JE NE SAIS PLUS

	Je ne sais plus si la haie d’aubépine était blanche ou rose.
	Je ne sais plus si après la pluie, mon parapluie refermé, je dis zut zut zut  ou  flic floc flac.
	Je ne sais plus si elle s’appelait Gilberte ou Albertine.
	Je ne sais plus qui a dit que ce serait un contre-sens complet que de réduire ma Recherche à une sorte de refuge dans le souvenir.
	Je ne sais plus qu’elle est donc cette chose qui, déjà triste dans le bonheur, reste heureuse dans la tristesse.
	Je ne sais plus si c’est Swann ou Madame Verdurin qui, un soir, me dit :  N’est-ce pas que c’est beau, cette Sonate de Vinteuil. 
	Mais maintenant je sais que cette fameuse sonate jouée dans l’obscurité,  pour mieux voir s’éclairer les choses, c’était, cent ans après c’est facile de le vérifier, la 14° de Beethoven.
Odette avec son accent imitable aurait dit, s’il vous plaît, rejouez-moi, Moonligth.  




L’ART DU BOUSTROPHÉDON rue de la bergeronnette

Agenda 26 avril au 2 mai 2021


manuscrit

Lundi 26/04/2021

À rebours chaque nuit mes vers boustrophédonnent Mon stylo va et vient ouvrant ces lignes nouvelles D’où sortent les mots verts du vocabulaire Les oiseaux hoche-queues les picorent Ils ont le nom de ma voie : rue de la Bergeronnette.

Mardi 27/04/2021

Un détour, et un recours, cette nuit par Exercices spirituels et philosophie antique de Pierre Hadot. En particulier cette pensée déployée de manière ternaire :

1 Accueille avec joie ce qui est extérieur à toi : le Cosmos (« ordre et beauté »), la matière de l’Univers ;

2 En ce qui concerne la communauté humaine que tu côtoies, agis avec le plus de justice et de justesse possible.

3 Ce qui dépend vraiment de toi, ce sont tes pensées, les représentations (en construction) que tu te fais, auxquelles après examen (qui devrait durer dans l’idéal jusqu’à la fin de ta vie), tu « consens », et qui vont (pensées et représentations en mouvement), déterminer ta conduite.

Mercredi 28/04/2021

Contrairement au journal intime, (le moi-je en ses petites histoires), j’essaie simplement ici de laisser traces d’un jour particulier. La plume me dicte ses fantaisies glanées aux Puces, à la foire à la ferraille, au plaisir d’entretenir et de renouveler si possible, son vocabulaire. Etc.

Jeudi 29/04/2021

Avant d’ouvrir les volets donnant sur mon jardin, les maisons voisines, la mer, j’entends la pluie. J’ouvre l’écran du smartphone qui me montre, en effet, un petit nuage avec 5 barres obliques au-dessous : Pluie 14°…prévue toute la journée. La bonne petite pluie, écrivait Alain, optimiste incurable.

Vendredi 30/04/2021

Tendon de l’épaule gauche rompue, mais pas de bénéfice d’une intervention chirurgicale où l’on essaie tant bien que mal de recoller l’élastique, m’explique le spécialiste de la chose. Faut faire avec.

Samedi 01/05/2021

Premier mai, non « la fête du travail » comme je le vois écrit sur l’agenda, mais celles des « travailleurs », qui arrêtaient ce jour-là de trimer alors que leur droit de grève n’était pas reconnu. Stop, ça suffit de remplir la panse de nos « bons maîtres » comme chante Brel dans Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Et puis un à un les droits ont été conquis, ces travailleurs-là ont disparu, du moins dans nos démocraties. Et, comble d’inversion des valeurs le blanc muguet a remplacé la rouge aubépine encore nommée gratte-cul.  

Dimanche 02/05/2021

Il a plu toute la sainte journée des travailleurs (hier). J’ai pu à loisir et avec un brin d’añoranza (nostalgie) réécouter en boucle cette chanson poignante de Susana Baca, chanteuse noire péruvienne, que nous avions vu et admiré avec Jo, en Arles. C’est un poème de Cesar Vallejo, qu’il a écrit à Lima :

Esta tarde llueve, como nunca, Y no tengo ganas de vivir corazón.

