses « frères humains », s’attendant comme lui à être pendus.

Il est un autre poète, que tout le monde a oublié, qui, filant la métaphore, se vit, lui aussi, « se la couler douce » après sa mort, dans « l’horloge de sable » :

« Le feu secret qui me rongea

En cette poudre me changea

Qui jamais ne repose. »*

*Charles de Vion, seigneur de Dalibray.

VOIR DANS LA NUIT

 

Voir dans la nuit
fiévreusement
sans cohérence
l’image naît
 
voir dans la nuit
figurez-vous
ce nyctalope
athée taton-
nant le néant
 
voir dans la nuit
maman j’ai mal
mais non trésor
c’est dans la tête
un cauchemar
 
voir dans la nuit
un exutoire
ah quelle histoire
ce corps d’un texte
table tournante
comme à Jersey
œil ou cercueil
du père Hugo
 
voir dans la nuit
bouillonnement
tout se répond
dans ces écrits
de pure perte
mais fabuleux
 
voir dans la nuit
les yeux fermés


 

L’OISEAU DU TEMPS

Un court instant

La plume court

Sur le papier

L’oiseau du temps

Va s’envoler

L’oiseau du temps

Est un oiseau rebelle

Né dans une flaque

de boue ou sur un plateau

de théâtre à l’eau de rose

Un court instant

La plume hésite

Tenue en l’air

L’oiseau de feu

N’est plus que fumée

C’est Phénix rouge

Héron pourpré

Portant sur leur ailes

Les cris de la mouette

Que personne n’entend

aquarelle 24x30cm

Jean-Jacques-Dorio

PAS DE QUOI EN FAIRE UN POÈME

Pas de quoi en faire un poème

me dit l’empereur philosophe :

Écrire ses pensées chaque jour

était un de ses dadas.





Pas de quoi en faire un poème :

Bientôt tu auras tout oublié !

Bientôt tous t’auront oublié !*

*Marc Aurèle





Pas de quoi en faire un poème ?

Je sais bien mais quand même

Sans pouvoir et sans pensée particulière

Je l’écris ce poème





Unique et sans chichis

Il m’oblige à déployer

Les formes imaginatives

Qui font le corps d’un texte

En perpétuel mouvement





Je l’écris ce poème

Vers le haut vers le bas

Je l’écris à la lettre

Allant de l’une à l’autre





Abeilles qui m’apportent

Le miel de chaque jour

Il est amer parfois

Mais ce matin Orphée

Fait entendre sa lyre





Poète et musicien

Il apaise le cœur

Des humains et des arbres

Des oiseaux des mortels





Il est temps Ô ma muse

D’en faire un beau poème