NESSUN DORMA ou LA NUIT DES BARRICADES





Liesse : Joie collective

(vieilli, littéraire)

Nuit du dix au onze

Mai 68

Mai mais mais Paris mai





Roulez jeunesse

Dormez vieillesse

(À 22h De Gaulle va se coucher…

On n’osera le réveiller)





Rue Gay Lussac

Ô gué ô gué ô gué

C’est la divine comédie

On se passe les pavés

En chantant Pavarotti :

Nessun dorma (bis)

Que nul ne dorme !

Et ne s’endorme

Sur les lauriers

Des Enragés





Come di come di

La Comédie d’un jour





La Tragédie toujours





Avec Claude Nougaro, Pavarotti (un air de Puccini) et Paolo Conte

DIALOGUES TYPOGRAPHIQUES





– Toi qui écris cette série de dialogues intérieurs, connais-tu « Dialogues Typographiques » ?

– Tout juste. Je viens de les relire.

–  L’auteur a imaginé dans le coin à gauche et en haut de la page…une foule immobile

qui regarde et qui se tait.

– Oui et il a situé la scène…sur les bords de la Seine.

Une nuit d’encre filant la métaphore coule sous les ponts.

– « Sous les ponts de Paris coule… la merde » chantait Béranger (François) dans une très longue

chanson prolongeant l’enragement de Mai 68 et baptisée par antiphrase « Paris Lumière ».

– Un chant tendre et pathétique qui me tire la nuit hors du sommeil. La foule qui entendait le bruit des sabots de fiacre sur les quais a disparu.

– Ai-je bien payé ma dette à tous ces flots d’hommes et de femmes se demande en bouclant sa page ce poète toujours en mouvement qui signait du nom énigmatique de Jean Tardieu.





Dialogues intérieurs IX

UNE RENGAINE EN UT MINEUR

écrit tel quel




Jour après jour

S’en vont les jours

Nuit après nuit

Passent les nuits

Jour et rejour

Nuit et renuit





Faire et refaire

Deux fers au feu

Et laisser dire

Dire et redire

Passer le temps

D’un jour sur l’autre

Faire un présent

À ses copains

À ses copaines

Un mot qui fourche

Une rengaine

En ut mineur

Sur le piano

Et ses bretelles

Autour du cou

Autour des cœurs

Sur le carreau

Où l’on impro

Vise la nuit

Cette écriture

Soufflerie

Que les copistes

Du parchemin

Vont reproduire

Et transformer

En palimpseste





Nuit après nuit

À la chandelle

D’une bougie

Qui fait bouger

Nos certitudes

Sur le papier

Accordéon

Avec arrêt

Prolongé

Par Husserl

Le phénomo

Logiste





Nonobstant

Ce seul présent

Cadeau du temps

Correspondances

Plumes en l’absence

De nos épîtres

Pour clore enfin

D’un coup de langue

L’enveloppe

De nos mémoires

Et ce chapitre

UNE FOIS N’EST PAS COUTUME





Une fois n’est pas coutume

La nuit ne m’a pas donné son poème rituel

La page au réveil me reluque

et demande son dû

Mais je n’ai que ces mots de travers

a lui donner comme perruque





(C’est un peu comme la chanson

Que l’artiste doit ajouter

Pour que son album

Tienne la distance)





Une fois n’est pas coutume

La brume l’écume la plume

écrit machinalement ses rimes

L’expression (répétée) vient de ma mère

Qui me disait aussi

« Chante chante petit oiseau ! »

C’était pour dire qu’elle ne croyait pas

En mes sornettes

Nous en riions bien sûr





Il pleut il pleut bergère !

La page qui a eu son dû

À présent me libère





une fois n’est pas coutume : voix

30/01/2021

*

VERS PLUTÔT CHINOIS

pages originales




Cette nuit je sors les vers

De derrière les fagots

D’un poète chinois ivre





À vrai dire je n’y comprends rien

Traduttore traditore

Leurs caractères calligraphiques

Ont disparu dans notre abécédaire





Mais je m’accroche aux branches

Au-delà des mots écrits

Je cherche la parole de celui

Qui dans son ivresse les prononça





Alors un instant vient où la lune d’hiver glisse

Sur les livres de ma bibliothèque

Au point de les transformer

en Acherontia atropos

(Sphynx tête de mort)





J’imagine qu’ils vont aller rejoindre

Les rêves d’un calligraphe inconnu

Qui me ressemble comme deux gouttes

Plus noires que la nuit





14/01/2021