Il faut écrire pour ne pas être lu C’est le paradoxe Il faut lire Le cru et le cuit à toutes les équinoxes Il faut compter Nos pas perdus Dans nos petits châteaux de Bohème Il faut regarder la Grande Ourse en lisant ce poème Il faut écrire Comme un Prévert Qui se la coule douce Il faut lire Comme une bête Ange ou pource* Il faut poursuivre Cette litanie Adressée à un lecteur innocent Que l’on course *Rimbaud (un hapax)
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SONNET DE NOS FRÊLES BRUITS
Plus que le drapeau rouge le drapeau de l’anarchie paraît être l’emblème qui conviendrait à notre espèce. Michel Leiris « Frêle bruit » (La Règle du jeu IV) Poursuivre le jeu malgré l’âge Poursuivre le je(u) Morceau après morceau Pièce après pièce En traçant ses traits noirs Comme cercles protecteurs Comme l’enveloppe des nuits Où l’on glisse une à une Ses lettres de noblesse Comme la langue que l’on tire au néant Comme la bouche d’ombre d’où sortent nos frêles bruits Comme le noir matriciel des cavernes & leurs animaux dansant sous la torche du feu sacré Comme ses pattes de mouche à la surface des cartes blanches jaunes ou bleues Comme les chiffres rouges inscrits sur l’écran des heures et des minutes Comme la colère tranquille de nos ricochets
UNE POÉSIE POUR PERSONNE ET POUR TOUS (reprise du poème 4)
Qu’est-ce qu’il va encor nous inventer ? Se dit le lecteur de la douce France Le poète de service l’entend murmurer : -Tiens, pense-t-il, encor un qui quasiment me tance Moi qui croyais que la poésie, personne n’en lit* Douce France en attendant étale une à une ses cartes de patience -Ça tombe bien se dit Cheval le facteur préposé à distribuer des lettres sous forme de pavés littéraires Poésie pendant ce temps s’offre un petit Chagall intitulé Le Poète Sa tête est verte mais posée à l’envers Le Faiseur de vers a mis son bleu d’O.S. Il recopie un poème élastique offert par son ami Blaise Voilà il y a assez de matière pour que tu puisses poster le tout sur poésie mode d’emploi Le blog où depuis douce France mais aussi l’Afrique, l’Amérique et même le royaume d’Utopie On attend patiemment chaque nuit l’apparition d’une poésie *Marc Guino (éditions la Boucherie littéraire » 2021
AUTOUR DE MINUIT QUAND SONNE LA CAMPANE DES MORTS (reprise du poème 3)
Autour de minuit Je bats la campagne Un flottement d’images Peu propice à fixer les mots Tous ces mots ces mots-la Qui ont comme la servante au grand cœur d’étranges douleurs Je bats la campagne Comme jadis les faiseurs de Fatrasies Faisaient fumer la pipe à leurs chiens Ou bien battaient le rappel des fêtards d’un mariage En faisant sonner la campane des morts Autour de minuit Une heure a passé Campane et campagne Servante au grand cœur Poème présent range ses outils Saoulé d’images et de mélancolie Le lecteur peut se rendormir
SONNET EN ÉTAT DE VEILLE
En définitive ce n’est pas la poésie qui doit être libre, c’est le poète. Robert Desnos État de veille (1943) Aller selon Agir comme si le vin n’était pas tiré une fois pour toutes Comme si l’expérience d’écrire un poème par jour (la nuit de préférence et vaille que vaille) Valait le coup d’être poursuivie La plume cherchant ses mots d’images Les yeux fermés sur la traversée des songes Et ses récits à l’eau de vie Faire des couplets d’aile ivrez-nous Qui font tendre l’oreille Aux enfants et aux raffinés Comme aux voyageurs de la carte du tendre Qui resteront toute la nuit en état de veille