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TEXTES SANS FIN mais non sans raison

AU LIEU DE S’ÉTEINDRE, à l’âge de mes derniers automnes, une certaine véhémence d’écriture me poursuit.
Témoin ce texte, que je viens d’ « entamer » quelques minutes avant 3 heures du matin, et que rien ne m’incitait à faire courir sur la page blanche. Si ce n’est ces feuilles cartonnées, vestiges de la couverture de mon premier livre imprimé (en 1975), et qui sont dans une boîte de rangement en plastique, à portée de main, à côté de ma table de chevet.
Je l’écris après un réveil, comme il m’arrive d’en faire deux ou trois par nuit, consécutif à un rêve qui traînait, une sorte d’impasse. (J’avais perdu un numéro de téléphone important qui me reliait à mes père et mère. Je voyais sous mes yeux des listes manuscrites, mais je ne trouvais pas, à mon grand dam, le numéro recherché.)
Au lieu de s’éteindre, comme chez l’immense majorité de « mes compatriotes », selon la formule du président de la République, quand il s’adresse à la Nation, voilà que me pressent les mots et les lignes, les vocables et les phrases, plus ou moins correctes grammaticalement, ou un peu, comme cette dernière, de guingois.
Au lieu de s’éteindre, le feu couve en permanence sous la cendre, avec quelques tisons qu’un souffle dans la nuit, rougit, et qui me permettent de « fagoter » (si je puis dire), ces textes sans fin, mais non sans raison.
(UN DICTIONNAIRE À PART MOI) texte en cours
LA PREMIÈRE LIGNE
La première ligne
Nous ouvre un nouveau sentier
Elle est fortuite inattendue
C’est un pas dans la cendre
De nos déserts de nuit
Ou bien le premier rai du soleil
Qui fait lever l’aurore
Une poussée de glyphes
d’un calligraphe, en attente
de la direction,
que va lui indiquer le chemin :
Caminante no hay camino
se hace camino al andar.
Antonio Machado

Dorio 18/11/2020
SUR MON CAHIER D’ÉCRITURE
Je mets tout à plat
Tout ce qui sort de la pénombre
Sans en faire tout un plat.
« Comme un astre éclipsé »
ajoute Baudelaire,
dans un sonnet.
Je mets tout à rêve,
les amers et les doux,
les longues nuits sans trêve,
qui grèvent et dégrèvent,
le langage qui doue
mes vers d’un doux froufrou.
Je mets tout à dire,
les Sirènes les oiseaux-lyres,
« la nuit approbatrice »,
d’un Mallarmé Phœnix,
les lèvres qui murmurent
l’amour des métaphores,
le mot « humble » qui n’a pas de rime,
Tout ce qui s’inscrit
sur mon cahier d’écriture,
avant d'aller rejoindre
la belle forme d’un livre.

POÈME ZEN
Poème zen
Venu d’un monde intérieur
mais non clôturé
Sans peur ni repentirs
En s’écrivant il se donne
le « monde-autre » des poésies
comme horizon de lecture
(comme une geste chamanique)
Poème zen
S’il sort de travers
Je le laisse
sur un coin de table
et j’en commence un autre
Ou bien
j’écris sur le poème raté
palimpsestueusement
Poème zen
Couleurs des nuits
Poussière d’ailes
de papillons blancs
que l’on nomme « éphémères »