PARLER DE RIEN









Parler de rien en se mordant la langue

En écrivant en vers cette petite prose





Parler de tout à son chat Archimède

Qui naquit à Syracuse à Pâques ou à Kairouan

Et chanter du Dimey

Un dix mai 68





Parler à Cohn Bendit

À Nanterre la Folie

Parler le nez en l’air

À Gavroche éternel

Mort sur la barricade

En sifflant tel l’oiseau

C’est la faute à Rousseau 





Parler et puis se taire

Faire ce pied de nez

À dame Camarde





 Sur les marches de la mort

Sur toutes les pages blanches

Écrire Liberté









Dimey Bernard est l’auteur de la chanson Syracuse

Mise en musique par Henri Salvador

Gavroche est la petite grande âme d’une scène des Misérables

écrite par Victor Hugo

Les deux derniers vers sont extraits de Liberté

De Paul Eluard

LE SENS DU SENS





– Et le sens du sens dans tout ça ?

– J’essaie de le doubler, mais le diable me rattrape toujours au tournant.

– C’est le double sens ?

– La figure de style, la syllepse qui louvoie entre les sens multiples d’un même mot.

– Une fuite en avant ?

– Un jeu de qui perd gagne.

– Drôle de jeu.

– C’est le jeu de « la vie » :

l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort,

a dit le médecin Bichat.

– Ça biche en quelque sorte !

Biche ô ma biche.*

Une chanson d’amoureux écrite au crayon bleu.





* Franck Alamo





Dialogues intérieurs XXIII

RITUELS D’ÉCRITURE BALISES D’UNE VIE





Rituels d’écriture qui balisent une vie

Des hauts des bas des bas des hauts

Des baobabs de palabres

Baroques ou banales





Traceurs balises

Gare aux mouchards

Mais non aux cormorans qui s’y perchent





Les textes sont des amers qui nous tendent leurs perches

Leurs dazibaos libérant la parole de Mai 68

Ou les appels aux meurtres sous Mao





Rituels d’écriture des bâtons et des lettres

Que l’on bat l’on abat

Sur le tapis vert

En laissant bien des blancs





Comme dans une partition sur le Silence

De John Cage





Ou bien lançant un nouveau coup de dés

Dans un tourbillon d’hilarité





Italiques Stéphane Mallarmé

QUI EST LÀ ?





– Qui est là ?

– En effet, je me le demande.

– Est-ce un inconnu ?

– Ça m’en a tout l’air.

– Est-ce une image de toi-même ?

– Ta question me laisse interdit.

– Est-ce un acteur de comédie ?

– Une personne qui apparaît

sur les feuilles d’un livret

dans la coulisse.

– A-t-elle un nom ?

– Elle en a mille.

– Un dernier mot ?

– Je l’ai oublié.





DIALOGUES INTÉRIEURS XIII

DU NYANYA DE LACAN AU NYAPROU DE MA MAMAN





Je me souviens du nyanya de Jacques Lacan qui ajoutait un brin pervers

C’est pour que rapport nyait pas





Je me souviens de la cantatrice chauve d’Eugène Ionesco

Celle qui selon Mme Smith se coiffe toujours de la même façon





Je me souviens de l’incipit le plus répété de la littérature française

ouvrant Du côté de chez Swann

et que ce farceur de Perec

transforma en

Durant un grand laps on m’alita tôt

(lipogramme en « e »)





Je me souviens du sonnet de Georges Fourest

Un travertissement burlesque du Cid de Pierre Corneille

Impassible et hautain drapé dans sa capa

Rodrigue-As-Tu-Du-Cœur

Suscita ce vers inoubliable de la plaintive Chimène

Qu’il est joli l’assassin de Papa !





Je me souviens que certains membres de l’Oulipo

L’Ouvroir de Littérature Potentielle

sont excusés au début de chaque réunion

pour cause de décès





Je me souviens du Pantoum négligé

de Paul Verlaine

Trois petits pâtés ma chemise brûle

Ma cousine est blonde elle a nom Ursule

Et par ricochet je me souviens de

Ô U Ô U

Ô Ursule

Pour toi d’amour

Mon cœur brûle





Je me souviens de Certains l’aiment chaud

et de la chute du film

Nobody’s perfect !

Conclusion d’une blague de scène de ménage

La femme : Tu es un parfait idiot !

Le mari : Personne n’est parfait !





Je me souviens du nyanya de Lacan

et du nyaprou de ma maman 

cette expression issue de l’Occitan

et qui signifie

Ça suffit !