S’il est impossible de voir « un kangourou tourner un moulin à café », il est encore possible de lire « la chanson du jardinier fou »









S’il est impossible de voir un kangourou tourner un moulin à café, il est encore possible de lire la chanson du jardinier fou, imaginée par Lewis Carroll et traduite de l’angliche.

S’il est impossibled’entendre la voix de Montaigne enregistrée sur bande magnétique, il est encore possible de le lire comme s’il parlait au papier.

S’il est impossible de sauver la planète bleue, il est encore possible de la peindre en vert.

S’il est impossible d’assister à son enterrement, il est encore possible d’en faire une répétition en invitant la fanfare des Quatr’z’arts.

S’il est impossible d’ouvrir la lame du couteau auquel il manque le manche, il est encore possible chaque dimanche d’offrir des roses blanches à sa jolie maman.

S’il est impossible que mes morts hâblent, il est encore possible, en utilisant une rime équivoquée,  d’écrire cet aphorisme mémorable.

S’il est impossible de coucher son malheur sur un cahier d’écolier, il est encore possible de se coucher bonne heure à la Recherche du temps perdu.


	

COMMENT DEVENIR POÈTE









L’une des méthodes les plus simples est d’écrire des poèmes

Noir sur blanc lentement mot après mot

Ligne après ligne

À la main sur une plage blanche

En s’excluant pour quelques minutes

Du jeu





Il faut répéter infiniment l’exercice

Toujours avec plaisir

Et pour cela choisir

Un papier un carnet un stylo

Qui nous agrée





Ne jamais faire de rature

Et si jamais un mot vient à la place d’un autre

Comme cette plage qui ci-dessus à remplacer page

L’accepter





Le poème est terminé quand il n’y a plus d’espace

On invente alors un titre

Et on laisse reposer





comment devenir poète

SISYPHE





Sur mes poèmes et autres écrits, comme celui-ci commençant, j’ai toujours la main. C’est dire, sans forfanterie, ma manière d’écrire sur le papier.

               Et pourtant il y a si longtemps que ma main écrit, depuis Mai 68, mes temps intempestifs, jusqu’aux temps d’aujourd’hui plus tempérants.

               De mes premiers printemps pleins de sèves jusqu’aux cheveux de neige du vieil enfant qui toujours ajoute une pièce dans le jukebox des poèmes sans fin.

               La main sur le papier lève toujours quelques paroles et murmures de personnes qui jusqu’à présent m’ignorent et de celles, l’immense minorité,  qui me sont proches et qui me lisant tentent de me dire ce qu’elles ne m’ont jamais dit.

               N’attendez pas le cimetière  Pour m’éclairer par vos paroles issues de vos nuits blanches Signé Sisyphe

COMME SI COMME ÇA fantômes de papier sur le chemin des indiens morts





Comme si comme ça

Sur le chemin des indiens morts*

Je cherche toujours mon Eurydice

Faisant le tour des jours et des nuits

En quatre-vingt mondes

Mais comme mes pas perdus

les pages de ma bibliothèque universelle

sont décousues





Il y nage un bestiaire peu commun

Dont ce matin les axolotls

Aux yeux d’or et au petit visage aztèque





Il en sort des personnages

réduits à « l’insubstance »

des fantômes de papier

Comme ce faux Perec

montant son livre d’une vie

sans mode d’emploi





 C’est un monteur d’images  faisant son cinéma

qui m’a suggéré ce dernier trait

Comme ça comme si

Son nom est Personne

Ou bien Monsieur Souci





*Michel Perrin (sur les mythes des indiens Goajiro)

Les axolotls m’ont été « donné » par Julio Cortázar

cette nuit le premier jet était brouillon

LA FACE CACHÉE D’UN POÈME





La face cachée d’un poème

Ici sur ce papier blanc blême

Sur ce papier l’art d’échouage

Où l’on essaie un mot puis l’autre

En reliant Tohu-Bohu

Guerre du Feu et de la Terre

à la modeste poterie

aux joies de l’homme d’argile

à la femme qui barbotine





La face cachée d’une pièce

Mise ici sur le papier

Barbotée bredouillée fouillée

Au bout des doigts de Soi de l’Autre





C’est réussi ou c’est raté

Savoir-faire n’est pas donné

Ici sur ce papier où l’encre

Le temps d’un poème…a coulé





la face cachée d’un poème
je n’ai finalement pas changé un seul mot de ce premier jet, il faut dire que contrairement à son apparence (toujours sans une rature, et qui semble venir de soi, comme un cadeau des dieux), ce n’est pas « d’un coup » que la page s’est faite, mais par « essais » successifs, où les mots et les lignes « ruminent », en quelque sorte, comme cette « cosa mentale », ici témoin d’un art modeste… jjd 22/02/2021 10h10