UN PEU DE FEU





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UN PEU DE FEU





Un peu de feu né du silex

Un peu de feu au seuil des grottes

Un peu de feu falot falotte

Un peu de feu de ma jeunesse





Un peu de feu haletant dans la nuit

Un peu de feu du soleil noir

Un peu de feu flambant comme un virus

Un peu de feu infectant notre toile





Un peu de feu qui brûle ton poème

Un peu de feu de jeune fille en fleurs

Un peu de feu sous l’abat-jour des peines

Un peu de feu de cage thoracique





Un peu de feu de Guillaume Apollinaire

Soleil cou coupé jeté aux orties

Un peu de feu de nos présocratiques

Quand il y avait encor des dieux !





28/03/2020

06h02

BADINERIES DANS MON LABYRINTHE





Étendant les mains hors du lit, Plume fut étonné

de ne pas rencontrer le mur.

« Tiens, pensa-t-il, les fourmis l’auront mangé… »

et il se rendormit.

Henri Michaux





Je ne suis pas dans le monde

mais dans mon lit





Je ne suis pas dans la lune

mais dans le livre d’un certain Plume





Je ne suis pas dans les lieux communs

mais dans ma chambre d’éveil





Je ne suis pas un loup au pelage roux

mais un loup qui passe entre les mailles

et les manilles du temps présent





Je suis le verbe maladroit

de cette ébauche de poème

abandonné

au plus profond du labyrinthe





BADINERIES
un autre nom
de mes labyrinthes
Acrylique Encres de Chine
sur toile

Dorio 2016

TOUT POÈME FINI EST UNE VIS SANS FIN





Le roi Raymond Queneau écrivit dix sonnets

Dont chaque alexandrin fut par lui séparé

Sur quatorze languettes de papier découpé

10 puissance 14 vous zavez ka compter*





Moi je les ai classés dans ma verte chemise

Je les apprends par cœur chantant leur Oulipo

Poètes en ce moment pataugent dans la crise

Ils grelottent les pauvres sans les os ni la peau





C’est ainsi tu le sais que le temps des cerises

En semaine sanglante termina au tombeau

L’Histoire et sa grande H à tous nous traumatise

Mais je persiste et signe cherchant les chocs verbaux





Sur le papier mes vers font une belle trotte

Me donne mon cheval les gambades et la crotte

La poésie quand même c’est fait pour les lutins

Leurs baraques à tous vents leurs coquilles baroques





Frères humains et sœurs il faut bien qu’on débloque

Tout poème fini est une vis sans fin









*Cent mille milliards de poèmes

Raymond Queneau

POÈME QU’AUCUN ÉCOLIER NE LIRA





le front bleui

près de la lampe

je reprends tout

à zéro





sur mon bréviaire

Petit Robert

je fais défiler les mots





entre calandre l’alouette

et calebasse où je buvais

le café avec les indiens

Goajiro





je vérifie aussi l’article

calebombe ou calbombe

qu’affectionnait Queneau





aucun bruit

si ce n’est celui – paisible –

de ce feutre

accroché à mes doigts





c’était il y a longtemps

se diront bien un jour

les enfants qui envoient

leurs messages

à toute vitesse

avec leurs pouces





Pouce !

fin de trêve

et de rêve

d’un poème

qu’aucun écolier

hélas !

ne lira