MANIFESTER sa puissance d’agir





Nous ne naissons pas libres, nous le devenons. Si la liberté politique doit certes protéger de la violence et garantir certains droits, sa véritable fin est de permettre à chacun de développer et de manifester sa puissance d’agir.      Jean François Billeter





Manifester sa joie Ce n’est/ qu’un début/ Continuons le/ Combat Manifester sa peine Et nos amours autant qu’il m’en souvienne Manifester en ce long moment hors temps de Mai 68 ou le rêve d’une grève générale réalisé.e Manifester en faisant les affiches collectives des Beauz’Arts qui faisaient dire aux peintres qui avaient quitté leurs ateliers L’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art Manifester dans son usine qui n’avait pas été occupée depuis 36 Manifester ce désir d’art de vivre non programmé Manifester nos paradigmes humanistes perdus et retrouvés Manifester nos solidaritudes avec les personnes vivantes – et bien vivantes- à nos côtés Manifester avec Edgar Morin (l’heureux centenaire) la mise à distance de ces fameux concepts mis à toutes les sauces et qui nous saoulent : L’abstraction formalisatrice a fini par se prendre pour la quintessence de la réalité alors qu’elle en est la déshydratation Manifester avec grand soin son autodérision souffrant d’insomnie échangerais mes écrits de plume contre un sommeil de plomb Manifester son goût du pastiche et du pastis de Marseille : le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur de Mariani Manifester son côté marxiste tendance Groucho : si votre esprit s’égare, plus tard vous le retrouverez, mieux ça vaudra Manifester son désarroi devant tout manifeste sans contenu latent : Si vous avez compris, vous avez sûrement tort Manifester cette anaphore qui donne le tournis Manifester ces caractères pendant les uns aux autres qui s’agrippent et s’engrènent dans un réseau réfractaire à celui-là même qui l’a sécrété Manifestez !





miró vignette Mai 68 tableau 200×200 cm

L’ART DU POÈME





Le plus difficile n’est pas de lire les poèmes nouveaux, mais d’échapper aux anciens.





Ceux qui croient que les poèmes tombent du ciel

Ceux qui croient qu’ils sont pris dans la résine des amours jaunes (Corbière)

Ceux qui font de l’émotion toujours en mouvement

l’ « essence » de la poésie

Ceux  dont les doigts saignent sur la page sans voix

Ceux qui croient que les poèmes se trouvent sous les sabots d’un cheval

Ceux que les messages électroniques font mourir de langueur (Paul Valéry)

Ceux dont la vie est de brûler les questions (Artaud)

Ceux qui se disent poètes et ne sont que des glaçons mal avalés

Ceux qui maintiennent l’art du poème contre vents et marées


	

COMME UN TOMBEAU DE POÈTE

la main écrit et le texte se fait (plus ou moins)




Avant de rendormir les douleurs et les cris

Je lis Frénaud Follain folles guêpes bourdons

Les yeux pleins de fourmis noires et de Néant-

-la-Môme chérie – loin des chichis – de Tardieu

Avant de rendormir les douleurs et les cris





Sois tranquille Philippe qui vient de t’en aller

Le poème ennemi tu ne traceras plus

Tu ne chercheras pas le fin mot de la fin

Ta mort tu le disais poursuivait son chemin

Sois tranquille Philippe qui vient de t’en aller





Les extrêmes se touchent écrit Blaise Cendrars

Il chante Bilbao d’autres le bilboquet

Ou cette fleur absente de nos derniers bouquets





Je t’écris lettre à lettre avec de l’encre bleue

« L’art est long si long La vie en revanche courte

Elle coupe comme un couteau »*

Nos pages noires du tombeau





*Largo es el arte La vida en cambio corta

como un cuchillo

Angel Gonzalez

lecture (et traduction)

