ET MAINTENANT CHERCHE TA V(O)IE

MAÎTRE & MAÎTRESSE Il n’y a pas de meilleure manière d’arriver à prendre conscience de ce qu’on sent soi-même que d’essayer de recréer en soi ce qu’a senti un maître John Ruskin (1819-1900) traduit par Marcel Proust (1871-1922) Je n’ai pas eu la chance d’avoir un maître en chair et en os (carne y hueso) qui m’aurait formé, donné une colonne vertébrale Je n’ai pas eu la chance d’avoir été initié par cet homme qui aurait pu être cette femme que par admiration j’aurais imité avant de voler de mes propres ailes selon l’expression consacrée Je n’ai pas eu la chance d’avoir rencontré le divin alchimiste qui à la fin de sa Leçon inaugurale m’aurait amené devant l’entrée du labyrinthe et m’aurait dit : Et maintenant cherche ta v(o)ie !

dans le labyrinthe : maître/maîtresse/anamorphoses/etc

AVEC LE « JE » DE NARRATION

JE DE NARRATION (avec le) je me débrouille comme je peux Je amoureux et Je jaloux Je jouant avec la langue de Molière ou de Larue Je qui avec le temps se métamorphose en un être méconnaissable Je bavard et Je silencieux Je en fuite dans une phrase qui fait erreur sur la personne Je sous le charme des Jeunes Filles en Fleurs Je des Enfers et Je des Paradis vécus le long d’une vie de rencontres éblouies Je enfantin Je enfantant des géographies mentales qui dessinent en fin de parcours le portrait bluffant d’un Narrateur sortant du cadre des pages de son roman

AVEC LE P DE POÉSIE PLUS PETIT QU’UN GRAIN DE RIZ

J’avance trois vérités à la fois
J’avance de trois pages et je recule de deux
 
J’avance le p de poésie plus petit qu’un grain de riz
J’avance le fou, le cheval, le gambit
 
J’avance dans le fleuve des pas perdus
Un pied sur l’Orénoque un rêve de pirogue
 
J’avance un œil sur l’Étoile du Nord
Un autre sur celle de la Terre de Feu

J’avance deux couleurs sur le mur des enfants
Du bleu et de l’orange avec la phrase d’Eluard

J’avance de pas perdus en pas retrouvés
Sur le chemin des mythes et des épiphanies

J’ACCROCHE ET JE DÉCROCHE

J’ACCROCHE ET JE DÉCROCHE

J’accroche et je décroche Je traduis et je radiographie J’admire et je m’acharne J’écris et je récris Je me recrée je me récré Je me fais livre je me délivre Je me révolte je me déroute Je réunis Temps perdu et Temps retrouvé Je défie Proust je proustifie Je file la métaphore je fore la métalangue Je temporise je tambourine Je pratique la musique dodécaphonique B (si bémol) A (la mineur) C (ut ou do) H (la grande hache de l’Histoire qui s’abat aujourd’hui sur les malheureux Ukrainiens) Je rage et j’enrage Je noue et dénoue J’embraye et je débraye Je sonde l’intermittence multidimensionnelle du subconscient Je sais que toutes ces associations verbales font décousues Je me dis qu’en effet il faudra amender tout ça Mais peut-être pas

FAIRE UN NOUVEAU POÈME NAGER CONTRE LA MARÉE DES MÉDIAS

Mais cette parole qui se lève à travers les poèmes, quelle que soit leur apparence, serait-ce la plus fragile, que répète-t-elle, sinon que la nuit n’est pas tombée encore et que nous n’avons pas le droit de nous abandonner à la solitude et au désespoir. Pierre Dhainaut

Il faut du temps et personne n’a plus le temps Il faut du vent et toujours nager contra suberna – « contre la marée » disait le troubadour Arnaud Daniel – Il ne faut pas de tapage ni de publicité Il faut être plus résistant que le buis et l’olivier Il faut sans cesse apprendre les règles et les écarts de la métrique Il faut aimer réciter chanter et/ou ne rien dire Il faut apprendre à contempler une page de poème comme une expérience de pensée Il faut mesurer la détresse d’une société qui ne reconnaît pas ses poètes Mais il y a mieux à faire que de s’en prendre aux pouvoirs, à la presse et à Sainte Télévision, qui les ignorent Faire un nouveau poème la pulpe d’un fruit dont l’avenir est le noyau