LA JOIE QUI SIED AUX ÉPHÉMÈRES

Écrire sans raison, c’est ma raison d’écrire. On l’entend sans la voir ma bouteille à la mer. Source des nuits qui la remplit d’une eau discrète. On la voit sans l’entendre en ses formes distinctes : fiasque, fiole, fillette. Écrire sans raison mais non sans résonner sa douleur,1 ou faire résonner son cœur, quand courent sur les lèvres, le désir de chanter l’air, l’eau, le feu, la terre. Libertad bajo palabra 2, liberté sur paroles qui cherchent à travers mon écriture, le Je-ne-sais quoi et le Presque-rien, entre le rayonnement du sens et le contrecoup des signes ! Puiser ainsi dans Jankélévitch donne le tournis, tant le philosophe de « la manière et de l’occasion » manie le jargon. Mais en même temps, le philosophe du Quai aux Fleurs (où il résidait), libère une énergie qui défie l’expression d’un temps pur, « qui est le mode d’être du faire-être » (sic). Tout est, en effet, dans « la manière et l’occasion » : Matisse paralysé utilisant ses ciseaux pour faire danser sa « femme en bleu », ses fleurs-oiseaux ; Rimbaud « notant l’inexprimable ». Un rapace trace le ciel blanc comme un livre Je l’écris et glisse la feuille dans ma poche Elle est trouée comme il se doit Elle est Bohème et Joie distanciée qui sied aux Éphémères.    

1 Alphonse de Lamartine Octavio Paz

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J’ÉCRIS POUR VOIR LES YEUX FERMÉS

Jécris pour toi pour voir ce que tu vois les yeux fermés pour toi qui désormais ny voit plus que du bleu

Jécris pour nos aïeux, les tiens, forgerons et soudeurs du chantier naval, les miens, maniant laraire puis la charrue brabant

Jécris pour nos filles, enseignantes émérites et pour nos deux petits-enfants, une fille, un garçon, quhélas -cent fois hélas- tu nas pas eu lheur de voir naître

Jécris pour la maison adossée à la colline ici notre fière bastide qui regarde la passe maritime là-bas où tu naquis et la maison de Maxime la bleue elle aussi que tant de fois nous chantâmes ravis

Jécris pour la nuit la plus fidèle des compagnes qui me donne les braises de mots qui colorent mes pages et me tiennent éveillé

Jécris non pour « être ou ne pas être »,, mais pour « traversant les voies périlleuses » 1 peindre, comme Montaigne, le passage

1 Jean Bouchet (1476-1557)

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IL FAUT ÉCRIRE ET LIRE SIMULTANÉMENT

Les phrases du texte signifient hic et nunc. Alors le texte « actualisé » trouve une ambiance et une audience ; il reprend son mouvement, intercepté et suspendu, de référence vers un monde et ses sujets. Ce monde c’est celui du lecteur ; ce sujet, c’est le lecteur lui-même. Paul Ricœur

Il faut écrire sans penser une seconde à être lu

Il faut lire comme si c’était nous qui avions écrit la page sous nos yeux

Il faut écrire et lire en simultané

Il faut s’amuser à écrire en secret sans amuser la galerie

Il faut continuer à écrire à sa Muse en allée comme si sa nuit définitive était un phénomène relevant de Fiction & Cie

Il faut lire demain dès l’aube en portant un bouquet de roses de la vie

Il faut écrire en retenant ses cris

Il faut lire en direct ephemeride.com : jeudi 7 juillet 2022 188° jour de l’année 177 restants 27° semaine nouvelle lune premier quartier

Il faut écrire « sans y penser » (ni vouloir le vouloir) un titre musical de Clément Janequin (1547)

Il faut lire dit-on les Pensées de M. Pascal sur la Religion et sur quelques autres sujets qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers

Ou bien il faut écrire durant sa mort anthume sur des papiers qui fleurent bon l’éternité

Il faut lire tout et son contraire

Il faut écrire a contrario ce qui ne signifie en rien « au contraire »

Il faut lire ce qui précède comme un texte écrit par une personne dont la fable imite l’action (ou le contraire)

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PLAISIR D’ÉCRIRE : un dictionnaire à part moi

PLAISIR

Plaisir d’écrire. Même pour raconter des fadaises, même pour ne parler qu’au papier de Montaigne. Mes premiers textes publiés, dans un cahier créé par quatre écrivants, s’intitulaient Papiers Hygiéniques (sic) Tout un programme. Je les avais publiés disposés « à l’italienne ».Plaisir d’entretenir sa santé par cette écriture à la main, puis, s’il me semble que ça vaut la peine, par le passage à l’épreuve du clavier. C’est un autre plaisir. Sur ma machine à écrire, tôt achetée, une Olivetti rouge, ça faisait du bruit, tac tac tac, et puis quand on fautait, c’était tout un pataquès et des débats sans fin avec le machiniste, je corrige tout de suite ? je rature ? je laisse tomber ? j’enlève la feuille et je recommence ? À la fin, je profitais des erreurs involontaires pour suivre les chemins qui ainsi, par un heureux hasard, bifurquaient. Mais ce matin, 29 mai 2020, c’est le plaisir d’écrire sur le carnet, planté dans le jardin, sous l’abricotier, assis sur la chaise basse, les pieds sur la petite table branlante. Un papillon blanc m’accompagne, puis un autre qui vient l’embêter ou s’amuser. Mes lecteurs, quand j’en ai, connaissent ce plaisir des papillons qui vont de fleurs en fleurs, de tourbillons en perte heureuse d’identité.

UN DICTIONNAIRE À PART MOI

Jean Jacques Dorio

Les Editions du Net

222  « entrées » 189 pages 16 €

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Merci mille et une fois

JJD

T’ENVOLERAS-TU ENFIN LECTEUR ?


Nager c’est voler
Voler dans le tourbillon
Du ventre de sa mer

Voler dans l’air
et les songes 
des splendides amours rêvées

Voler les lignes des livres
Découpées dans les poésies

Voler c’est nager
jusqu’à la page… 
Que l’on chérit
Libéré des contraintes
De la fausse vie


avec Gaston Bachelard, Arthur Rimbaud, Elisabeth Bing