Il pleut ce soir, comme jamais Et je n’ai pas le goût de vivre, mon cœur.

C’EST L’PRINTEMPS

AGENDA du 15 au 21 mars 2021
Lundi 15/03/2021


0h53   Et c’était déjà notre destinée Qui nous regardait sous votre voilette. Je connais par cœur ce poème de Verlaine évoquant la petite épouse et la fille aimée. Mais c’est la première fois, Covid oblige, que je l’assimile aux personnes masquées que je croise au marché, sur la plage et dans les premiers romans faisant état des moitiés de face et des corps en retrait. Sylvie Germain Brèves de solitude   1h05

Mardi 16/03/2021

3h00    La plume m’a donné plusieurs propositions pour laisser trace de ce jour, mais je n’en ai retenues aucune.   3h15

Mercredi 17/03/2021

3h10   Après plusieurs essais ratés, la mise en forme d’un court texte (fragment, esquisse, poème) nous apaise. Et nous met en présence d’un des secrets fragiles des vies de ceux et celles qui ont besoin de (se) raconter. La vida no es la que uno vivió, sino la que uno recuerda y cómo la recuerda para contarla. Gabriel García Marquez Vivir para contarla « La vie n’est pas ce qu’une personne a vécu, mais ce dont elle se souvient et de quelle manière elle s’en souvient pour la raconter. » Vivre pour la raconter.  3h13 + le temps de la citation et ma traduction.


Jeudi 18/03/2021

1h40   Sotz folha d’albespi. « Sous le feuillage de l’aubépine » Quel plaisir de retrouver ce fragment occitan d’un troubadour dans la langue de ma lignée…valets de ferme, fermiers puis paysans enfin libérés du poids des maîtres.    1h42

Vendredi 19/03/2021

Original en ses deux sens : premier et singulier.

J’ai été le premier de la famille à “faire des études” après “l’école primaire” j'ai fait comme il se doit, "le cours complémentaire" (avant que le nom disparaisse changé en “collège”), puis le lycée que j'ai quitté au bout d'un an pour l’École Normale d’Instituteurs (le graal pour une famille issue des valets de ferme puis de petits paysans), et un peu d'Université. Le premier, côté homme, à ne pas faire son “service militaire” mais la “coopération culturelle” donnant des cours joyeux  de langue française sous les tropiques caraquègnes.

Singulier? Sous l’angle du langage le souci constant de se soustraire à la servitude volontaire de la culture de masse par des lectures incessantes dans tous les domaines, les alertes et les impasses, le temps long laissé à l’incompréhension, la confusion, à condition que Conatus nous maintienne. Persévérer, échanger, susciter, ondoyer, avec et pour autrui, poésie de la pensée, pensée de la poésie. Et puis à la fin de l’histoire, avec sa petite hache, la disparition Qui au sortir d’un Corpus compilant nous conduira tout droit au zoo.

italiques : Étienne de la La Boétie, Baruch Spinoza, George Steiner. Georges Perec

Texte initié à 5h50 puis repris pour un dictionnaire à part moi. (texte au long cours, en cours)


Samedi 20/03/2021

2h55           Grâce à « la conversion numérique » je viens de « poster » sur mon blog poésie mode d’emploi un poème en 3 dimensions : « la pièce écrite la main », sa modification en la recopiant sur le clavier avec son traitement de texte et ma voix qui dit le texte final, en essayant d’être le plus naturel possible.     2h57

Dimanche 21/03/2021


4h27  C’est l’printemps. Depuis 68, allez savoir pourquoi, pas une année où je n’ai écouté (plutôt deux fois qu’une), le premier jour de la saison susdite, cette chanson enjouée de Ferré. Y a la pluie qu’y est passée chez Dior Pour s’faire l’modèle Soleil d’Or.   4h30