COMMENT VOTRE VIE SE PASSE ET QU’EST-CE QUI LA GUIDE ?





A -Comment votre vie se passe et qu'est-ce qui la guide ?

B - Mais qui t'a "soufflé" pareilles questions,
me dit quelqu'un qui n'est pas là.
(Il me "l'écrit", c'est sa "plume en l'absence",
comme le formula le poète Fontaine au XVI° siècle
- c'est ce que m'a appris une spécialiste des lettres
familières de cette époque : les épîtres.)

A - Mais comment les choses se passent
et qu'est-ce qui les guide ?
C'était la vraie question initiale
que j'ai recopiée à la hâte en la transformant,
je l'avoue, quelque peu.

B - Ce sont des questions "feintes" non?
ajoute cet ami soupçonneux
qui m'écrit à la main sur une page détachée
de son journal intime.

A - Écoute Francis, lui réponds-je, un brin facétieux,
un homme ou une femme qui posent
ce genre de questions ne sont jamais seuls.
Ainsi, nous allons proposer à ceux et celles
qui les lisent de nous envoyer leurs réponses,
chacun à sa manière.
Et de leurs fragments ou tesselles,
nous ferons une mosaïque
qui se passera de commentaires.







…ET NOUS AUSSI

Je nage dans le fleuve du temps
Je ne sais pas si je rêve endormi ou éveillé
J'entends le violon de Verlaine

Je nage dans les pages de mes livres en feu
Je ne sais pas s'il s'agit d'une métaphore ou de la réalité
J'entends la sirène des pompiers de New York

Je nage dans la mémoire circulaire de l'oubli
Je ne sais pas comment concilier bonne fortune et tragédie
J'entends les cloches qui sonnent sans raison...
et nous aussi !*

*Tristan Tzara (L'homme approximatif)



JE ME PERDS DANS BORGES

JE ME PERDS DANS BORGES

La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve.

Rûmi

*

Je me perds dans Borges

la nuit des dons – noche de los dones –

brise le miroir et le masque

el espejo y la máscara –

Je me perds dans les mille morceaux de cette œuvre dont chacun semble contredire le précédent et le suivant

Miroir brisé par le poing d’un dieu jaloux qui ne laisse aux lecteurs que les fragments d’une allure de vérité

Je me perds à l’angle de la rue Bernardo de Irigoyen et de la rue des Bergeronnettes de celles qui suivaient mon père laboureur

Je me perds dans les prologues qui mènent immanquablement au jardin des sentiers qui bifurquent et qui font pièce à des ouvrages hétérogènes d’écrivains improbables

Je me perds dans les visions simultanées de l’Univers que le langage ne peut traduire que successivement :

la neige coiffant la statue d’un soldat de 14 sur une place des Hautes Pyrénées

les grains de sable du Sahara coulant dans le cadre d’un artiste marocain vivant à Aix en Provence

la voie lactée où marchent sans cesse les indiens morts de la Goajira*

-Tu as bien vu tout en couleur ? demande Borges.

-Comme dans ce livre d’enfant où toutes les lettres pendant la nuit se mélangent et nous offrent au matin un chant nouveau.

*

*Le chemin des indiens morts Michel Perrin (1976)

L’ÉTAT POÉTIQUE

L’ÉTAT POÉTIQUE

On ne fait pas de poèmes. Ce sont les poèmes qui nous font.

Borges écrivant el hacedor*, affirme que nos existences sont traversées d’êtres de fictions : la rumeur d’Odyssées et d’Iliades que son destin était de chanter .

Mais, ce qu’éprouvait ce témoin de poèmes en train de se « fabriquer », (lecteur et auteur tout à la fois), nous n’en saurions jamais rien.

Borges connaissait son Valéry : « un poète n’a pour fonction de ressentir l’état poétique. Il a pour fonction de le créer chez les autres.»

C’est à l’autre écrit-il que les choses arrivent.**

Moi, j’arrose mes plantes que l’été malmène, puis je bois le café noir sur la table d’eucalyptus, où je prose ces vers.

*

*intraduisible en français **Borges y yo

JE ME SOUVIENS DE L’AVENIR

 Je me souviens de l’Avenir couché sur papier kraft
Je me souviens du Lot gagné à Saint-Cirq Lapopie
Je me souviens d'André Breton et de Bois et Charbon
Je me souviens du fil rouge toute une nuit de mai à l’hôtel André Latin

Je me souviens du Quai Voltaire et du dictionnaire philosophique d’Arouet
Je me souviens de ma disparition sans "e" sans "elle"
Je me souviens de notre vie amoureuse sous les pavés la plage
Je me souviens de l’Avenir