Les bêtes, c'est ainsi que mon père désignait ses vaches et ses bœufs.Fallait les soigner.Elles habitaient à côté de notre cuisine, un simple corridor nous séparait.J'y jouais. Avec une balle et un palet.Et je les entendais le soir ruminer. "Roumia", c'est le mot occitan qui désigne à peu de chose près,
les pèlerins qui passent ruminant leurs prières. Leur cierge a fondu depuis belle lurette.Mais pas le cri du père, qui de temps en temps se fâchait.Les bêtes ne voulaient pas se laisser soigner.Quand je pense à mes textes, comme celui-ci qui s'écrit, c'est aussi un peu ainsi.Je fais au mieux, les ruminant, mâchant leurs mots liés aux choses.J'essaie de les rendre propres entouré par la puanteur du monde.Sur mon établi, mon étable.Avant, je criais parfois, souvent. On m'a même publié un livret à la couverture caca d'oie.
écrit du 1° au 14 mai 1980
Mais, ce recueil feuille morte, n'est plus qu'une vue de l'esprit.Maintenant, si ma page de nuit, reste blanche, je ne crie plus.Il m'arrive de la contempler longuement, sans écrire, laissant mes idées gambader, avec les pièces d'un puzzle dissociées.Les bêtes, les soins, les ami.e.s sûr.e.s et les faux frères.Les jours les nuits ornés d'inachevésEt aussi bien plus que jamais l'an rage.
Que Dieu existe ou n’existe pas ? – Pas mieux ! dit en substance Gérard Genette, dans son entrée. (Dieu : Apostille). Légèrement moqueur, disons, il illustre par sa formule, sa devise personnelle : « modéré, mais sans excès ».( la meilleure traduction, dit-il, de l’annotation musicale, moderato ma non troppo ).
Mais, si je puis me permettre, je trouve G.G. bien pusillanime, quand il adresse quelques « jurons stéréotypés » à Qui-Vous-Savez. Sur le sujet il faut se tourner résolument vers le grand Georges, dont « la ronde des jurons » est un pur chef d’œuvre, toute catégorie littéraire confondue. Brassens, en effet, d’un rythme alerte et enjoué, décline tous ces jurons en –bleus, qui désignaient de manière atténuée « dieu » pour ne pas que la sainte mère Église ne sévisse. Exemple « palsambleu : par le sang de dieu. Lisez et écoutez ce festival, tiré de derrière les fagots et de la recherche effrénée de Jojo :
« Tous les morbleus, tous les ventrebleus Les sacrebleus et les cornegidouilles Ainsi, parbleu, que les jarnibleus Et les palsambleus Tous les cristis, les ventres saint-gris Les par ma barbe et les noms d’une pipe Ainsi, pardi, que les sapristis Et les sacristis Sans oublier les jarnicotons Les scrogneugneus et les bigr’s et les bougr’s Les saperlottes, les cré nom de nom Les pestes, et pouah, diantre, fichtre et foutre Tous les Bon Dieu Tous les vertudieux Tonnerr’ de Brest et saperlipopette Ainsi, pardieu, que les jarnidieux Et les pasquedieux »
Cependant, après « le polisson de la chanson », je ne peux terminer l’article, sans évoquer mon père, qui avait hérité du doux nom de Noël, mais qui pour ce qui concerne l’affaire Dieu, n’y allait pas par quatre chemins. Combien de fois l’ai-je entendu pester ses mille dious de rémilledious, mille dieux de remilledieux !, le soir dans son étable, trayant à la main ses 2 ou 3 vaches, qui, agacées par les mouches et les taons, n’arrêtaient pas de bouger la queue, et manquaient de renverser le précieux seau, rempli du bon lait de nos pâturages, et que les « paroissiens » du village viendraient un à un chercher dans leur petit pot ma mère. (C’est elle qui les servait, bien qu’elle ne s’appelât pas Marinette).
Un dernier mot, pour Dieu sait qui, mais qu’il m’agrée d’ajouter à mon « dictionnaire à part moi. »
Ces « millediousdérémilledious », en occitan, jamais au grand jamais, je ne les ai entendus dire par personne d’autre que mon cher papa. Mais il faut dire qu’il fut toujours un dieu pour moi.
Mon père Noël voix paroles et musique JJ Dorio accompagnement guitare Philippe Bruguière studio Le Petit Mas le cd est à commander à doriojeanjacques@gmail.com merci de soutenir les créateurs clandestins
Je vais voir ailleurs si j’y suis C’est le parcours obligé de tout poème Je vais voir le champ de marguerites Où repose Suzanne ma mère Je vais suivre le sillon que mon père Destine au blé au maïs à la luzerne Il est tard c’est la nuit noire C’est ainsi que j’écris le mieux L’œil distingue parmi mes notes orphelines Des lettres dont vous n’avez aucune idée Mais si vous les lisez étonné.e.s Ailleurs sur le pas de votre porte Ou à votre fenêtre éclairée Ne me laissez pas sans nouvelles