LISTE D’IMAGES qui flattent certains poètes et qui sont insupportables à d’autres 





LISTE D’IMAGES qui flattent certains poètes et qui sont insupportables à d’autres :

Le prince des nuées (le poète albatros), l’idiot (le poète du village), l’agent de transmission (le poète petit télégraphiste), le juste souffrant (le poète en prison), le vendeur de sardines (le poète du Vieux Port), le génie (le poète « du rien sonore » selon Victor H.), le catho (le poète s’adressant à Dieu exclusivement), le faiseur de vers (le poète dans sa tombe), l’enchanteur (le poète Merlin), le chanteur (le poète de la ville de Sète), le charmeur (le poète de la même cité quand on l’orthographiait Cette), le clair énonciateur (le poète boit l’eau), l’antimoderne (le poète ayant troqué sa chemise rouge en chemise noire), l’artiste des faubourgs (le poète des vernissages du samedi soir), le secouriste (le poète qui vient au secours des lecteurs de Céline et de Claudel), le philosophe (le poète de l’Idéal), le divin (le poète qui, tel les dieux, a toujours soif), le dandy (le poète du Spleen), l’universel (le poète célébrant l’Univers), le songeur (le poète toujours dans les nuages), le fauteur de trouble (le poète des murs ont la parole), l’exilé (le poète de Jersey), le concubin des Muses (alias le poète contumace), le couvreur (le poète écrivant ces poèmes « sur chaque ardoise du toit »), le pèlerin austère (le poète n’écrivant que couvert par sa vieille pélerine), le lunaire lunatique (le poète de Pampelune), le petit rat (le poète de l’Opéra), l’instituteur (le poète du parti pris et des leçons de choses), le penseur (le poète assis sur ses rondins), l’enfant des nuits d’Idumée (le poète à « l’aile sanglante, pâle…et déplumée »), le lanceur de dé (le poète du hasard et des bibelots abolis), le romancier (le poète confondu avec ses êtres de papier), le Don Juan (le poète in eroticis), le rimeur (le poète préférant la rime à la raison), le raisonneur (le poète inverse), le troubadour (poeta del trobar clus), le cachotier (le poète qui enferme chaque matin ses poèmes de nuit dans une malle), l’épique (le poète de l’époque homérique), le méthodique (le poète du Cogito), le faux don Juan (le poète jouant aux dames sur un jeu d’échec), le libre senteur (le poète des huiles essentielles), le plagiaire (le poète des pavés sous la plage), le prosaïque (le poète qui a cassé sa lyre), le problématique (le poète enculeur de mouches), le mythologique (le poète s’abreuvant à la source grecque), le négationniste (le poète qui nie les figures de style)…

La suite appartient aux lectrices lecteurs qui aiment la fatrasie

BEC DE FREUX









La nuit jaillissante et son bec de freux

Jacques Roubaud





Bec de freux

Kah Kah Krah

Le corbeau

D’Edgar Poe





Bec de freux

Frauduleux

Oiseau de malheur

Venant visiter

Sur le minuit lugubre

Le poète abattu

D’avoir perdu

Sa Muse





Bec de Freud

Sublime nécessité

De l’instinct de mort

Jamais plus

Never more

tableau (détail) de Zao Wou-Ki

SI ON NE SAIT Y RÉPONDRE ON PEUT ZAPPER CET ÉCRIT

on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse :
 affirmés puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure…

Roland Barthes


le cri l’écrit
sur le papier
et dans la nuit

le cran l’écran
ça va cranter
dit le mécréant

tout en créant
cette variation
digne de Rabelais

de Perec de Queneau
et de tous les dicos
d’onomatopées

c’est du blabla
mais c’est d’un clic
que dame souris

envoie cet écrit
apparaître sur l’écran
énigmatiquement

ÊTRE À PART

Je me figure par un indéracinable sans doute préjugé d’écrivain, que rien ne demeurera sans être proféré… 

Stéphane Mallarmé


Être à part
Un peu testard

Être de nuit
Tissant ses histoires
du dedans
( a dentro )

Être celui (celle)
qui à nul
ne nuit

Être pratiquant
les a parte
les sauts anachroniques
de l’étrange beauté

Être de mots et de figures
Pour conjurer sans geindre
Ses maux

Être existant
Dans la parole circulaire
La voie ouverte
À l’étranger en soi

Et aux inconnu.e.s

BRACONNER

Sia l’enfadat que semana
de tèrme en tèrme

Joan-Pau Creissac
(occitan)

Je suis le fada qui semaisonne
de termes en thermes
(ma traduction fantaisiste)

Braconner
Mais non les bêtes
Des forêts et des champs

Braconner
En silence à l’affût
Sur les terres et dans les airs 
De l’espèce fabulatrice 1

Braconner 
Sur l’espace d’Oc
l’enfadat que semana
de tèrme en tèrme

Braconner
Nos manières de donner corps
Aux récits qui réparent
Nos vies fragiles et vulnérables

Braconner
Cette écriture d’un Je(u)
Ouvert et généreux
Qui nous engrène
1 Nancy Huston