Autour de minuit Je bats la campagne Un flottement d’images Peu propice à fixer les mots Tous ces mots ces mots-la Qui ont comme la servante au grand cœur d’étranges douleurs Je bats la campagne Comme jadis les faiseurs de Fatrasies Faisaient fumer la pipe à leurs chiens Ou bien battaient le rappel des fêtards d’un mariage En faisant sonner la campane des morts Autour de minuit Une heure a passé Campane et campagne Servante au grand cœur Poème présent range ses outils Saoulé d’images et de mélancolie Le lecteur peut se rendormir
SONNET EN ÉTAT DE VEILLE
En définitive ce n’est pas la poésie qui doit être libre, c’est le poète. Robert Desnos État de veille (1943) Aller selon Agir comme si le vin n’était pas tiré une fois pour toutes Comme si l’expérience d’écrire un poème par jour (la nuit de préférence et vaille que vaille) Valait le coup d’être poursuivie La plume cherchant ses mots d’images Les yeux fermés sur la traversée des songes Et ses récits à l’eau de vie Faire des couplets d’aile ivrez-nous Qui font tendre l’oreille Aux enfants et aux raffinés Comme aux voyageurs de la carte du tendre Qui resteront toute la nuit en état de veille
AVEC LES YEUX DES HIBOUX NYCTALOPES (reprise du poème 2)
Je tire la couverture sur le poème deux D’eux qui ont les yeux de hiboux nyctalopes Invisible sous ma lampe électrique Moi aussi cependant…je médite Hop hop hop comme en Mai Les genoux hauts dans une course épique Reprise jouissivement Par cette écriture déplacée incongrue Hétéroclite Bijoux genoux hiboux Poème qui loin de valoir Le sonnet en X N’est pas loin de son exit Mais même proche du néant Il existe Et tant pis pour ces lecteurs qui le dropent !
SONNET SUR LE MINUIT LUGUBRE
« Bien que ta tête, - lui dis-je, - soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la Nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! » Le corbeau Edgar Alan Poe traduit par Baudelaire Sur la ligne de rhumb Vertige circulaire Rimes errantes Sur la noire aire Au vent affetuoso Des runes et des fuseaux Sur la ligne du rhombe Qui fait tourner le monde La peau du monde de l'homme méditant Sur le minuit lugubre Ses fleurs du mal qu’il élucubre À son bal tournoyant Pour prendre soin de sa Muse Voluptueusement
PRUDEMMENT « caute » (reprise du poème 1)
Je reprends le poème Mais c’est pas gagné Je reprends le suspens Prudemment caute Je n’ai nulle envie De me faire spoiler Je reprends Je reprise Je refais une blague À la page vierge Au lecteur hypothétique Je refais le coup Non de l’hypocrite lecteur baudelairien (mon semblable mon frère) Mais du lecteur blasonné… Fol lunatique Fol erratique (…par Rabelais) C’est peut-être pas la forme olympique Mais cette reprise m’a donné des idées (Prudemment Caute)* *c’est dans le sceau de Spinoza qu’on peut lire cette devise latine