SANS LA SURCHARGE D’AUCUN SAVOIR

agenda du 01 au 07/02/2021
visage éphémère (mercredi 03/02/2021)




Lundi 01/02/2021

7h57       Écrire ici simplement. (dès que l’on ouvre l’œil du matin). Ce que sont incapables de faire « les intellectuels », écrit Marcel. Oui, j’ai relevé la phrase chez Proust. (sans commentaire). Mais ailleurs, sur d’autres terrains de jeux d’écritures, j’ai tout loisir de me perdre dans des phrases sans fin, que je parviens parfois à remettre sur pied, ou que je laisse tomber. Mais ici, sur l’agenda, oui, écrire…simplement.     

 8h07

Mardi 02/02/2021

5h25      Couché comme les poules (pas les « cocottes »), les images de la télé ne me disant rien, j’ai repris le roman de chevet (Anna K.), « posté » le poème du jour après un premier somme, à minuit : « Une fois n’est pas coutume », écrit le nouveau dans la foulée « Sans la surcharge d’aucun savoir » (c’est du Bachelard), et me voilà prêt à 5h30 à me glisser dans la nouvelle journée.

Mercredi 03/02/2021

7h48

     Lieu de savoir des rêveries. J’arpente chaque après-midi la petite plage de Fos sur Mer (il y a une grande, mais adossée au complexe industriel). Je m’arrête une ou deux fois pour tracer sur le sable des visages éphémères que je photographie. Puis c’est le molle du port à voiles, ses roches blanches qui servent d’observatoire pour découvrir un horizon de tankers, d’usines et au nord-ouest le point de fuite vers Port saint Louis et la Camargue. Hier, à 16h j’étais seul, le temps était presque printanier, la mer laiteuse me berçait, oublieuse des misères du monde en temps de claustration subie.

7h58

Jeudi 04/02/2021

8h04

J’épluche de vieux carnets, des blessures de « maux » sur leurs pages. C’était une sale année, avec sa terrible partition cancérienne. Écrire, malgré tout, était une manière de donner le change. Chants rêveurs, en clair-obscur. Mais à la fin, c’est l’obscur qui a gagné.

8h12

Vendredi 05/02/2021

7h53

«Je vais mon train », chanson de colo. J’en ai fait deux, comme petit colon (à Tarnos dans les Landes sur l’Océan),  deux comme « mono ». Une à Souillac (Lot), l’autre à Campan (au pied du Tourmalet). Épisode impossible à vivre aujourd’hui, une après-midi de chaleur orageuse, on avait fait entre deux équipes, une bataille digne de « La guerre des boutons ». Les gosses, uniquement des garçons d’une dizaine d’années, tout nus, avaient « bataillé » dans un petit torrent. Puis, dûment rhabillés, étaient revenus, en chantant « Je vais mon train Et sans me mettre en peine Je vais Je vais mon train ».

7h59

Samedi 06/02/2021

6h16

« Thumon aie, mater nux » (Eschyle Les Euménides) J’aurais aimé avoir accès à des classes où l’on apprend le grec et le latin. Mais, à défaut, je recopie et j’ai tout loisir de rêver sur les étymologies. « Inspire-moi du souffle, Ô Mère Nuit ! »

6h19

Dimanche 07/02/2021

8h02

Petit poème deviendra grand Si une lectrice lui prête vie « Si par une nuit d’hiver, un voyageur… » (Italo Calvino) Si, si, si, si…

Mais aujourd’hui les mots du poème ou de la fiction, ont quartier libre. Ils iront où ils voudront sur leur barque légère, ou s’envoleront d’un dictionnaire inédit : le dictionnaire des mots fragiles et des catharsis.

8h04


	

J’AI ÉCRIT BIEN DES POÈMES ÉTERNELS





J’ai écrit bien des poèmes éternels

Qui occupent astheure mes pages vides

Je les feuillette mélancoliquement

J’imagine comment la page blanche

Naguère les fit chanter





Une ruse que m’apprit une chamane de Goajira

Que je vis dialoguant avec un arbre tóluichi

Comme s’il s’agissait d’une personne :

-Ça parle dans ma tête, me disait-elle.

Toi qui sais écrire tu le fais sur ton papier,

Mais c’est comme un acte manqué, non ?





-Mais non, tu sais, le papier comme un esprit

de ton Monde Autre,

parfois me répond…





C’est ce que naïvement je disais à Setuuma Püshaina

Avant que ne s’effacent les pages

De mes poèmes éternels





évocations :

une chamane de Goajira : Venezuela (1970)

l’arbre « tóluichi » : voir « pithecellobium »





06/02/2021

AMOURS JAUNES





Dans le jardin le mimosa commence sa période

amours jaunes.

L’olivier flotte au vent de mer.





J’ai écrit ces deux lignes sur un nouveau carnet à spirales dit

« poussière de lune ».

Je vois arriver une tourterelle, venue picorer les graines du nichoir.

Un bref instant je songe alors que j’ai participé à cette scène.





J’ai été le mimosa faisant ses fleurs,

mon olivier d’hiver,

la tourterelle sans sa compagne,

et cette plume éphémère qui a effleuré la page,

avec le soin dû à ce texte,

que je me donne l’illusion d’appeler

un poème.

mimosa planté en l’honneur de Mathis : il va fêter son premier lustre
http://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/
poème repris sur ce blog d'exception
qui met en valeur textes, poèmes, peintures et dessins,
 célébrant nos frères les arbres

À ce jour, 1288 poètes, 2643 poèmes
et de nombreux artistes ...


POÈTES D’ENCRE





poètes d’encres n’oubliez pas la voix




Poètes d’encre n’oubliez pas la voix

Menus propos Joyeux devis

Vos grains de voix





Les voix se croisent comme les fils

Chaîne et trame tissant le drame

Ou l’espérance d’en sortir





Poètes de paroles ne perdez pas vos encres

Blessures de pages

Jusqu’à l’effacement

Celui qui gratte sa vieille peau

Remet à zéro son palimpseste

Mais comme par magie

Un peu de texte

qu’il est en train de faire disparaître

Reste en lui





Encres et paroles en même temps

Cherchant la Voie

Les unes s’allument en noir brillant

Les autres nous quittent

Comme elles nous viennent





Joyeux devis Menus propos

Nos grains de voix





04/02/2021

JE SUIS ET NE SUIS PAS


JE (multiple et singulier)
variation 3






Les formes de ma vie sont ainsi entrées les unes dans les autres.

Chateaubriand





Je suis et ne suis pas

Ces signes sur la page

L’instant ouvert au monde

Ce va-et-vient de mer

Dans la rumeur des vagues

Et le murmur des mots

Que l’on dit fondateurs

Tous proches du silence

Dans le Secret des Marges





Je suis et ne suis pas

Cet océan qui flotte

Les sphinx volants des rêves

Le bouclier d’Orion

Le bon alexandrin

Coupé en deux fleurant

Le son d’un parchemin

Les  rimes de Verlaine

Et d’Hugo réunis





Je suis et ne suis pas

Un pantoum négligé

Les formes sur la feuille

Qui nous métamorphosent

Les îles ignorées

De l’ode et de l’épître

Les pavés sous la plage

Dans le beau mois de mai





Je suis et ne suis pas

Ni moi-même ni un autre

À la fin de la pièce

Comme un dernier baiser





Italiques Hugo, Verlaine

Secret des Marges

JJ DORIO

Ed Rafael de Surtis (2011)