LES POÈMES QUE L’ON RÉCITAIT À L’ÉCOLE PRIMAIRE

FIGURES QUI BOUGENT (encore) UN PEU, c’est le beau titre d’un recueil de poèmes de James Sacré, né à Cougou (Vendée) en 1939, dit la notice. Il reste dans l’obscurité de nos contemporains lecteurs, qui en suivant, hélas, le tapage des industriels du livre relayés par leurs plumitifs, ne savent pas qu’il se publie encore des centaines de livres de poésie, bon an, mal an. La Figure 10 évoque les poèmes un peu mièvre qu’on récitait à l’école primaire… Et cependant dans la neige qui tombe il y a toujours le thème de l’oiseau mort. Ça devait être une récitation de François Coppée ajoute Sacré. Moi, dont le nom est encore plus méconnu dans la galaxie noire de la poésie contemporaine, je me souviens alors, du sujet d’une « composition française »donnée au cours complémentaire de Montesquieu Volvestre. Je devais développer la phrase suivante : les sveltes peupliers qui se mirent dans l’eau. Ce n’est que cette nuit, un demi-siècle après, que j’en compte les douze pieds, comme nous disions alors. On ne m’avait pas dit que c’était un alexandrin de ce satané François Coppée. Merci Sacré !

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ÂMES PERDUES CROISÉES SUR LE PAPIER

ÂMES PERDUES De tous les lieux propices à la rencontre avec nos âmes perdues le livre conserve toutes mes faveurs Le livre et ce cahier sur lequel je prolonge mes rencontres de lectures inopinées :  sur un banc de Genève entre le vieux et le jeune Borges, le café de mon adolescence où dans un nuage de fumée de tabac gris je faisais le concours de belote du samedi avec le cantonnier du village pour partenaire, les croisements d’existences et de rues, Martin Luther King Boulevard et Malcom X Bd, opposés dans les moyens de lutte, réunis dans leurs tragiques assassinats. Âmes perdues et retrouvées, dans ces esquisses de rencontres et de portraits croisés…sur le papier.

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Onirodessin du dimanche 6 décembre 1971 jean jacques dorio

COMME UN BOUQUET FINAL

Cela s’est passé diront un jour ceux et celles qui liront mes carnets de nuit Cela s’est passé et ne s’est pas passé Cela s’est passé jeté sur le papier sans souci d’être lu : bouillons de rivière brouillons hâtifs brouillages de passages venus sans crier gare sous la pointe du stylo sans repentirs Cela s’est passé Cela est venu Cela a bifurqué de parades en paronymes d’oboles en paraboles de paroles soufflées en paroles retenues dans l’oreille en secret Cela c’est aussi le passé simple et le passé composé la nuit blanche et la nuit transfigurée le je comme moi et le je comme un autre Cela c’est la neige qui noircit ma page et c’est le repiquage de poèmes absents de toute anthologie Cela c’est comme on dit des feux d’artifice une sorte de bouquet final

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JE LIS DES POÈMES

Je lis des poèmes sortis de derrière les fagots

Je lis des poèmes attachés aux cornes d’un taureau

Je lis des poèmes en mâchant l’herbe blonde de l’altiplano

Je lis des poèmes de Condor cassant les os des vigognes

Je lis des poèmes de poupées gigognes

Je lis des poèmes à l’enfant qui pleure la mort de Pacha Mama

Je lis des poèmes sur les murs de Mai Mai Mai Mai Paris Mai

Je lis des poèmes à la lune faucille et à la petite vieille de l’Ehpad devenue marteau

Je lis des poèmes aux saules et aux lézards sur ma page-pleuroir

Je lis des poèmes de chamans faisant leurs demandes aux Esprits du Monde Autre

Je lis des poèmes maladroits comme écrits au lance-pierre

Je lis des poèmes du Monde Entier au cœur d’une planète à feu et à sang

Je maintiens vaille que vaille le mouvement millénaire des Alchimistes d’un Verbe

toujours à réinventer

JOUIR DE SA SANTÉ

SOUFFRIR          « Il faut souffrir doucement les lois de notre condition. Nous sommes pour vieillir, pour affaiblir et pour être malades… ». Sur ce plan, incontestablement, les découvertes scientifiques nous donnent le point par rapport à notre ami Montaigne qui tant souffrit de la gravelle, sa « maladie de la pierre. » Mais, contrairement aux jérémiades permanentes entendues ici et là par des gens « en souffrance», dans les intervalles et les bons moments de sa vie, « la santé de Montaigne »*, était vécue par cet homme toujours en mouvement comme la plus belle grâce donnée par la vie : « Je reçois la santé à bras ouverts, libre, pleine et entière, et aiguise mon goût à la  jouir. » *La salute di Montaigne (Sergio Solmi) 1899-1981