OUTILS D’ÉCRITURE





MON OUTIL, je puis ici le nommer : Pilot, V7HI-TECPOINT, Pure Liquid Ink.

De lui, vient le flux des paroles, la rumeur des images, dont je n’avais pas idée, le fil d’une écriture prête à se rompre, mais que je tire jusqu’à la fin d’une page, qui souvent m’échappe, se dérobe, mais que, coûte que coûte, je maintiens ferme, jusqu’au dernier mot.

J’écris à l’oreille, j’écris à l’encre noire, faisant tout mon possible pour résister à ces hérauts noirs, qui envahissent les poèmes de deuils et de douleurs.

J’écris des fadaises que je laisse aller, mais que peut-être je modifierai, quand je passerai mon écrit au clavier AZERTYUIOP, impersonnel.

La page va se terminer. Je l’ai écrite en lisant un romancier dont l’outil est un crayon, avec lequel il écrit à voix basse. Ce crayon présente une gomme à l’autre extrémité, avec laquelle il efface, au fur et à mesure, ses repentirs.

Et toi, dis-nous, comment fais-tu ?





UNE AUTRE MANIÈRE DE L’ÉCRIRE

TOI QUI ÉCRIS tes pages d’abord à la pointe fine puis au clavier azertyuiop et toi qui les lis je ne sais où ni comment toi qui écris cette page à 4.04 dit le marqueur rouge du temps et toi qui la lis sur ton écran en te disant ce type est fou qui mêle forme et force figure tournure patience et longueur de temps toi qui écris telle nuit telle heure en telle année et toi qui lis mondant la paille du grain cherchant le sens dans le non-sens toi qui écris et qui te lis mais comme un autre le traducteur d’une vérité intelligible mais indicible comme telle ça pourrait être Sisyphe ça pourrait être les Parques ça pourrait être le mythe de l’éternel retour…

NE RIEN FAIRE

NE RIEN FAIRE, sauf respirer…et lire, mais en levant souvent les yeux, jetant alors, comme négligemment, sur le papier, cette prose musicale- du moins, je l’essaie.

Le personnage d’une nouvelle de Poe, si j’en crois le romancier espagnol qui rapporte le fait, prend « un interés tranquilo pero inquisitivo hacia todo ». Pour toute chose, il manifeste, deux attitudes en apparence contradictoires. Un intérêt tranquille (je suppose qu’il prend son temps, ne se met aucune pression pour résoudre l’énigme), mais « inquisitorial » ! (il tourne et retourne, « littéralement et dans tous les sens », ces choses qui passent sous son radar ? il fait du Ponge sans le savoir ?). Je n’oublie pas, toutefois, que le tout se déroule dans le flux et le rythme musical, créés par une « nouvelle ».

NE RIEN FAIRE, c’est déjà bien assez pour écrire ainsi, en vis-à-vis, sans compter/conter.

J’envie l’époque de Baudelaire, où ces petits poèmes en prose, flottaient, apparemment perdus, au milieu des pages de journaux de Paris.

NE RIEN FAIRE, la suite m’appartient. Elle ne paraîtra pas sur cette page cartonnée, blanche, dos de couverture de mon premier recueil de poèmes publié.

Oublie tout ce que tu sais sur la littérature, la poésie, la vie écrite dans les journaux du matin ou du soir ou, désormais, sur l’écran (cette mort programmée du lecteur de papier). Passe ta mine dans le taille-crayon, prends un livre, une page vierge en vis-à-vis, et sans rien faire, commence, ici et maintenant, ton exercice de petite prose poétique, limité à une page, pas plus.  

Jean Jacques Dorio
Petites proses poétique en une page




dans le flux et le rythme musical
6 hypnographies JJD

NE RIEN FAIRE

Ne rien faire, sauf regarder par la fenêtre ouverte,  sans la refermer. Embrasser d’un seul regard le monde ensommeillé et l’aimer, le cajoler. Regarder les arbres jaunir, puis rougir. « Comme un feu dans nos foyers ».