LA FACE CACHÉE D’UN POÈME





La face cachée d’un poème

Ici sur ce papier blanc blême

Sur ce papier l’art d’échouage

Où l’on essaie un mot puis l’autre

En reliant Tohu-Bohu

Guerre du Feu et de la Terre

à la modeste poterie

aux joies de l’homme d’argile

à la femme qui barbotine





La face cachée d’une pièce

Mise ici sur le papier

Barbotée bredouillée fouillée

Au bout des doigts de Soi de l’Autre





C’est réussi ou c’est raté

Savoir-faire n’est pas donné

Ici sur ce papier où l’encre

Le temps d’un poème…a coulé





la face cachée d’un poème
je n’ai finalement pas changé un seul mot de ce premier jet, il faut dire que contrairement à son apparence (toujours sans une rature, et qui semble venir de soi, comme un cadeau des dieux), ce n’est pas « d’un coup » que la page s’est faite, mais par « essais » successifs, où les mots et les lignes « ruminent », en quelque sorte, comme cette « cosa mentale », ici témoin d’un art modeste… jjd 22/02/2021 10h10

L’ART N’EST QU’UN JEU





1

L’art n’est qu’un jeu

Mais il faut jouer avec la joie

Et le sérieux de l’enfant

Qui s’oublie dans son Je naissant





Je te l’écris « plié de rire »

Et secoué de pleurs

Ça peut aller de pair





Dis la vie quand reviendras-tu ?

Quand sonnera l’heure

De la grande réouverture ?

Du souffle des tragédies

Et des comédies

Déployées sur la scène de la Cour d’Honneur

Ou dans les 24 images par seconde

D’un cinéma où rêvent

Nos inconscients





L’art n’est qu’un jeu

Mais trop masqué

Ce n’est plus du jeu

Mais une mascarade

A dit l’enfant

En tressant son berceau

De laines et de brins d’osier

Dont on fait les rêves





27/01/2021

2

ÉCOLE (et poésies)





J’ai tendu une corde de clocher en clocher,

et je danse.

Mon maître d’école avait inscrit la phrase sur une banderole

qui flottait sur nos têtes.





Moi, quand j’ai été instituteur,

j’ai remplacé le danseur de corde

par Moi dans l’arbre

T’es fou tire pas !

C’est pas des corbeaux

C’est mes souliers

Je dors parfois dans les arbres





Ha!ha! On en a fait des lectures et des variations

sur ce dormeur dans son arbre

Comme « le paresseux » accroché au palmier, au milieu d’une cour d’école,

de Caracas où j’enseignais le français à de jeunes enfants.

Des infantes plutôt, des fillettes à l’esprit vif et sautillant.

-Profé ! profé ! comment dit-on « pereza » en français ?

– On dit « paresseux ».





Dame souris trotte Rose dans les rayons bleus

Dame souris trotte : debout paresseux !





Avec Rimbaud, Vincensini et Verlaine.

3

Écrire n’est pas qu’un jeu…mais un peu tout de même.

Un jeu où l’on écrit avec le sérieux et toute la joie de l’enfant qui joue.

Un jeu où l’on suit des règles, bien qu’on aime les changer tout le temps.

Sauf cette main réglée, sur l’orthographe exacte, sur le sens et le non-sens,

les mots en vadrouille, mais tenus, même en faisant quelques écarts,

par la langue françoise.

On taille, on coupe, on bêche.

Et quand le journal, au sens du travail d’un jour, est fini,

on plante là ses outils jusqu’au prochain exercice,

et on passe à autre chose.

Sauf que, en ce qui concerne précisément, celui qui trace cet écrit,

son journal essentiel, se déroule la nuit.

Comprenne qui pourra.

Ceux qui dorment la nuit sont hors-course.

Les autres, éveillés, mais qui luttent pour dormir,

tournant et retournant leurs insomnies,

font un mauvais calcul.

Quand la nuit remue,

il faut sauter sur son manège,

et laisser aller.

Ça apaise, ça écrit.





13/07/2020