APRÈS LA PAGE BLANCHE





Après la page blanche une autre page blanche

Effronté comme un page Sous les pavés la plage

On devient chocolat en faisant poésie





Après la page blanche le coup de dés fatal

Un poème de deuil après le dur cancer

vainqueur On devient fou À tort et à travers





On crie sur le papier On rend ce crâne vide

à son rire éternel On redit Valéry

au cimetier’ marin où picorent les focs





Sur cette blanche page qui s’irise de gris

Un non-sens verlainien sur l’ardoise indécise

Proche du pur zéro et d’un poème toc





Après la page blanche une autre page blanche

C’est la tienne lecteur grognard de poésie

Qui poursuit impassible le déni de sa mort

L’écriture d’un vers qui te fait chocolat





Ah ! ah ! les vibrations du vieil alexandrin

Jusqu’à ce derniers vers…inachevé pardi !





25 mai 2021





À la mémoire de Josiane Dorio (10 avril 1952-25 mai 2014)

Ma chérie

RÊVER à l’endroit à l’envers





RÊVER

Écrire sur du papier

À la main

À la belle encre…

On croit rêver !





RÊVER

Rêver à l’endroit à l’envers Rêver d’être un pauvre hère Rêver à l’envers à l’endroit Rêver d’être des cons le Roi Rêver du Petit Chose et de la Grande Sophie Rêver de ce notaire pendu à ses breloques à chiffes Rêver de pérorer en pleurant comme une madeleine Rêver d’Apollinaire de Kostrowitzky Rêver du Prince d’Aquitaine à la tour abolie Rêver de ce vers long brisé à l’hémistiche Rêver de ce non da ! et de cet oui ouiche ! Rêver de l’albatros souvent pour s’amuser Rêver du sommeil noir sans baiser de l’aimée Rêver de l’Araignée qui étend sur l’écran sa toile Rêver de ma sœur Anne Ne vois-tu rien venir Rêver de Cupidon troublant les rêves du beau sexe Rêver de cette fête où l’on dit adieu le 24 mai 68 au général Castagnette Rêver de ma tentative d’épuiser sur  deux pages de mon cahier quadrillé les images folles d’une insomnie Rêver de ne plus rêver de romans sur la vie Rêver de la mandoline d’un concerto de Vivaldi Rêver de l’écouter en te contant fleurette Rêver de Jean de Meung qui le premier fit de la Rose un roman Rêver de se rêver à la place d’un.e autre à Venise à Dublin au-dessous d’un volcan symbolique et fortuit…


















	

GUETTER nos rêves sans sommeil





J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas. C’est l’attente qui est magnifique.

André Breton

GUETTER




Guetter les souris du grenier. Guetter le moment propice. Guetter les perdrix rouge sang. Guetter l’arrivée de monsieur le ministre. Guetter sa chérie sous la brise. Guetter la chanteuse des rues et des places publiques. Guetter la rabouilleuse de l’étang de Berre. Guetter le monstre du Loch Ness. Guetter nos rêves sans sommeil. Guetter le Fol Lunatique et le Fol Sympathique. Guetter Méphistophélès. Guetter la lune romantique. Guetter le gazouillis de l’oisillon. Guetter le bug informatique. Guetter Louis XIV sans sa perruque. Guetter l’appel du Général. Guetter les lavandières du Portugal. Guetter Diogène dans sa barrique. Guetter l’allumeur de réverbères. Guetter l’instant où nos joies se transforment en peine. Guetter Guillaume sous le pont Apollinaire. Guetter l’araignée du soir. Guetter le lézard des murailles. Guetter le zèbre qui se cabre. Guetter la poule aux œufs d’or. Guetter le dernier des Mohicans. Guetter le vendeur de mouron. Guetter les nymphéas éclos à Giverny. Guetter les loustics et les aigrefins. Guetter Aristophane sur la scène d’Épidaure. Guetter la cantatrice chauve. Guetter Gavroche sur la barricade de la rue de la Chanvrerie. Guetter les punaises de sacristie. Guetter le métèque de Moustaki. Guetter l’homme ayant les défauts de ses qualités. Guetter les porteurs de mélancolie. Guetter la femme bleue d’Henri Matisse. Guetter la dernière flèche empennée de nos lèvres bien-aimées.


	

JOUER sa vie en la contant





JOUER





Jouer de la clarinette. Jouer à qui perd gagne. Jouer du luth à la tzigane. Jouer avec les mots du judo. Jouer ippon et ko-soto-gari. Jouer avec Marie au petit mari. Jouer de Molière les Fourberies. Jouer aux cartes en fumant la pipe d’écume de Magritte. Jouer aux barres et au ballon prisonnier. Jouer au hasard avec Baltazar. Jouer au con. (pardon) Jouer à faire l’imbécile. Jouer à colin-maillard. Jouer au chat perché. Jouer les yeux fermés à la marelle avec Adèle. Jouer sans peur et sans reproche. Jouer 89 à la Bastoche. Jouer au bilboquet avec Carole Bouquet. Jouer aux dames tout feu tout flamme. Jouer à l’intello au café de Flore avec Choderlos de Laclos. Jouer de ses relations. Jouer au libertin en cueillant un bouquet de thym fleuri à la Du Barry. Jouer de l’orgue de barbarie. Jouer une comédie musicale à Brooklyn. Jouer la partition pour flûte de Paris s’éveille. Jouer Alice au pays des Merveilles. Jouer du violon quand le jour décline. Jouer aux osselets avec le tarse et l’astragale d’un jeune mouton. Jouer à la main chaude et au toque-manotte. Jouer à Don Quichotte sans son Pança. Jouer jusqu’à plus soif. Jouer l’hymne à l’amour de la môme Piaf. Jouer cette ritournelle à la déesse Sibylle qui à la fin se retourne et dit : Jouer sa vie c’est la conter.


	

AIMER son jardin imparfait

L’amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel ; et il cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre. 

François de la Rochefoucauld

AIMER




Aimer Aimée. Aimer mémé poussée dans les orties. Aimer les ortolans. Aimer les longs moments où je vous regarde. Aimer la jeune garde. Aimer Titi. Aimer Merleau-Ponty. Aimer la nuit. Aimer la clocharde céleste. Aimer Shakespeare. Aimer l’oiseau-lyre. Aimer Marbeuf et Rutebeuf. Aimer la chanson des Amours de Cassandre. Aimer la pensée sauvage. Aimer le miel et les cendres. Aimer l’art brut. Aimer le conatus. Aimer persévérer. Aimer l’alouette avec son tire-lire. Aimer l’arc et la lyre. Aimer le doux zéphir. Aimer la môme Néant. Aimer l’ache et le serpolet. Aimer improviser. Aimer le temps des cerises. Aimer sa première chemise. Aimer ses taches de rousseur. Aimer Stéphane Mallarmé. Aimer ses lèvres et ses livres. Aimer sa main dextre et sa main senestre. Aimer les devinettes. Aimer les anagrammes et les androgynes. Aimer les chanterelles. Aimer les petits cris des hirondelles. Aimer Anne Sylvestre. Aimer les Symbolistes. Aimer faire des listes. Aimer ses bas et ses hauts. Aimer sans coup férir. Aimer les quatre cent coups. Aimer les exercices de style. Aimer le bon grain et l’ivraie. Aimer l’imprévisible. Aimer Mozart ma non troppo. Aimer les rimes de Germain Nouveau. Aimer Pierrot sous la lune. Aimer pour de semblant et pour de vrai. Aimer son jardin imparfait.