Vieni Orfeo vieni con lei Al piccolo cimitero de campagna Andrea Zanzotto Viens Orphée viens avec elle Dans le petit cimetière de campagne Je lis me précipite et m’éparpille Les yeux entrant dans les pages bilingues Des langues latines Italien portugais espagnol catalan Et cet occitan que j’entendis enfant dans ma cuisine Quand un ami paysan venait visiter mon père Mais que je n’eus pas le droit de parler Puisqu’on pensait qu’il contaminerait La langue apprise à l’école de la République Vieni Orfeo vieni Vient me régaler De ses frôlements langagiers Glossolalies amuïssements amusements écarts nel terreno stesso del vagare (sur le terrain même de l’errance) Où personne n’empêche plus le bambin aux cheveux blancs De batifoler Avec Orphée
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TOUT EST MU PAR LES MOTS
Et la mer et Homère tout est mu par l’amour Qui écouter ? Homère a fait silence Et la mer noire harponne, mugissante, Et vient à mon chevet avec un fracas sourd. Ossip Mandelstam (1891-1937) Tout est mu par les mots Paysage, mer, cœur, voix, silence, feu, Et leur fracas sourd Leur rumeur qui vient jusqu’à mon lit Taillé comme une barque. Paysage d’un conte ou un comte perd la vie au col de Roncevaux Mer je me souviens d’y avoir plongé (j’avais vingt ans) à Sounion le saint cap d’Athènes Cœur naviguant à l’estime à travers les phrases qui me sont autant d’amers Voix d’Homère traduite par ce poète suisse Qui résida sur Terre à Grignan 1 Conte-moi, Muse, l’aventure de l’Inventif Silence « terrible, singulier » Comme des somnambules Ce noir illimité 2 Feu enfin où Phœnix renaît Du désert et des cendres Comme cette page écrite Sous les rayons d’une lampe de chevet 1 Philippe Jaccottet l’Odyssée 2 Baudelaire Les aveugles
LA DÉFINITION D’UN POÈME

DOUCE FRANCE QUE MON CŒUR DOIT AIMER
VersionII
En regardant vers le pays de France Paix est trésor qu’on ne peut trop louer Je hais guerre point ne la doit priser Douce France que mon cœur doit aimer Charles d’Orléans - Et dans ton rêve tu cherchais quoi alors ? - « La Douce France » - Et ? - Et justement je ne savais ce que Douce France recouvrait - La chanson de Trénet peut-être ? - Non je n’étais pas vêtu d’une blouse noire et il n’était pas question de la doctrine platonicienne de la réminiscence - La Douce France ne serait-ce pas alors le nom d’une ancienne amie jouant au clavecin les barricades mystérieuses ? - Belle hypothèse Et maintenant que tu l’évoques j’ai connu en effet une France Qui descendait de Paris après les événements de Mai 68 Pour aller filer la laine et les amours collectives Dans une communauté située en Ariège - En « Art-y-ai-je » où toi-même vécut enfant la liesse de la Libération - Antidote à la France Rance des discours pourris des années quarante…et d’aujourd’hui - Oui Charles d’Orléans le Prince poète avait déjà tout compris
DOUCE FRANCE REVISITÉE
-et dans ton rêve que cherchais-tu alors ? -…la Douce France - et ? - et justement je ne savais ce que le terme recouvrait… -la chanson de Trénet peut-être ? - non je n’étais pas vêtu d’une blouse noire et nulle réminiscence platonicienne n’était à l’œuvre -ta Douce France n’était-ce pas le nom de cette claveciniste qui jouait à merveille les barricades mystérieuses 1 -belle hypothèse maintenant que tu l’évoques j’ai connu une douce France qui jouait de l’épinette et qui après les événements de Mai 68 descendit en Ariège pour vivre en communauté -en Art Y Ai-je gagné merveilles des chemins de traverses et d’errances (je me souviens c’était un de tes chants naguère) -oui un antidote à la France Rance des discours moisis de l’an quarante que des voix chevrotantes tentent de rétablir aujourd’hui En regardant vers le pays de France Paix est trésor qu’on ne peut trop louer Je hais guerre point ne la doit priser C’est Douce France que mon cœur doit aimer Charles d’Orléans