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Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
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Quand on va sur ses quatre-vingt ans il convient de se résoudre à une autre forme d’existence m’a confié le poète W. qui était depuis un mois enfermé à sa demande dans un hôtel psychiatrique sur les hauteurs de San Francisco San Francisco Où êtes-vous guitares saudade Ma liberté Ma nostalgie Le Forestier
Quand on va sur ses cent ans il convient de s’effacer sans déranger sans faire de bruit en ayant laissé des traces dans un volume dépareillé qui fera le bonheur secret d’une adorable enfant voleuse de livres En lisant cet illustre inconnu elle apprendra qu’il s’en est allé léger léger en écoutant le phrasé doux et mélodieux du Requiem de Gabriel Fauré
GABRIEL FAURÉ est né à Pamiers en 1845 (ou à Gaillac-Toulza disent se contredisant les notices) Son père instituteur y épousa une fille du village, une belle accordée Quelques côteaux plus au sud, je naquis cent ans après à La Bastide de Besplas en Ariège (Je devrais peut-être avoir vergogne de placer côte à côte lui le grand musicien et moi le poètereau, ses archets du dernier quatuor, mes lignes de moineau) De Gaillac-Toulza par les chemins des champs et les fermes isolées d’où les derniers paysans ont disparu, on passe à Saint-Ybars, à Castagnac, puis on descend vers Méras qui surplombe mon village de naissance Fauré fit chanter des poèmes de Verlaine et de poètes aujourd’hui inconnus comme Arnaud Silvestre Vers la fin de sa vie Gabriel affecté de surdité composa la musique de l’Horizon chimérique écrit par Jean de la Ville de Mirmont
Un poème de bien des manières peut se sillonner la mienne ce matin a la couleur du terre fort où maints Cathares furent brûlés : Les goélands perdus les prendront pour les leurs

lecture du 5 janvier 2023
publié 2° trimestre 1975 ouvrage collectif Remiremots
repris 1° trimestre 1976 revue Émeute


Comme un doux soleil Me revoilà au printemps 2011 à Bâle Méditant sur la tombe d’Erasme
dont la Folie médisait par sa bouche
Un peu avant nous avions parcouru le long du Rhin la Solitude-Promenade qui nous avait conduit près des machines dadaïstes de Jean Tinguely issues de matériaux de récupération sur les décharges publiques
dont l’ami Brugeilles tira à sa manière maints Don Quichotte
(qui reposent désormais après d’infinies pérégrinations à l’écurie du musée du Réservoir à Sète)
Comme un soleil doux
Je me souviens assis sur la pierre tombale de l’admirable humaniste réfugié à Bâle pour ne pas être brûlé avoir écrit de courts textes en prose poétique des étrangetés qui ressemblaient à des récits de Schizos imaginés dans Noeuds le livre de Laing l’antipsychiatre :
« le schizo freine la vie ordinaire / de celui qui parle et qu’on n’écoute pas/
et de celle qui désirant qu’il la désire / fait semblant qu’elle le désire/ pour se faire désirer «
Ce qu’en d’autres circonstances ce diable de Picasso appela
Le désir attrapé par la queue
Martigues 5 janvier 2024 3h du matin puis pour les derniers ajustements 11h33
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