PAROLES SAUVAGES TEXTES RAFFINÉS









– Mais d’où tu parles ?

– Paroles sauvages, écrits raffinés,

je me lance, je croise

et ne suis jamais satisfait.

– Un exemple ?

– Agile Argile Fragile

S’agite ce texte

Dont j’ai perdu les clefs.

– Et alors ?

– Rien. Je ne me hâte pas de les retrouver.

J’aime naviguer dans le labyrinthe de l’obscurité,

Entrecoupé de rires et de fragments de récits d’explorations.

– Tu parles d’un chantier !

– Un champ de fouille, un atelier ; chacun.e

S’y attelle, s’y confronte, s’y conforte, s’y réfugie,

S’y reflète, s’y décale, s’y aventure, s’y rêve…

Et les voix s’entrecroisent multiples, profuses, futiles,

incoercibles et par-dessus tout…jouissives.





Dialogue intérieur XXV

NESSUN DORMA ou LA NUIT DES BARRICADES





Liesse : Joie collective

(vieilli, littéraire)

Nuit du dix au onze

Mai 68

Mai mais mais Paris mai





Roulez jeunesse

Dormez vieillesse

(À 22h De Gaulle va se coucher…

On n’osera le réveiller)





Rue Gay Lussac

Ô gué ô gué ô gué

C’est la divine comédie

On se passe les pavés

En chantant Pavarotti :

Nessun dorma (bis)

Que nul ne dorme !

Et ne s’endorme

Sur les lauriers

Des Enragés





Come di come di

La Comédie d’un jour





La Tragédie toujours





Avec Claude Nougaro, Pavarotti (un air de Puccini) et Paolo Conte

MOTS DE PASSE





Il y a des mots de passe que l’on oublie…mais que l’écriture comme par miracle…restitue

C’est comme un jeu…un pari… sans trop y croire on lance les dés…qui sait ?

Qui sait si le quatre ne va pas sortir en premier…suivi du deux…et du un

C’était la belle époque du 421…en buvant sur le comptoir…le pastis…avec des amandes salées…et des olives noires

Avec des sortes de fous rires…et le juke-box qui jouait Petite fleur ou crachait le jus des Chaussettes noires

Mince…ça fait deux « noires »…une blanche…une fine avec un chic d’eau plate

Plate…le mot de passe est venu…Plate est le nom d’une ferme perchée sur une colline d’Ariège…

Au pied de la métairie il y avait une mare…et dans cette mare au printemps croassaient  des grenouilles…gragnotes que nous attirions au bout d’une ligne…avec du farouch une fleur de sainfoin rouge…plantée dans un trident…et les pauvres batraciennes hameçonnées se retrouvaient dans nos musettes…

Musette…muette…mouette…

Trois nouveaux mots de passe…

L’écriture est une vis sans fin…


	

LE CIEL DE MA FENÊTRE





Le jour point

Sur la ligne de pin

avec des nuages d’ouate

qui se baladent là-bas

à l’horizon de mon texte





De grandes sautes de vent

et d’idées qui passent

et qui repassent





Livres des courants d’air

et des feuilles d’herbes





De ma lucarne

ce ne sont pas ardoises

du toit que j’entrevois

mais patience du cœur
et amis envolés


Et — peut-être est-ce

le ciel de ma fenêtre? —

ce qu’on appelle douceur.





le ciel de ma fenêtre

COMMENT GOUVERNER UN PEUPLE À QUI L’ON INFUSE LE POISON DES PASSIONS TRISTES ?


Agenda du 3 au 9 mai 2021

Lundi 03/05/2021

Quatre pages d’écriture cette nuit. 1 Il y a des personnes qui ont le goût du bonheur…2 Il y a des choses que je n’aime pas…3 Je n’ai jamais vu Phèdre de Jean Racine 4 Il y a des mots de passe qu’on oublie…mais que l’écriture…comme par miracle…restitue.

Mardi 04/05/2021

Comment gouverner un peuple-roi ? Je savoure ce Traité nouveau d’art politique écrit par le philosophe Pierre-Henri Tavoillot qui m’avait enchanté sur France Culture parlant de son livre sur les abeilles dont le Roi est…une Reine.

Mercredi 05/05/2021

Je ne sais que choisir, que donner à ma plume : 1mon petit-fils Mathis avec qui je suis allé hier soir dans la forêt de pins, lui sur son petit vélo avec son casque bleu, moi le suivant à côté ou au loin quand il me sème… 2 ma lecture de nuit de Roland Barthes Sur Racine : j’apprends qu’à la première représentation Bérénice bénéficia d’un « vif succès de larmes ». R.B. suggère qu’un historien nous donne « une histoire des larmes ». 30 ans après c’est fait, un ouvrage d’Anne Vincent Buffault, mais pour le XVIII° et le XIX°. 3 L’évocation de mon voyage à Berlin Ouest dans les années 60, avec une virée à Berlin Est, perdu dans les ruines baroques entretenues par le régime communiste.

Jeudi 06/05/2021

J’ai fait des « révisions » cette nuit. J’ai survolé les nombreux mouvements poétiques qui se succédèrent au XIX° siècle…jusqu’à Apollinaire. Je me disais Guillaume Il est temps que tu viennes ! Du Romantisme jusqu’au Symbolisme, cette rage des –ismes, exceptés les Parnassiens et les poètes résolument isolés, « dilettantes, maudits », féroces et drôles, amours jaunes et harengs saurs se balançant au bout de leur ficelle.

Vendredi 07/05/2021

J’ai connu Jean-Marie Lamblard en venant à Martigues en 1978. Il était à la tête de l’équipe culturelle qui animait les manifestations de rue de l’été, théâtre, musiques et autres (nos ateliers d’écriture du GFEN) ; un festival joyeux, festif et riche, « pendant » de celui d’Avignon. J’ai reçu hier son livre sur « l’oiseau nègre », l’oiseau pintade (galline pintada en raison de sa tête fardée). En mai 68, Jean Marie amena une troupe de ses oiseaux sur la place de l’Horloge et une trentaine de volatiles prirent le soir leur envol à la Cour d’Honneur tandis que Jaguar de Jean Rouch était projeté.

Samedi 08/05/2021

Je sors d’un rêve compliqué, sur fond de classe de collège ou de lycée. C’est la rentrée, je suis une marée d’élèves et ne retrouve pas ma salle de classe. Quand j’y arrive A. une collègue a commencé son cours. On avait décidé de joindre nos deux classes. Je vois distinctement des visages d’élèves, mais l’objet du cours m’échappe.

Dimanche 09/05/2021

Quelquefois le peuple se fausse fidélité à lui-même. La foule est traître au peuple. Victor Hugo (Les Misérables)

En période de campagne électorale il n’y a pas de réalité qui tienne devant les proférations de Mme Le Pen. Quelle peine de voir tous ces gens la « bader », happés par la propagande de cette petite patronne d’une entreprise de démolition de notre République. Comment gouverner un peuple à qui l’on infuse le poison des passions tristes ?

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