COMPOSÉ À L’OREILLE





Composé à l’oreille transcrit sur le papier

Un fragment de ténèbres et de chant mesuré

Le risque de tomber d’un trapèze de feu

Métaphores brisées têtes dans la sciure

Des vers de nos poètes plus personne n’a cure





Composé à la feuille au bord d’un fleuve bleu

Où un papillon rêve les pensées de Tchouang Tseu

De la dernière indienne de la Terre de Feu





Passé comme un vertige le poème se rompt

Quelques roses de braises volètent à l’horizon





10/01/2021

PASSAGES

 
 
 

 « Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant d’une ivresse naturelle.
 Je le prends en ce point comme il est, en l’instant que je m’amuse à lui.
 Je ne peins pas l’être, je peins le passage. »
  
 Michel de Montaigne
  
  
 D’UN NOM
  
 Do Ri O 
 Rim
 Avec Rio de Janeiro
 Rivière de Janvier
  
 Et si l’on veut
 Griot
 Le père Goriot
 Les immémoriaux
 Et les plumettes du loriot
 Voletant autour d’Io
  
 Je sais c’est idiot
  
   

D’UN PAPILLON

Le Ponge est un papillon erratique et lampiste.

« Une allumette volante » qu’il ne faut pas laisser entre les mains des intellectuels.

Le Cendrars grand comme la main du célèbre manchot

Virevolte chaque fois que l’on pénètre dans la baie de Rio.

Le Dorio se confond avec la feuille d’écriture

Qui brûle à petit feu

Dans son jardin imparfait.





DE LA VIE

En un rien de temps

La vie a passé

Un serpent à cinq têtes

Côté braises

Un buisson de mains secouées

Jusqu’à tomber en cendres

Côté pile

La cible de la beauté atteignant sa flèche

Côté face

L’arc cassé remisé au clou

En un rien de temps





Ça a passé

une chanson enregistrée

au Petit Mas

l’été2019

ÇA A PASSÉ
jj dorio auteur compositeur interprète
accompagné par Philippe Bruguière




UN DICTIONNAIRE À PART MOI

Texte en cours

F.P en long en large et de travers

 Ne jamais essayer d’arranger les choses.

  Les choses et les poèmes sont inconciliables.

                                              F.P.





À vingt ans beaucoup de Ô ! ( à l’ancienne)

passaient encor sous ses ponts

Mais déjà un glossaire y serrait son Littré

une promenade iconoclaste

dans la serre des mots





Après la mort du père la promesse du fils

d’un même arbre contre le tronc

« Le parti pris des choses »

pouvait se décliner :





le rideau le réseau de la pluie

gouttes d’un grain de blé

d’un pois presque d’une bille 





  le cageot entre la cage et le cachot

 mais dont il convenait de s’évader

 si l’on voulait vraiment célébrer

 l’utilité de cette caissette

tel un  proème qui ne sert qu’une fois





l’huître opiniâtre blanchâtre

petite forme engloutie avec son firmament





le papillon erratique allumette

et tout le bataclan :

une ménagerie d’objets successifs

dont le maître fit bon ménage

remuant en tous sens

leur substance leurs aspects

se gardant bien de manifester

un quelconque ronron poétique :

         son horreur !

!

   Cependant il faut lire jusqu’au bout

   et quand c’est longuement

   le poisson plat soudain baigne dans un soleil

  se levant sur la littérature





 On croît rêver !

Mais non c’est bien Horus

ce faucon ailé qui traverse la page

 en changeant le sexe solaire

 pour la plus grande joie

  de l’Eros bien encré du scripteur





   Apaisé vers la fin « Francis Ponge »

– puisqu’il faut l’appeler par son nom –

  se laisse enfin aller et feint de rendre ses armes

  pour gésir dans un pré

 interminablement





Il range alors ses caractères

dans ce bas-de-casse

– Ô traces humaines à bout de bras !

           Ô sons originaux! –

avec pour ultimes témoins

      le Fenouil et la Prêle : ses initiales !





      Croissant avec l’ardeur d’un clavecin de Bach

                 Quoi qu’il en soit !

                         *

suite épistolaire : 

« une lettre qui n’en est pas une dans une prose qui n’est pas sans aspérités,

puisque toute pleine des choses, engrossée par elles, mais remplie de saveur. »

André Bellatorre

MES PETITES CARTES D’ÉCHOUAGE





MES PETITES CARTES D’ÉCHOUAGES





Lundi matin dans le jardin chaud mais secoué par le mistral

je lis j’écris et je m’absente

faute d’oiseaux à l’entour je deviens papillon

qui se joue du vent dans l’abricotier qu’il prend pour un berceau





je glisse cette phrase sur une carte format d’identité

alors qu’elle est si éloignée d’une identité bien établie





le soir je reprends la même place

siège en plastique souple et bas sous les arbres fruitiers

le vent n’en finit pas de faire son ramdam

les papillons se sont enfuis





je n’avais pas du tout prévu de poursuivre cette écriture

mais je l’écris pour mon petit fils

qui la lira plus tard

et découvrira que ce jour-là son grand-père a consigné le fait

qu’une maudite guêpe l’avait piquée sur le crâne

alors qu’il faisait du tri sélectif avec sa maman

ma fille





l’autre m’envoie des photos et des impressions

depuis l’île de Nantucket

elle a vu des phoques des vrais





ainsi passent les jours et les soucis

sur mes petites cartes d’échouage

une cigale me donne le dernier la

lecture petites cartes d'échouage