MAIS D’OÙ TU CAUSES QUICHOTTE ?





Mais d’où tu causes Quichotte « De dónde hablas Don Quijote ? » /de un lugar de cuyo nombre no quiero acordarme /(bis)Mais d’où tu parles Charles ? de ce lieu de quelque part comme on disait à l’époque qui prenait feu de toute  part Mais d’où tu jactes Jean Jacques ?  mais du pavé et du ruisseau Rousseau /où passe (ter) mon beau navire ô ma mémoire Avons-nous assez navigué Dans une onde mauvaise à boire Avons-nous assez divagué De la belle aube au triste soir*  au bord de l’agonie /ô ma folie (bis) Mais d’où tu cornes tes gazelles tes licornes sorties des grimoires entassés dans l’armoire de hêtre et d’où tu dictes tes paradigmes perdus des champs de magnésie ? Mais en ce lieu d’utopie Lily /dont le nom m’échappe à jamais (bis)





* Apollinaire La chanson du Malaimé

DIS MOI FRÈRE HUMAIN

–  Dis-moi frère humain, pourquoi malgré le maigre public qui s’intéresse de nos jours à la poésie,

(la vraie), poursuis-tu ta quête du vers parfait ?

– Quelle étrange question dont tu suggères la réponse.

– Mais encore.

– Le vers parfait tu le sais bien n’existe que partagé avec ceux qui semblaient résignés, avec celles qui cherchaient la manière d’échanger leurs lourds secrets.

– Poésie de la multitude ?

– Poésie des formes et des figures au temps des vérités étouffées par la censure, l’humour noir noyé dans l’eau de Vichy, comme poésie hors du temps, issue du rire d’un enfant ou d’une complainte kafkaïenne.

– Je sais bien, mais quand même si tu avais un vers parfait qui te vient spontanément ?

– Tagué à la bombe sur les murs en béton de mai 68 : Sous les pavés la page !          

Dialogues intérieurs VI





Ce 4 avril 2021 où Dany Cohn-Bendit fête ses 76 ans, putain déjà !

ET EN MAI 68 ALORS QUEL ÂGE AVAIS-TU ?









– Et en Mai 68 alors quel âge avais-tu ?

– 23. Comme l’Enragé de Nanterre.

– Solidarité de classe ?

– Oui, les troufions de l’Histoire avec sa grande H, se désignaient ainsi,

sauf que nous la classe on l’a passée.

– ?

– Et oui, Cohn Bendit pour y échapper s’est réfugié dans sa seconde patrie la R.F.A .

et moi je suis parti en octobre faire la Coopé (la coopération culturelle) à Caracas.

– Tu as ainsi évité la gueule de bois post68.

– Tout juste. Et quand je suis rentré l’automne 70, Pompon était président,

et le Général n’allait pas tarder, bal tragique à Colombey,  à casser sa pipe.

– Et toi tu as écrit pendant les Événements ?

– Presque rien sur le champ à part ça :

Nous allâmes aux fêtes de Mai

À l’âme enivrée d’une joie sans pareille

Nous allâmes aux fêtes de Mai

Jamais nous ne serons les mêmes !

– Et ensuite ?

– J’ai lu 68 livres, essais, histoire, romans, poèmes.

Dont le On ferme ! de Prévert, 68 ans en 68.

J’ai regardé les affiches et les peintures

Dont Mai 68 de Miró 75 ans à l’époque.

J’ai écrit des tonnes de suites par bouffées délirantes

toutes pour l’instant sont dans des pages à l’abri,

sous les pavés.





Dialogues intérieurs V

Mai 68 Joan Miró

ET LE RIRE ALORS ?





– Et le rire alors ?

– Ah ! l’humour toujours l’humour !

– Tu as toujours aimé « badiner », non ?

– Oui. C’était une tradition dans mon village,

quand on croisait quelqu’un on avait un mot pour la blague.

– Et ça marchait ?

– Oh pas toujours. Certains prenaient mal la plaisanterie.

Ils craignaient de devenir la risée du village,

le badin de la farce.

– Encore une « farciçure » de Gascon, non ?

– Oui, un farcis aux petits oignons de notre cher Montaigne.          





    

Dialogues intérieurs IV

DIALOGUES INTÉRIEURS





Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution. Paul Ricœur





–  Comment as-tu eu l’idée de ces dialogues intérieurs ?

– Pas « une idée » mais le glissement de ce fameux « monologue intérieur » des écrivains vers la formule dialogue.

– Mais qui questionne et qui répond ?

– C’est là le hic !

– Mais encore ?

– Dialogues de sourds, chantonnement des voix, paroles pour les yeux, comme dans les films muets…Il faut prêter l’oreille au clair-obscur de nos différentes personnes, de la première du singulier à la 6° de notre conjugaison.
– La sizième?

– Oui un trait grammatical  bien plus utile que la soi-disant 3° du pluriel.

Dialogues intérieurs : dialogues pluriels, questions ouvertes qui n’ont ni fin…ni commencement.