Ce qu’engendre la poésie C’est toujours un poème Qui va se faisant Comme un sac de voyage Que l’on fait à la hâte Pour une destination inconnue On le fait léger Comme la touche de l’archet Répétant Einstein on the beach D’autres disent que ce qu’engendre la poésie C’est l’étrange défaite de l’intelligence Noyée dans des sensations Qui nous obligent à réécrire la fable du Temps
D’UNE RECHERCHE À L’AUTRE

JE N’AI JAMAIS TREMPÉ MADELEINE DANS MON THÉ
Je n’ai jamais concouru à un prix littéraire Je n’ai jamais couru le marathon de New York Je n’ai jamais trempé madeleine dans mon thé Je n’ai jamais attendu Madeleine pour l’amener au cinéma Je n’ai jamais pensé que la langue était fasciste Je n’ai jamais conduit de Ferrari ni de semi-remorque Je n’ai jamais extrait de gaz de schiste Je n’ai jamais écrit d’odelette à Odette Je n’ai jamais grimpé comme le gros Gustave sur les pyramides Je n’ai jamais donné un sou à un psychanalyste Mais c’est moi je l’avoue qui (peu ou prou) ait commis cette liste
LE TEMPS BIFURQUE
Le temps bifurque perpétuellement vers d’innombrables futurs. Borges. Dans l’un de ces futurs passés, vous lisez ce fragment, le jour du solstice d’hiver (ce 21/12/2020), dans un autre vous faites une partie d’échec avec Ts’ui Pên, qui gouverneur du Yunnan renonça au pouvoir temporel pour écrire un roman en forme de labyrinthe, dans un troisième, d’un pinceau minutieux, vous écrivez sur un papier jadis cramoisi, maintenant rose et quadrillé, comment être moderne en étant anachronique, catachronique, parachronique, achronique, etc… Daniel Oster 1938-1999 Rangements


DAHLIA
Sabres cachés dans les sables du Sahara Ah ! ça ira ah ! ça aura l’air d’un désert sans palmeraies pour prendre date J’ai reçu jadis une carte postale de Ghardaïa Sans un mot Avec juste la trace d’un doigt passé sur la terre ocre Et une signature Dalhia Je l’avais connue ailleurs Sous un manguier des Amériques Où les fruits sauvages laissaient des fils entre nos dents Dalhia ton nom n’en finit pas de hanter cette fable offerte Aux amoureux des lettres que l’on se remémore Mais que l’on a définitivement perdues