DAHLIA

Sabres cachés dans les sables du Sahara
Ah ! ça ira ah ! ça aura
l’air d’un désert
sans palmeraies
pour prendre date

J’ai reçu jadis une carte postale de Ghardaïa
Sans un mot
Avec juste la trace d’un doigt passé sur la terre ocre
Et une signature 
Dalhia

Je l’avais connue ailleurs
Sous un manguier des Amériques
Où les fruits sauvages laissaient des fils entre nos dents

Dalhia ton nom n’en finit pas de hanter cette fable offerte
Aux amoureux des lettres que l’on se remémore
Mais que l’on a définitivement perdues


CRÉER SA PROPRE LANGUE

Créer sa propre langue c’est un truc de fou ça…de fou de littérature parti en des contrées indéterminées…des années durant nourrissant en secret ses nuits de mille et une pages…qu’il brûle la journée suivante…jusqu’au jour (une nuit magique) où la langue unique et singulière prend…sur un premier cahier que l’on nomme roman du côté de chez Swann…ou bien poèmes faisant bouquets de fleurs du mal…lors les phrases en prose ou les antiphrases écrites en vers…prennent leur envol créant la propre langue de ce forçat d’une écriture…qui bat et rebat les cartes d’un je multiple…jugé par les premiers critiques qui n’ont jamais lu rien de tel…de folie pure…

L’ŒIL MARRON AVEC UN PEU DE VERT

Je m’aperçois ce soir que mes travaux divers
Ont omis du portrait de ce faiseur de vers
Qu’il avait l’œil marron avec un peu de vert

Plaisanterie à part le même entre deux verres
Aimait pincer sa lyre sur un chant du Cap Vert
Une morna sodade nostalgie au grand air
Où l’on pleure et l’on rit comme faisaient trouvères
Qui enchainaient leurs rimes, été, printemps, hiver.


LA JEUNE FILLE EN FLEURS ET L’AVIATEUR

La question est délicate de savoir s’il faut lire ou non un auteur à la lumière de sa vie.  Anne Carson (Atelier Albertine)

J’ai été une de ces jeunes filles en fleurs qu’un narrateur pervers polymorphe affubla du nom d’Albertine.

Dans sa fiction, il me fait mourir sur un cheval emballé qui m’aurait jeté sur un arbre, en Touraine.

Dans la réalité je suis mort simultanément dans la cabine d’un avion qui s’est « craché », dans la baie d’Antibes disent les uns, ou bien après, près de l’île de Riou, au large de Marseille, affirment les autres.

Cependant pour être juste à l’égard du narrateur précité, nos morts ont un point en commun. Elles ont été précédées pour chacun de nous deux, par l’offrande, sous forme d’inscriptions, de quatre vers du célèbre poème de Stéphane Mallarmé, le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui. Les mêmes vers en effet, sur la proue du yacht d’Albertine et sur le fuselage de l’avion. Fondu enchaîné du ciel et de la mer, pour ces cygnes (signes) d’autrefois, qui aujourd’hui libérés du stérile hiver, retrouvent l’impact symbolique de la définition rimbaldienne de l’éternité : c’est la mer mêlée au soleil.

AMAS DE RIMES

J’ai le goût de l’invention et de la rareté
Celui du bol où infusent mes rares thés

J’ai le goût d’étrenner nuit à nuit mes vers
Et celui d’écouter mille discours divers

J’ai le goût d’écrire plus ou moins des ballades
Celui d’accompagner Montaigne 
Qui sur son petit cheval se balade

J’ai le goût de chanter Brassens à domicile
Celui d’ouïr chansons gaillardes et indociles

J’ai le goût de semer à tout vent buissonnier
Mes petites fleurs bleues de vrai saulnier

J'ai le goût de la mise en suspens
De l'ego devant le texte 
Qui va et vient et nous métamorphose
j’ai le goût de confier mon texte à une voix sans personne