CONFINEMENT (2)





1

Restez chez vous

Enivrez-vous                   

De vin de vertu de poésie

2

Restez chez vous

Écrivez des lettres

au Vieux qui lisait

des romans d’amour

à la jeune ouvrière

d’Élise ou la vraie vie

3

Restez chez vous

Réécrivez les Exercices

de Style

Queneau en sera

Baba

4

Restez chez vous

Remplacez le bus

par le métro

et le type au chapeau mou

par la mouflette

qui jure

comme une harengère

5

Restez chez vous

Lisez Einstein

En électron libre

6

Restez chez vous

Méfiez-vous des films

de cape d’épées

et de bâtons pour se faire battre

7

Restez chez vous

Rue Sigmund Freud

Ça vous évitera

une sychanalyse

8

Restez chez vous

Rue du Bac

Ne le révisez pas

On ne passera pas le bac

cette année

9

Restez chez vous

Avec votre scie

à découper tous les puzzles

de la vie

mode d’emploi

10

Restez chez vous

Quand vous n’aurez plus

de cornflakes

Mangez du foin

11

Restez chez vous

Pensez à vous

Un peu aux autres

Au père Noël

Et à la mère Ubu

QUI TU ES ?





(Après l’écriture folle, à grandes rafales de proses,

le repos dans la rime et le rythme, assumés).





QUI TU ES ?, tu t’en moques, feuillets d’hiver noués,

Par temps de soliloque, qui tu es, tu le tais.

Qui tu es, à Chambord, dans le double escalier,

Dans la chambre du roi, orné de salamandres.

Qui tu es au Moudang, dans les Haut’s Pyrénées,

Dans les granges des oueillos, les brebis couleur cendre.

Qui tu es au collège, professeur météore,

Préparant tes ouailles, aux rimes équivoquées.

Qui tu es à Paname, paysage du Tendre,

Âme t’en souvient-il, sur le quai Malaquais.

Qui tu es en Espagne, Cuevas de Almanzor,

Où naquit la maman, qui enfanta ta Reine.

Qui es-tu dans la case des frères amérindiens,

Des mythes qui s’emmêlent avec la Neste d’Aure.

Qui es-tu, qui tu es, tu t’en moques à présent,

L’aurore des paroles devient soleil couchant.





1° novembre de l’an 2020

qui tu es lecture à voix basse

ET QUAND PERSONNE NE ME LIRA





ET QUAND PERSONNE NE ME LIRA

Tout change sans cesse, rien n’est stable.

C’est un plaisir toujours renouvelé que de savoir jouir de nos lectures.

Celle du fils de Pierre Eyquem, qui s’inventa le nom de Michel de Montaigne,

devient peu à peu, les ans passant, une de mes préférées.

Beaucoup de passages me sont obscurs faits de « pièces décousues »

comme il disait, non sans malice, mais j’y reviens, je les relis et les relies

à celles pour qui j’ai plus de facilité à suivre son «allure poétique »,

à sauts et à gambades, comme disait ce cavalier émérite.

Je le parcours à sa manière, naturelle et ordinaire, sans contention,

mais je ne le lis jamais sans éprouver le besoin de passer à mon tour, 

à une écriture qui « tient registre » de mes instants, d’une vie bien à moi,

qui en est « la matière ».

Une écriture, qui ne va jamais de soi, faite d’ajouts, de reprises et de pertes.

Mais qui me tient et « m’engage, à (ce) registre de durée », sans fin…et sans reproches.

« Et quand personne ne me lira », écrivait, ou dictait depuis sa tour « librairie », Montaigne.

Formule évidemment qui hameçonne son lecteur, mais que je reprends ici, volontiers,

en ces temps où le « numérique » me permet de dévoiler pour autrui mes fantaisies,

sous forme de poèmes, « essais » avec un « e » minuscule, « dictionnaire à part moi »… 

dont je ne cherche aucune faveur dans le monde littéraire, mais dont je sais gré

à quelques lecteurs et lectrices bienveillantes de les accompagner

de leurs prolongements passagers.





Adieu donc, à Martigues ce 1°novembre 2020

UN DICTIONNAIRE À PART MOI  (travail en cours)

et quand personne ne me lira
lecture à voix basse

PAROLES VS PAROLES





NON paroles

ne sont pas

d’évangile

du Coran

de la Bible

De ces livres

Qui nous tuent

Dieu terrible

Et qui arme

l’abruti

le débile

OUI paroles

sont fragiles

qui hésitent

malhabiles

comme Achille

immobile

aux grands pas

et Cécile

le prénom

de ma fille

NON paroles

fanatiques

frénétiques

archaïques

qui fabriquent

les massacres

et l’horreur

OUI merci

aux Lumières

à Voltaire

aux laïques

à la Paix

d’une Éthique

partagée





trisyllabes d’octobre

Strom King état de New York
land art
photo Pauline Dorio
midi heure de New York
31/10/2020

J’AIMERAIS MIEUX PAS





J’aimerais mieux pas t’écrire poème

Il fait trop triste dans mon cœur
Et trop de morts en moi se meuvent





J’aimerais mieux pas

Mais voilà c’est le paradoxe

Le premier vers hardi se pose

Sans que je l’y invite

Sur cette page qui se défend

Mais n’en peut mais





J’aimerais mieux pas j’aimerais passer

Mais comme une mécanique

Ma main magnétique continue

À Dada sur mon papier





Lors me retrouve bon gré mal gré

Poète dépourvu incapable d’interrompre

Ce labeur contrefait*





Et puis flûte ! Réflexion faite

Je dois à mon grand dam le constater

En faisant à contre cœur ce poème

Tristesse et douleurs ont passé





Il était temps de l’avouer





*allusion à Clément Marot

prince des Poètes