Ne rien faire, sauf s’oublier dans cette éternité. Demeurer, ainsi suspendue sur la balance du temps. Ecouter et respirer, suivre l’oiseau, flèche des hauteurs dans l’aire du monde. Une flamme dans le cœur.

Ne rien faire, sauf suivre le nuage, le merveilleux nuage qui passe là-haut dans le ciel. Là-bas… là-bas… le merveilleux nuage. Rester humble et proche du monde.

Ne rien faire, sauf chercher les mots, gousses de vanille au parfum des îles lointaines, « où l’on ne prendra jamais terre ». Muette et immobile, sans nom et sans île, « je lance mes chaussures par-dessus bord » et je saute à pieds joints dans la mer infinie. Ne rien faire, sauf regarder par la fenêtre ouverte.

Maria Dolores Cano

26 10 2020

NE RIEN FAIRE, sauf chanter, laisser les notes venir une à une dans la tête, petites gouttes d’eau qui tombent d’en haut et rafraîchissent, musique au cœur, musique au corps, douce rumeur qui bruit.
Ne rien faire sauf respirer, lâcher le souffle et le reprendre, entre les deux une petite mort, puis une renaissance à l’infini, un souffle ténu, nous montre le chemin, un va et vient entre dedans et dehors.
Ne rien faire sauf se prendre au jeu de l’écriture, des mots jetés à la mer dans une bouteille pour quelqu’un qui entendrait, ici, ça se pourrait, et si on le tentait, et si c’était vrai.
Ne rien faire, sauf marcher, dans une forêt aux arbres dorés et rougeoyant, sous le soleil d’automne, ne rien faire que marcher, le tapis de feuilles craque sous les pas, marcher, continuer de faire craquer le temps pour le tuer un petit peu, mais c’est le temps qui me fait craquer.

Dominique Ebrard alias Estourelle


  Rêvons à ne rien faire, c'est encore faire quelque chose. De moins
 visible peut-être, et pourquoi pas de  très profond. Une remise en place
 du temps qui coure comme un émerveillement. Qui le saura que nous
 n'avons rien fait? Qui oserait faire reproche de cette action
 silencieuse parfois posée face à nous dans le dédale de la pensée ? Un
 poème va-t-il en sortir, va-t-il s'écrire dans le silence comme une
 mémoire qui nous tient tout entière dans son secret?

 Jean-Marie Corbusier 

NE RIEN FAIRE, sauf inspirer par les yeux. Puis en expirant, tracer les contours imaginaires (ceux qui échappent à la vue) d’un visage, d’un être voilé, d’un corps ébauché.

NE RIEN FAIRE, « Ne plus bouger », « Souriez ! » dit le photographe scolaire avant le retentissement du flash. Pour prendre la pose, chaque élève enlève délicatement son masque, les élastiques se détachent tout doucement des oreilles pour ne pas les blesser. Chacun déshabille son visage.

Et, petit miracle, on découvre une bouche, un nez, un sourire que l’on ne soupçonnait pas.

NE RIEN FAIRE, être là, spectatrice.

Mes élèves sont là devant moi. Je découvre leurs traits pour la première fois après deux mois d’école. Leurs visages s’offrent à moi comme des bulles de savon qui éclatent au contact de ma vue acérée. Vorace.

NE RIEN FAIRE, les observer, ne pas en perdre une miette pour les croquer dans ma tête et les immortaliser dans mon esprit. « Vite, vite ! Après ce sera fini ! »

La photo prise, ils remettront tous leurs masques et ce dévoilement fugace sera à jamais perdu.

NE RIEN FAIRE, sauf inspirer par le regard. Puis en expirant, tracer les contours imaginaires de ceux qui nous échappent.





Camille Bellatorre Blancher

Quand tombe le masque
un dessin de Federico García Lorca

Ne rien faire sauf…

Ne rien faire mais que faire de ce rien qui n’est pas rien ?

Ne rien faire sauf regarder le ciel nocturne, ses moires et ses grimoires hallucinants c’est ce que fait l’astronome, le personnage principal du roman* de l’écrivain islandais, Jon Kalman Stephansson. Il se déleste de tout ce qui est terre à terre et, sans perdre son latin, accède légèrement aux énigmes des espaces infinis. En quelque sorte, il se consacre à l’essence ciel.

