UN ÉTRANGE ALPHABET

Un étrange alphabet résiste en silence sous la lampe

Jacqueline Saint-Jean Brasier des ombres

une écriture en vis à vis de mes hypnographies

printemps-automne 2014

C'est une autre page
Sur ton oreiller
Au lieu de tourner retourner
Cherchant dans le noir le sommeil
Sous ta lampe
Tu essaies d'abord de tenir ferme
le stylo des signes inédits
qui ne sont tracés par personne
autre que toi
Ensuite de prolonger cet élan
par un festival de mots
Guirlande de tes rêves...

JJ Dorio 13/06/2020 et 09/09/2023

JE ME SOUVIENS DE MONA LISA ET DES BIDONVILLES DE CARACAS

Je me souviens de Mona Lisa Gherardini épouse de Francesco del Giocondo
Je me souviens de Franco la Muerte
Je me souviens des arènes de Nîmes de Madrid (la Monumental) et de celle du Nuevo Circo à Caracas qui vit le triomphe des frères Girón
Je me souviens des ranchitos les bidonvilles de la capitale du Venezuela où les enfants disputaient la nourriture aux buitres ou zamuros les oiseaux charognards
Je me souviens du faucon hagard 

Je me souviens du fleuve de l'Oubli le Léthé 
Je me souviens d'Estate que Nougaro reconvertit en Un été
Je me souviens de la petite espagnole du quartier
Je me souviens de Je hais les dimanches
Je me souviens qu'il faut savoir finir une grève
La grève de faire ces listes sans fin de mes
Je me souviens

liste initiale 11/09/2021 
Bayeux hôte du poète Jean Louis Rambour*
revisitée ce 06/09/2023 aux Martigues

* Quand nous écrivions le poème sur une feuille
Ce que nous marquions c'étaient nos doigts
Notre main notre poing 

L'ÉPHÉMÈRE CAPTURE 

JE SUIS MANGÉ PAR L’ÉCRITURE

Je suis mangé par l’écriture qui me ravage et me ravit
Qui couche sur ma page des personnages qui nagent
Ou qui s’envolent comme des oiseaux

Je suis l’envol des étourneaux qui hésitent
Mais qui finalement se posent
Sur mes lignes à haute tension

Je suis en deuil d’une femme
Qui emportait dans son sac rond 
en paille ou en rafia
le dernier « rompol » de Fred Vargas
(suivant avec délices les enquêtes d’Adamsberg)
ou de Dona Léon
(nous faisant partager la vie du commissaire vénitien Brunetti)

Je suis ce précipité de filiation
Tourné vers le passé
(comme ce chemin des mythes amérindiens
« qui reculent vers le futur »)
Ou glissant de signifiants en signifiés
Vers l’écriture de bienheureuses parenthèses

(une écluse s’ouvre nous changeons de niveau avec nous-même)

griffures blanches dorio 02/08/2023

sur la reproduction de « peinture abstraite »

Ad Reinhardt 1963 152,4×152,4 cm exposé au Moma

JOURNAL DE NUIT

JOURNAL DE NUIT

Des fois, ou plutôt Quelquefois, ou encore, par esprit de contradiction, Toujours, on se lance dans une phrase, par pur plaisir de s’y lancer, comme l’on court d’un coup, ou plutôt tout à coup, poussé par on ne sait quelle mouche, piqué pourrions-nous dire, par le taon qui excitait Socrate, ou plus modestement les bœufs qu’un certain père, le mien, joignait jurant quelques mille dious de remille dious, sur les quatre heures d’une journée exceptionnellement caniculaire qui ne pouvait laisser les bêtes en place, malgré dentelles qui étaient censées protéger leur mour, museau, qui à l’instant vous suggère quelques autres vocables en file, tels muse, musette, musaraigne, ces deux derniers mots, vous venez de le découvrir, ayant été synonymes, de mus souris et de la venimeuse araignée, que l’on vous a fait associer dès la plus tendre enfance aux formules magiques opposant celle du soir espoir, à celle du matin chagrin, quant à la nuit, en cet instant précis, quatre heures cinquante-six, vous pourriez ajouter, par exemple, araignée de nuit s’enfuit…et là, la phrase, pour autant qu’il s’agit d’une phrase, se casse, s’éparpille, perd son souffle initial et va se pointillant…. n’est pas asthmatique qui veut se dit-on souriant, ouvrant gaiement les guillemets, un jeu d’enfant avec la machine savante dont nous disposons depuis le début de notre course à la phrase-échalote : « Il y a des asthmatiques qui ne calment leur crise qu’en ouvrant les fenêtres, en respirant le grand vent, un air pur sur des hauteurs, d’autres en se réfugiant au centre de la ville, dans une chambre enfumée », et d’autres, aurait pu ajouter ce prosateur hors pair, en composant des phrases sans fin, qui se tournent et retournent, ligne à ligne, vers à vers, telles ces raies du labour, inlassablement tracées le jour durant, par ce fier paysan, guidant droit ses bœufs, encore eux, et dont la surface labourée de l’aube au crépuscule s’appelait un journal.

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

GUERRE N’AI FAITE PAIX ME CONVIENT

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Guerre  n’ai faite Paix me convient
Quand tout se dérobe ici je me tiens
Ici je me brûle à mes vers de glace
À mes vers pourris j’ajoute pour rire
Mon grain de paroles aurore des nuits
Où l’on proclamait sur les murs du Grand Mai
Faites l’amour et non la guerre
Ailes déployées sur mes basses terres
De mon arrière-pays qui va criant
De deuil me repais me lamente en riant
Une ligne empruntée à Peletier du Mans
Que lui-même traduisit ce sonnet italien :
Pace non trovo et non ho do far guerra
Je vois sans yeux sans langue vais changeant
Mort en désir de me prolonger Périr en Vie éternelle

Jacques Peletier du Mans (1517-1582)