
30x20cm encres de chine sur page de revue Dorio 12/04/2015
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

30x20cm encres de chine sur page de revue Dorio 12/04/2015
JE SUIS NÉ PARTOUT OÙ J’AI COMPOSÉ DES POÈMES
Poète est le travail de toute une vie.
On s’y attelle avec le rythme, les cadences,
les histoires réglées sur du papier musique
ou qui tombent à l’eau par incapacité.
Les poèmes apparaissent sur la scène d’un théâtre,
sur un bout de papier vite envolé,
et quand ils sont lus par un plus grand nombre,
ou c’est naturellement,
ou c’est dans le conflit des interprétations.
Les poèmes font les poètes,
comme l’ouvrage, l’ouvrier.
Ils s’écrivent sous l’empire de la colère,
de l’alcool, de la poudre d’escampette.
Ils s’écrivent à jeun, dans la blancheur des nuits,
les musiques douces, les sirènes de New York,
dans le flux et le reflux des mers, des fêtes et des deuils.
Ce poème qui n’en est pas un, fut initié ce jour premier juin,
à midi, dans mon hamac…
mais pour tout dire,
car je ne manque pas de mots,
je suis né partout où j’ai composé des poèmes.
Dans le village de La Bastide de Besplas,
à la faculté des Lettres de Toulouse,
à l’école normale d’Auch, à Arreau,
à Cazaux Débat un village perché sur la Neste du Louron,
au moulin de Jézeau, à Ancizan-Babel,
c’était le nom du collectif de poètes qui se réunissaient
autour des gigots d’agneau qui cuisaient à la ficelle
devant la haute cheminée de briques rouges,
dans une tour à Caracas,
et assis sur une tortue morocoy devant une case collective d’indiens panaré,
dans un hôtel de la Havane et à Jibacoa, une petite crique cubaine,
à La Bugade d’Avignon pendant les ateliers d’écriture
que nous inventions l’été 1980, avec le Groupe Français d’Education Nouvelle,
à New York, en 1976 dans les clubs de jazz du Village,
puis en 2008, chez ma fille à Astoria,
à Barcelone sur les Ramblas et dans le restaurant des Caracoles,
en Andalousie, à Cuevas de Almanzora, à Pallos, à Moguer,
au Prado de Madrid, dans les musées de Washington,
au Moma devant un tableau de Joë Bousquet peint par Dubuffet Traduit du Silence,
au Met, chez Guggenheim,
devant le Parthénon un matin où j’avais couru
pour rester royalement 5 minutes entouré des seuls chats squattant le temple,
à Berlin pendant 2 concerts à la Philharmonie,
à Paris rue de Suez et dans tous les bistrots du Marais ou du Quartier latin.
Et j’en oublie, j’en oublie, j’en oublie.
Et maintenant, je ne bouge plus.
Tous mes poèmes proviennent d’un même lieu
qu’il me faut sans cesse transfigurer,
imaginer ailleurs,
si je ne veux les laisser un à un, mourir et m’enterrer.
UN DICTIONNAIRE À PART MOI patchwork in progress
Bouche ouverte et bouche fermée
Poème à dire mentalement
Comme un exercice de pensée
Poème à écrire comme à présent
Dans le bruit de ce pentel stylo
Qui accroche les grains du papier kraft
Poème à faire et à penser
Dans la nuit noire le matin blanc
Poème à rêver et à susurrer
Comme poète de sept ans
Dans la paille blonde et le blé noir
Poème perdu et retrouvé
Dans les livres d’école
Que personne ne lit plus
Poème de Personne
Du masque de Sophocle
Et de Pessoa
Poème intranquille
De la sérénité
Poème publié dans le recueil d'Encres vives La Nostalgie du Présent
SILLONS TRISYLLABIQUES
année 2020
dite des devins
indication :
lire des yeux puis de la voix ces textes écrits en trisyllabes
le lecteur idéal laisse le texte capter tout son présent
n’oubliez pas les diérèses.
Janvier
PAROLES SANS ROMANCES TRACÉES À LA POINTE FINE
Il ne sert à rien d’expliquer Dorio dans le texte Dorio n’exist’pas mais il trace des sillons en passant une araire pointe fine va et vient de paroles sans romances Il ne sert à rien sur la page des fragments qui se perdent roue errante d’une main du tressage sans dressage La sibylle peut bien rire les idylles et rondeaux s’en aller Je persiste et je signe
Février
SOLITAIRES SOLIDAIRES DES RAISONS ET DES RIMES
Février découpé en vingt neuf vers sans rimes à jets d’encre sur la page puis clavier pour l’écran Février cette année apporta corona un virus une grippe pas d’Espagne mais de Chine Tchin tchin tchin Qu’opposer à la mort si ce n’est la richesse d’exister avec et pour nos semblables solitaires solidaires des raisons et des rimes chuchotées
Mars
POÈMES DE COVID EN RÉA POÉTIQUE
Tout oublier phrases cul par-dessus gentillesse tout ouvrir à ton bic laissé seul sur la page Mon hôtesse tout futur enjambant passerelle au-dessus de l’abîme Tout connaître du regard des mourant.e.s à la douane du grand soir Tout écrire en réa poétique des poèmes de covid des patient.e.s aimables qui sourient avant de trépasser Tout ainsi qui passa
Avril
FANTAISIES D’INSOMNIES
Connerie c’est la guerre tragédie c’est Corneille Tu l’as dit c’est Bouffi comédie c’est Molière c’est parti mon kiki ouistitis c’est au zoo ou c’est pour la photo ‘piphanie dans le gâteau des rois hélianthes tournesols du Midi Tout ceci je l’écris dans mon lit d’insomnie que la vie est amère dit ma mère qui s’endort Bonne nuit
L'écriture est une sorte de malédiction : elle sépare la poésie de son auteur.
Je laisse sur la page un peu de poudre aux yeux Des mots habité d'un monde qui se faisant se défait C'est le lot de tous mes rêves Mais il est un poème que je n'écris pas et qui est l'essentiel Je l'imagine l'apprends mot à mot vers à vers - une démarche ancienne qui permettait ainsi que personne ne vole les feuillets écrits pour usurper un nom C'est une pratique lente exigeante secrète Elle s'interdit de montrer les ponts et les étais Qui permettent au conte poétique d'exister
