LA FLAMME VACILLANTE DES POÈTES DE L’EXIL





E qualquer margem serve
Para receber o lamento
Que não cabe no papel

Nuno Júdice (1949-   )

Et il est une marge qui sert
à accueilir le lamento
qui déborde du papier

(ma traduction)


Le poème évoque les poètes de l’exil
-littéralement hors sol-
Le poète cite Ovide, Dante, Camões
(beaucoup de noms, reconnaît-il, lui échappent)

Je songe à Clément Marot
Poète non pareil
Auteur de grandes merveilles
Dont le catholicisme fanatique
Eut la peau

Y sueño a Antonio Machado
Qué con facilidad
Confundia Belleza y Bondad 1

La nuit quand les mots traversent plus aisément l’Esprit
L’esprit de résistance pour celui qui maintient en lui
La flamme vacillante de la poésie

1 Et je songe à Antonio Machado
Qui, naturellement, fusionnait en lui,
Beauté et Bonté. 


flammes vacillantes hypnographies Dorio 18/12/2021

LENGA D’OC LENGA DE FUOC









Pédasser, péguer, bouléguer.

Trois verbes issus de l’occitan.

Raccommoder, coller, se bouger.

La lenga d’òc

Le parler premier de moun païre

Mon père né dans une ferme d’Ariège

En l’an 1912





Langue d’oc

Dont on l’avait persuadé

Que c’était un pas-toi !

Et qu’il dut troquer à l’école

Pour un abécédaire exclusivement en français





Mais l’occitan enraciné reprenait langue

Dans les travaux et les jours

Du petit homme

Et de celui qui accomplit sa vie durant

son destin de paysan





Moi

Unique rejeton

Né en 1945

Je fus un desparaulat

Privé de parole occitane

Mais mon oreille me l’enseigna :

les chansons du bouïè de mon papa

celles de Marti et de la veine protestataire issue de 68

puis mes lectures de Ventadour

et des autres troubadours





Troba Trouve Trouver

Camina dins lès pás d’Orfèu

E t’entornes pas !

Fais ton chemin dans les pas d’Orphée

Et ne te retourne pas !

LE TCHOT (la chouette effraie)





Plongé dans Don Quichotte Flaubert et la Kabale
Je patine Je cavale

Toute la nuit
J’entends le tchot 1
La chouette du grenier
Qui effrayait mon enfance

Je chevauche la rosse hantée
du chevalier à la Triste Figure
les dialogues buissonniers de Bouvard et Pécuchet
les bisbilles entre Moïse et Josué

Toute la nuit j’entends l’effraie
Qui me rassure

1 mot occitan

NOIR BABEL

10
Noir c’est la Babel des morts de leurs mots à mains levées sur les textes troués par les doutes des vivants Noir c’est frapper des mains et des doigts sur la peau du monde qui souffre et souffle Noir c’est l’oubli du chemin qui remonte vers le futur Noir c’est retrouver l’allée de ronces et de fleurs roses qui menait au château d’Ivanhoé 
11
Noir c’est sans avant ni après c’est le vin nouveau et le vent sur le pré où se règlent les controverses Noir c’est la dispute universelle en 66 volumes traitant du bruit et du silence Noir c’est interpoler les souvenirs par les oublis Noir c’est dire à propos de tout texte qui s’écrit mais pourquoi a-t-il avancé cette proposition ? Noir c’est balancer entre le noir et le blanc le jour et le sourd la nuit et la fuite du temps
12
Noir c’est la partition de l’art de la joie la transmission du désir de se mesurer aux textes incompréhensibles Noir c’est l’assemblée qui écoute en dansant la Folia  d’un gambiste inspiré Noir c’est l’abrutissement généralisé par les musiques et les images d’ambiance Noir c’est le feutre fin qui me permet de terminer ce texte inachevé

JJ DORIO Martigues 09/12/12/2021

LA NUIT M’ATTEINT





plaisir d’écrire
la nuit remue
une danseuse
issue de la plume
d’Henri Michaux

la nuit bavarde
cot cot couet couet
couteau planté
dans le cou du coq
chantant la mort de Socrate

plaisir de lire
ses dialogues platoniciens 
où à la fin
c’est cul par-dessus tête
que se retrouve l’interlocuteur
du sage athénien

la nuit m’atteint
jusqu’au matin