Adieu la vie Adieu l’amour Adieu toutes les femmes C’est bien fini et pour toujours De cette guerre infâme La chanson (anonyme) de Craonne Il y a longtemps que GUERRE n’appartenait plus à ma thématique (et pour tout dire elle en était entièrement absente) Mais la voilà, l’infâme, avec son cortège de massacres organisés De chanson poignardée où les couteaux scintillent 1 À l’art de mourir des partisans Condamnés à mort par la puissance de feu de l’ennemi Guerre à la guerre affichait-on naïfs Quand de l’autre côté du miroir L’ogre sanguinaire nous épiait Et la voilà sur nos écrans Et dans la chair et le sang Des valeureux ukrainiens La paix n’écoute pas mes discours impuissants 1 Pierre Emmanuel
LIBÉREZ LA POÉSIE
ESSAIM D’ABEILLES IVRES DE MAI 68 La poésie n’est pas un genre littéraire, mais une activité. Une œuvre poétique est constituée essentiellement d’illuminations. 3 LIBÉREZ LES PRISONNIERS qui sont en vous Libérez nos camarades Libérez les cris gorgés de vie Libérez vos coups de faux sur l’herbe farouche aux cent sales mouches 1 Libérez les crs de la Sorbonne Libérez les citations des guillemets Libérez l’éclair de la nuit noire Libérez la poésie du quotidien Libérez la poésie de ceux qui lisent les yeux fermés Libérez la poésie des Odyssées et des Iliades à larmes blanches Libérez vos Arabesques et vos Gymnopédies sur le clavier des 88 notes et des 68 vœux des fraternisations Libérez le mois de Mai de 68 1 Rimbaud
C’EST LA GUERRE
Et pourtant ils étaient jadis comme nous sommes : Leur désir, leurs vœux, leur raison Inclinaient vers la claire et spacieuse vie Vers l’amour, la paix, le bonheur. Anna de Noailles Aux soldats morts à la Grande Guerre C’est la guerre à la démocratie C’est la guerre aux mots tordus par l’envahisseur C’est la guerre à la liberté de l’information C’est la guerre la vraie réelle atroce imprévisible inédite C’est la guerre qui n’est écrite, et pour cause, dans aucun livre d’Histoire (avec sa grande H) C’est la guerre du petit chef formé au Komitet Gossoudarstvennoï Bezopasnosti C’est la guerre d’un oligarque despotique pillard revanchard révisionniste nihiliste C’est la guerre d’un loup accusateur faisant de l’agneau son agresseur C’est la guerre la guerre la guerre La hache déterrée par un tyran Décrétant à la télévision La mort des Innocents 03/03/2022
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LES MUSES DE MAI 68
En Mai 68 on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789. Michel de Certeau 2 DU COUP AVEC LES MUSES DE MAI qui ont quitté la scène depuis 68 On renaît par milliers dans la besace des commémorations décennales On nous avait bien caché les ouvrières et les ouvriers On travaille à feu continu…nos ulcères fleurissent chante Colette Magny pour ceux et celles de la Rodia Du coup on est tombé sur un o.s. qui en avait assez au premier chef des chefaillons Du coup à force d’entendre Devos répéter son sketch à quand les vacances à Caen les vacances Ça a mis la puce à l’oreille des ouvriers spécialisés de quelques usines du Calvados Du coup répétition générale anticipée entre crosses et grenades CRS face aux mutins caennais Du coup et blessures après la répression-répression on entend une voix qui donne le titre au film de Chris Marker et qui annonce la couleur du cinéma effervescent de Mai : À BIENTÔT J’ESPÈRE
IL N’EST PIRE DOULEUR
Nessun maggior dolore che ricordasi del tempo felice nella miseria Dante Alighieri Inferno Il n’est pire douleur que le souvenir du bonheur au temps de l’infortune Ceux qui respirent parlent rêvent Celles qui rêvent parlent respirent Vivant libres aimant désirant espérant Celui qui vorace et triste enfermé dans son palais A l’effrayant pouvoir de déclencher la guerre D’envoyer ses soldats ses bombes et ses tanks Ceux et celles qui respiraient parlaient rêvaient Vivant libres espéraient aimaient désiraient Nos frères et nos sœurs soudain vivant l’Enfer