Je lis les poètes qui ont reçu des prix Et oui des prix de poésie Dotés de noms d’anciens Dont tout le monde a, pour le moins, entendu parler à l’École de la République La petite entreprise déposée sous le nom " le printemps des poètes" en recense une bonne trentaine, « liste non exhaustive » ont-ils le culot de préciser Non, je n’aurai pas la cruauté de donner cette liste de lauréats dont les noms à côté d’Apollinaire ou de Mallarmé sont tout à fait inconnus du public… « du Grand » s’entend… Mais non du petit cénacle de disciples, cercle, aréopage, chapelle, clan, coterie, club, groupe, assemblée, conventicule, qui se réunissent dans des salles assimilées à la Cène, au Calvaire, aux cafés de Saint Germain des Prés, dans les sous-sols des hôtels borgnes, les arrière-cours d’éditeurs célèbres, sous la coupole de Richelieu, dans l’ombilic des limbes, etc Tout ce petit monde, pour résumer, qui se connaissent et se tiennent par la barbichette, la moustache de la Joconde, les jarretelles de madame X, Tous ces grands chantres et ardents musiciens, tirant toutes et tous, et chacun pour sa gloire anthume, sur l’unique cordeau des trompettes marines…
SONNET DU LIT SOLITAIRE
Cinq heures. Un lit solitaire Non glacé. Tout se tairait Sans le bruit des acouphènes. L’air est blanc comme les murs. À mes côtés se réveille Le grand Sphinx du deuil profond, Démesuré, qui m’affecte. Personne d’autre que moi N’est en mesure de dire Cet élan mystérieux En manque du mot absent Qui tombe en vers réguliers Sur l’énigme du Néant. Lecteurs, essuyez vos yeux.
SPINO ET LE PASSAGE D’UN GOÉLAND (reprise du poème 6)
Si l’Esprit veut pouvoir comprendre, nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition, ni non plus de suralimentation.
Bernard Pautrat (Ethica sexualis Spinoza et l’amour)
Si l’on ne sait quoi faire
Autant lire et relire Spino(za)
(Annoté ici par son traducteur
entre Corps et Esprit)
Autant faire le compte de nos désirs immodérés
de gloriole (ambitio)
de mangeaille (luxuria)
de bouteille (ebrietas)
et d’argent (avaritia)
Avec en sus le mystère de la libido
que notre professeur traduit « lubricité »
À cet instant curieusement un « gabian » au vol lourd
passe devant sa fenêtre ouverte sur la nuit
et se met à goaler :
La vie bonne ! la vie bonne !
Oui se dit-on elle est secouée de toute part
Et telle cette poésie contrariée
Elle n’est jamais gagnée
SONNET À CONTRE-COURANT
L’eau descend des ardoises du toit Sur lesquelles parfois on écrit Un poème. L’eau sel de la vie Encre sentimentale pour te délivrer d’ego Eau des sources irrigant les plantes Qui n’en demandent ni trop ni trop peu Eau des torrents et des lettres de sable Dans un livre qui te hante Eaux de l’amont À la naissance de l’Amour et du partage Des poètes aux pieds dansant Qui font Sonnets en forme de ballade Nageant contre la marée… et toujours à contre-courant
UNE LITANIE ÉCRITE AU LIT (reprise du poème 5)
Il faut écrire pour ne pas être lu C’est le paradoxe Il faut lire Le cru et le cuit à toutes les équinoxes Il faut compter Nos pas perdus Dans nos petits châteaux de Bohème Il faut regarder la Grande Ourse en lisant ce poème Il faut écrire Comme un Prévert Qui se la coule douce Il faut lire Comme une bête Ange ou pource* Il faut poursuivre Cette litanie Adressée à un lecteur innocent Que l’on course *Rimbaud (un hapax)