Ne rien faire sauf se confiner ce qui revient au même finalement. Ne rien faire pour être sain et sauf ? Sauf que ce n’est pas vraiment confirmé. Pour être sauf, il nous faudrait peut être un véritable sauf conduit.

Ne rien faire sauf dire (rien à redire), écrire (sans rire), raconter (sans forcément se la raconter), narrer (sans trop se narrer **) ou conter (sans compter), décrire (on n’en voit jamais la fin et ça occupe) ou alors lâcher l’affaire.

PS

* Lumière d’été puis vient la nuit

**se narrer : en provençal quand on joue à la pétanque être très loin du but (il n’a rien compris à la donnée et il s’est complètement narré).

André Bellatorre
est-ce un paysage islandais ?
chinois ? américain ?
je l'ai choisi pour donner souffle
à nos écrits

NE RIEN FAIRE





NE RIEN FAIRE, sauf respirer…et lire, mais en levant souvent les yeux, jetant alors, comme négligemment, sur le papier, cette prose musicale- du moins, je l’essaie.

Le personnage d’une nouvelle de Poe, si j’en crois le romancier espagnol qui rapporte le fait, prend « un interés tranquilo pero inquisitivo hacia todo ». Pour toute chose, il manifeste, deux attitudes en apparence contradictoires. Un intérêt tranquille (je suppose qu’il prend son temps, ne se met aucune pression pour résoudre l’énigme), mais « inquisitorial » ! (il tourne et retourne, « littéralement et dans tous les sens », ces choses qui passent sous son radar ? il fait du Ponge sans le savoir ?). Je n’oublie pas, toutefois, que le tout se déroule dans le flux et le rythme musical, créés par une « nouvelle ».

NE RIEN FAIRE, c’est déjà bien assez pour écrire ainsi, en vis-à-vis, sans compter/conter.

J’envie l’époque de Baudelaire, où ces petits poèmes en prose, flottaient, apparemment perdus, au milieu des pages de journaux de Paris.

NE RIEN FAIRE, la suite m’appartient. Elle ne paraîtra pas sur cette page cartonnée, blanche, dos de couverture de mon premier recueil de poèmes publié.

Oublie tout ce que tu sais sur la littérature, la poésie, la vie écrite dans les journaux du matin ou du soir ou, désormais, sur l’écran (cette mort programmée du lecteur de papier). Passe ta mine dans le taille-crayon, prends un livre, une page vierge en vis-à-vis, et sans rien faire, commence, ici et maintenant, ton exercice de petite prose poétique, limité à une page, pas plus.  

Petites proses poétique en une page

En temps de Covid (sévère), je vous propose un exercice de lecture et d’écriture, partagées.

Pour faire simple, il s’agit d’écrire une série de « petites proses poétiques, en une page ».

1 Tracez sur votre feuille A4,  un rectangle de 16×20 cm. (c’est le format commun).

2 Lisez le texte-souche, ci-dessus, 3 minutes, puis quittez-le des yeux.

3 « NE RIEN FAIRE, sauf… » ce sera votre début (l’inducteur). Que vous répèterez, autant que vous voudrez. (anaphore)

4 Écrivez à la main, en essayant de ne jamais raturer. (ce qui impose un certain « régime d’écriture », maîtriser sa vitesse, ne pas s’emballer).

5 Quand il n’y a plus d’espace sur la page, le texte est terminé.

6 Le recopier (mais rien ne presse, on peut laisser la pâte reposer), sur le clavier de l’ordinateur. Cette fois, vous avez toute latitude pour le modifier (mais à la marge).

7 Envoyez-le en doc joint à mon adresse doriojeanjacques@gmail.com, et je le posterai, tel quel, sur le blog.

8 Il n’est pas sûr que à partir de mes braises le feu se propage, mais sait-on jamais ?

9 Il en est des livres comme du feu dans nos foyers : on va prendre ce feu chez son voisin, on l’allume chez soi, on le communique à d’autres, et il appartient à tous.  Voltaire