MISE EN LIGNE D’UN POÈME

Je prends le crayon dans la cheminée

Je pends l’inspiration  à la crémaillère

Je prends un temps infini pour peser chaque vers

Ou tout au contraire je fais dans le burlesque

Et l’abracadabrantesque

Je prends patience sous le fouet cruel de l’Histoire

Et en fin de « conte » je prends la voix des airs

La voie libre des poèmes que l’on écrit par cœur

MENUES PHRASES VENUES SANS Y PENSER

MENUES PHRASES VENUES SANS Y PENSER

Oui la poésie d’un jour s’élabore toutes les nuits Mais pour bien la faire, ma commère, il vous faut purger de quatre grains d’ellébore La poésie toujours dans un coin de brouillard ou de cheminée en feu de bois de chêne que l’on a coupé au milieu de tous ses roseaux pensant Mais à quoi pensaient-ils cannebières et bambous ? On ne sait On ne sait pas, n’ayant point, à cause du long divertissement qu’il y a à élaborer nos poèmes, poussé notre raisonnement plus loin Moralité : C’est plus fort que nous Ces menus phrases nous échappent sans y penser

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LA CLEF DES CHAMPS

LA CLEF DES CHAMPS

La clef des champs, c’est ce matin un stylo bleu, qui prend la fuite, mais que l’on retient.

La clef des champs, c’est une sonate que fit Ludwig avant sa mort, et que l’on joue au clair de lune, apasionata. Les clefs se passent de sol en ut. Ses interprètes exercent leurs doigts, prennent la mesure, note après note, chacun refait le mouvement, le doigt pointé.

La clef des champs, soudain frappée, dix doigts, deux mains, c’est le destin. Et cependant, nul n’est prophète, nul n’est poète. Chacun essaie, et tous le sont, et tous les sons se font chopin.

La clef des champs, on croise les doigts, on croise les mains sur le clavier. Temps aboli, c’est l’éternel, c’est l’éphémère de la main gauche, de la main proche du cœur des hommes, de leurs oreilles, leurs émotions.

La clef des champs, on l’a cachée, dans le poing droit. Le pouce frotte toutes les notes, de bas en haut. Et puis reprend la mélopée, cherche la paix, l’oubli de soi.

Les ondes miroitent. On prend la clef…et l’on s’en va.

DE LIVRES EN LÈVRES BAISERS VOLÉS

Comme un baiser
D’eau et de sable
Lignes infinies
De lèvres en livres
 
Comme la ferveur
D’un cri d’enfance
Le jeu de barre
Les facéties
 
Comme en silence
Cette présence
D’une jeune fille
Aux longs cils
 
Épître en vers
Et contre tout
L’art de mêler 
L’air et le feu
 
L’esprit le cœur
Rêve d’un rêve
Jadis naguère
Où Jeunesse irradiait

Baisers volés *
Sur cette barque
De nos amours
Dont il ne reste

Que ces quelques lignes
De livres en lèvres
Rêves de rêves
D’une vie en allée

*Charles Trénet Que reste-t-il de nos amours ?

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LES POÈMES QUE L’ON RÉCITAIT À L’ÉCOLE PRIMAIRE

FIGURES QUI BOUGENT (encore) UN PEU, c’est le beau titre d’un recueil de poèmes de James Sacré, né à Cougou (Vendée) en 1939, dit la notice. Il reste dans l’obscurité de nos contemporains lecteurs, qui en suivant, hélas, le tapage des industriels du livre relayés par leurs plumitifs, ne savent pas qu’il se publie encore des centaines de livres de poésie, bon an, mal an. La Figure 10 évoque les poèmes un peu mièvre qu’on récitait à l’école primaire… Et cependant dans la neige qui tombe il y a toujours le thème de l’oiseau mort. Ça devait être une récitation de François Coppée ajoute Sacré. Moi, dont le nom est encore plus méconnu dans la galaxie noire de la poésie contemporaine, je me souviens alors, du sujet d’une « composition française »donnée au cours complémentaire de Montesquieu Volvestre. Je devais développer la phrase suivante : les sveltes peupliers qui se mirent dans l’eau. Ce n’est que cette nuit, un demi-siècle après, que j’en compte les douze pieds, comme nous disions alors. On ne m’avait pas dit que c’était un alexandrin de ce satané François Coppée. Merci Sacré !

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