J'ai souvent écrit sur le cours Mirabeau
Mais jamais à califourchon dans les platanes 1
J’ai écrit sur des ronds de bière
Et sur l’écorce des mêmes arbres
(et au retour dans l’atelier sur des planches
où j’avais passé préalablement le rabot)
J’ai écrit au célèbre café des 2 G
Mais jamais à mes chers G.Perec et G.Perros
J’ai écrit en haut du Cours au Roy René
Pour l’informer que les pigeons
Ornaient sa couronne de déjections
Mais il n’a pas compris
Mon langage (trop) fleuri
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Sur le cours Mirabeau roulez poèmes
1 Pierre Lartigue (1936-2008)
Je regardais une flambée brûler d’un seul coup un roman que j’avais mis des millions de minutes à écrire.
Marcel Proust
Baroque sérieux et parodique
J’ajoute ici ma part modique
Celle d’un pauvre extravagant
Foufou toctoc éternel errant
Dans son petit canton imparfait
Chaque matin il retire les cendres
(de la précédente journée)
Dresse une brassée de petit bois mort
Et met à jour ses flammes poémiques
Un peu de miel issue de cendres
Un amour follet traduit à mort (d’amor)
Et pensées plus légères que violons ailés 1
1 Luis de Góngora
Ainsi toute ma vie jusqu’à ce jour aurait pu et n’aurait pas pu être résumée sous le titre : une vocation.
Marcel Proust (Le temps retrouvé)
Il est un jour proche où je vais fermer la porte à toute poésie nouvelle dûment estampillée par les revues « à l’ancienne », qui continuent ici et là à paraître, telles des phœnix de papier, contre vents et marées.
J’en ai assez J’en ai trop Dans mes tiroirs Mes abris de jardins Mes planches de hêtre (et mes anciens frigos)
Il estun temps pour cueillir (lire vient de legere : cueillir par les yeux) il est un temps pour faire le tri brûler, jeter, donner, oublier
et faire le départ entre les lectures qui nous maintiennent dans les ténèbres et celles, à la semblance de l’amour, qui sont plus fortes que la mort.
Je cherche des pays dans des poèmes
Que personne plus ne lit
Au lit la nuit durant mes belles insomnies
Des pays d’albatros non ceux de Baudelaire
Captifs, moqués, poètes gauches et veulesDes pays où l’on navigue versl’horizon chimériquede Jean de la Ville de Mirmont
Sur un brick où Rimbaud l’Éphèbe
Multiplie les prouesses linguistiques :
fanum (qu’éclaire la rentrée des théories- sic),
embankments (d’une Venise louche- resic),
railways et tarentelles de Scarborough (j’ajoute)
Je cherche des pays perdus dont nous rêvions
En nos temps aventureux de partance
Au beau soleil de nos adolescences
C’est toujours ça d’écrit
Se dit l’apprenti calligraphe
C’est toujours le pinceau qui chine
L’encre des mots et des eaux
D’une poésie dont l’essence est idéographique
Me souffle un fin lettré
Qui feint d’être idiot
Ouvrir aux confins
Mettre le désordre
C’est ainsi que s’ordonnent
Mes pratiques limites chamaniques :
Hypnographies façon Dorio