Je suis tout feu tout flamme Je suis l’eau remontant à mes sources Je suis l’air de rien Je suis la terre des Dorio (tous laboureurs) Je suis le souffle qui ravive dès matines les braises du foyer Je suis l’eau de l’orage sur le visage de Rrose Sélavy Je suis la terre que le blé vert adoucit Je suis l’air dont s’abreuve l’alouette de Ventadour Je suis poète contumace1 à l’esprit follet Je suis la mer la mer toujours toujours recommencée2 Je suis la mère Terre (va-t-elle mourir la Mama ?) Je suis Phénix qui écrit des poèmes après Auschwitz* 1 Tristan Corbière 2 Paul Valéry *Dans cette ville (Francfort), Theodor Adorno a prononcé une grande phrase : on ne plus écrire de poèmes après Auschwitz. Disons-le autrement : après Auschwitz on ne peut plus respirer, manger, aimer, lire. Mais quiconque a déjà inspiré une première gorgée d’air, quiconque s’allume une première cigarette a décidé de survivre, de lire, d’écrire, de manger, et d’aimer. Heinrich Böll
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LE BEL OISEAU PHÉNIX
Printemps des yeux, rhizome, iris, Enivrez-vous.
C’est la saison des semaisons, Caressez-vous.
Agrandissant l’espace sur la Crau rehaussée
Les brebis me saluent : tu as soixante-seize ans !
Le temps s’endort, une fois l’an, on le réveille.
Foisonnement : en soi-même, combien de branches?
Cahiers, carnets, récits de vie pliés en quatre.
Les mots de tous les jours s’en vont comme fétus
Les fleurs de rhétorique brûlées brassées brouies
Pour laisser s’envoler le bel oiseau Phénix
des alphabets
et du hasard quasi céleste.
LE CHANT LA NUIT SOUS COUVRE-FEU
Le chant la nuit
Dans la ville morte
Sous couvre-feu
Jeté sur ce papier
Qui défie les écrans
Qui se déploie
Oiseau phénix
Le chant douleur
Que laboure l’écrit
Les cris du nouveau-né
Ce poème grinçant
Que traverse le temps
Le chant la passe
Le geste tant de fois
Esquissé frayant
Avec l’espace
L’instant précieux
D’un poème innocent
Le chant transcrit
Sur ce papier
D’où s’envole
Telle une braise
La dernière métaphore
13/01/2021

LITTÉRALEMENT ET DANS TOUS LES SENS
le poème est on ne sait plus où
dans un champ de maïs de l’Altiplano
suivant la flèche de Zénon d’Élée
le vol du petit dieu Colibri
le poème est on ne sait plus quand
mais disons à cet instant
à l’an zéro
-on-arrêt-tout
on-se-remet-à-penser-et-c’est-pas-triste
le poème est on ne sait plus comment
comme on plante ses choux
nonchalant de sa mort
comme on tire à l’arc sans viser sa cible
le poème est on ne sait plus pourquoi
pourquoi tu pleures pourquoi tu pleures dis
pourquoi tu n’écris plus désormais qu’à la lumière de la nuit
pourquoi tu t'enivres d’alcools
et de cette romance
à la semblance du beau Phénix
le poème est on ne sait plus fait par qui
le simple fait de vous dire « poète » signifie que vous ne l’êtes pas
mais on peut préférer
aux poètes tendus et crispés
ceux qui s'accordent
à rechercher en eux la forme de la liberté naturelle
littéralement et dans tous les sens
avec Gébé Montaigne Franck Venaille Apollinaire Michel Butor Mikel Dufrenne Rimbaud
L’OISEAU DU TEMPS
Un court instant
La plume court
Sur le papier
L’oiseau du temps
Va s’envoler
L’oiseau du temps
Est un oiseau rebelle
Né dans une flaque
de boue ou sur un plateau
de théâtre à l’eau de rose
Un court instant
La plume hésite
Tenue en l’air
L’oiseau de feu
N’est plus que fumée
C’est Phénix rouge
Héron pourpré
Portant sur leur ailes
Les cris de la mouette
Que personne n’entend
aquarelle 24x30cm
