CREDO





Rien ne me paraît plus négligeable que le poète réduit au poète.

Paul Valéry





Je ne crois pas en la poésie

Mais au mouvement sans cesse recommencé

Qui me porte vers un poème.





Ceux que je connais par cœur

et que je me récite

Quand le temps ne passe pas

Ceux que je découvre

Et qui toujours résistent





Ils m’obligent à faire l’Essai

De rassembler

Tout ce qui au fil du temps

S’est morcelé :

Le poème et ses exigences

Le poème et ses lignes d’horizon

Qui semblent faire se rejoindre

Le ciel et la terre

Le ciel et la mer

Le ciel et le néant





Le poème comme expérience

Et la distance à maintenir avec son risque mortel

Celui de se prendre, chemin faisant,

pour un « poète ».





lecture




CONTRE-POÈME




Poète ?

Je veux bien

Mais alors

Caméléon

Une couleur

Pour chaque

Passe :

Amour et désamour

Jubilation et disparition

Quiétude et inquiétude

Sol y sombra

Cris et rires

Écriture





Liberté sur paroles

Camées et caméléons

Bibelots abolis

Du faiseur de poèmes qui regarde le monde

Au-delà du bout de son nez






	

SOUCI DE SOI SOUCI DES AUTRES





Prenez le temps de lire

Prenez le temps de vivre

Et de changer chaque matin

Vos pas de plomb

Pour les semelles de vent des poésies





Réveillez-les Réanimez-les

Et laissez-vous mener par le nez

De leurs petits soleils jaseurs

Qui ouvrent à la joie et à la fraternité





Il ne faut jamais céder

L’initiative aux maux

C’est pourquoi

Souffrance et solitude

Ont pour antidote

L’exercice poétique

Souci de soi

Souci des autres





C’est ainsi

Ne me demandez plus pourquoi













souci de soi souci des autres prenez le temps d’écouter

QUELQUES PAS DE CÔTÉ avec Montaigne





La conversation est une joute

Un exercice pour délier l’esprit.

Michel de Montaigne





Je rêve de Montaigne

Nous devisons Nous conférons

Il me conseille sur mes affaires

Mais à sa manière





Nous ravassons Nous rêvassons

Sur cette humaine raison

Instrument libre et vague





Je rêve à Montaigne

Autour du promenoir

De celle qui m’était

– comme il dit de son seul ami –

« la moitié de tout« 

Et dont la disparition

M’a dérobé sa part





Mais nous continuons

Rêveurs témoins

Faisant d’Essais

Sursauts





Sans aucune assurance

Que celle de l’imprévu

Et des pas de côté


	

MAIS QU’EST-CE DONC QU’UN POÈME ?





Mais qu’est-ce donc qu’un poème ?

Une forme qui va, rit,

pleure, sur l’allégorie

de la désagrégation

qui ronge toute pensée.





Un rituel où j’arrache,

vers après vers, le chiendent

d’un monde instable, hostile.





Un poème s’en dégage

Où la vie trouve un passage.

Son livre joue d’écritures

Qui mêlent la tradition

-ce pur don de soi aux mots

forgés par les grands poètes-

À l’invention d’un présent,

heureux, dans l’inachevé.





V.XI.MMXX





une voix et l’invention d’un présent heureux…dans l’inachevé

	

SANS NOM D’AUTEUR SANS TITRE





Pas de nom d’auteur

Pas de titre

Mais des lignes qui parlent

D’une certaine voix





De la voie

Du souffle de l’alphabet

Rue de l’épée de Bois





De Personne

Et de son masque

Sur la scène d’un théâtre

De Covid tête de mort





De la modestie de cette main

Qui écrit sans raison

Comme le lecteur anonyme

Qui passe

Ou s’arrête perplexe





Le rouge au front

MAIS DES LIGNES QUI PARLENT d’une certaine voix