Il semble que les événements soient plus vastes que le moment où ils ont lieu et ne peuvent y tenir tout entiers. Certes, ils débordent sur l'avenir par la mémoire que nous en gardons, mais ils demandent une place aussi au temps qui les précède. Certes, on dira que nous ne les voyons pas alors tels qu'ils seront, mais dans le souvenir ne sont-ils pas aussi modifiés ? Marcel Proust 1 D’une monnaie usée on donne l’illusion D’un sou neuf retrouvé sous la pierre des ans Son avers est l’envers et réciproquement La pièce dans la nuit Univers infini Je la donne à l’enfant Qui sort du ventre obscur L’aurore pour clarté L’espoir dans l’or du Temps 17 mai 2015 4h du matin
UN POÈME INSPIRÉ
Le poète est celui qui inspire Bien plus que celui Qui est inspiré Paul Eluard Long détour Loin des tours de passe D’un renard des surfaces Chuchotant au papier Des poèmes que l’on plie En cinq ou six morceaux Manière de faire un puzzle Qui rend perplexe le lecteur Ou l’invite -au contraire- À y voir d’un peu plus près Dans les creux et les bosses Les mots et merveilles Le feindre et le fendre La robe bigarrée D’un poème inspiré 16 mai 2022

manuscrit orné d’hypnographies
ÂME EN PEINE
D’ailleurs, ne soyez pas offensée de ce que je dis de la Russie. Même en laissant de côté le point, trop long à discuter, de sa politique actuelle, vous savez que je resterai toujours fidèle à la Russie de Tolstoï, de Dostoïevski, de Borodine. lettre de Marcel Proust à Mme Scheikévitch
Âme en peine A trop de mou Dans ses idées Même en mai Le temps du mu Guet passe très mal Cette année Âme en peine La coupe est pleine Des vies brisées Par la guerre livrée Depuis son palais d’or Par l’anachronique tsar De toutes les Russies Âme en peine pense : J’avais entendu parler de guerre Dans les romans Ou les campagnes d’Austerlitz Ou de Waterloo 1 Je l’avais contemplée dans les tableaux De Picasso ou du douanier Rousseau Âme en peine A peine à concevoir Que cet imaginaire Est devenu l’horrible réalité Le front couché sur son papier Âme en peine boucle sa complainte Nulle paix dans ses idées Tant qu’il y aura la guerre 1 Brassens 16 mai 2020
JE PEINDRAI VOLONTIERS MES LÉGÈRES PENSÉES

Je peindrai volontiers mes légères pensées
Mais déjà le pensant mon penser est changé
Ce que je tiens m’échappe et les choses massées
Toujours par le présent se tiennent effacées
Tant à ce changement mon esprit est rangé
Estienne Durand (1585-1618)
UNE VOIX INCONNUE
je fais espace à mon démon dans la neutralité des choses un jour de tournures de phrases on me dit je ne comprends pas les poèmes comme vous cachés dans leur peau d’écriture Nathanaëlle Quoirez Kaïros (vient de paraître collection Polder) Une voix inconnue Sur ces petits bouts de textes Assemblés en un recueil de poésie Avec le temps -le très long temps- Si je me lance dans une lecture nouvelle Je me tiens à un seul critère : Le texte grandit avec ses lecteurs Que l’on peut lire comme : Dans le chaos qu’est toute vie Est-ce que cette manière de l’écrire -je l’ai là sous les yeux en 58 pages- va dévoiler un aspect qui était resté caché de mon identité ? Ou non… Cette nuit (car c’est la nuit, au lit, que je me livre à l’exercice) C’est Oui