MÉCHANTS PROPOS SUR LA POÉSIE À QUI ON DONNE DES PRIX (reprise du poème 7)





Je lis les poètes qui ont reçu des prix
Et oui des prix de poésie
Dotés de noms d’anciens
Dont tout le monde a, pour le moins, entendu parler à l’École de la République

La petite entreprise déposée sous le nom  " le printemps des poètes" en recense une bonne trentaine,
« liste non exhaustive » ont-ils le culot de préciser

Non, je n’aurai pas la cruauté de donner cette liste de lauréats dont les noms à côté d’Apollinaire ou de Mallarmé sont tout à fait inconnus du public… « du Grand » s’entend…
Mais non du petit cénacle de disciples, cercle, aréopage, chapelle, clan, coterie, club, groupe, assemblée, conventicule, 
qui se réunissent dans des salles assimilées à la Cène, au Calvaire, aux cafés de Saint Germain des Prés, 
dans les sous-sols des hôtels borgnes, les arrière-cours d’éditeurs célèbres, sous la coupole de Richelieu, dans l’ombilic des limbes, etc

Tout ce petit monde, pour résumer, qui se connaissent et se tiennent par la barbichette, la moustache de la Joconde, les jarretelles de madame X,

Tous ces grands chantres et ardents musiciens, tirant toutes et tous, et chacun pour sa gloire anthume, sur
l’unique cordeau des trompettes marines…


SONNET DU LIT SOLITAIRE





Cinq heures. Un lit solitaire
Non glacé. Tout se tairait
Sans le bruit des acouphènes.
L’air est blanc comme les murs.

À mes côtés se réveille
Le grand Sphinx du deuil profond,
Démesuré, qui m’affecte.
Personne d’autre que moi

N’est en mesure de dire
Cet élan mystérieux
En manque du mot absent

Qui tombe en vers réguliers
Sur l’énigme du Néant.
Lecteurs, essuyez vos yeux.

SPINO ET LE PASSAGE D’UN GOÉLAND (reprise du poème 6)





Si l’Esprit veut pouvoir comprendre, nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition, ni non plus de suralimentation.

Bernard Pautrat (Ethica sexualis Spinoza et l’amour)





Si l’on ne sait quoi faire

Autant lire et relire Spino(za)

(Annoté ici par son traducteur

entre Corps et Esprit)





Autant faire le compte de nos désirs immodérés 

de gloriole (ambitio)

de mangeaille (luxuria)

de bouteille (ebrietas)

et d’argent (avaritia)





Avec en sus le mystère de la libido

que notre professeur traduit « lubricité »





À cet instant curieusement un « gabian » au vol lourd

passe devant sa fenêtre ouverte sur la nuit

et se met à goaler :

La vie bonne ! la vie bonne !





Oui se dit-on elle est secouée de toute part

Et telle cette poésie contrariée

Elle n’est jamais gagnée


	

SONNET À CONTRE-COURANT





L’eau descend des ardoises du toit
Sur lesquelles parfois on écrit
Un poème. L’eau sel de la vie
Encre sentimentale pour te délivrer d’ego

Eau des sources irrigant les plantes 
Qui n’en demandent ni trop ni trop peu
Eau des torrents et des lettres de sable
Dans un livre qui te hante

Eaux de l’amont 
À la naissance de l’Amour et du partage
Des poètes aux pieds dansant

Qui font Sonnets en forme de ballade
Nageant contre la marée…
et toujours à contre-courant


UNE LITANIE ÉCRITE AU LIT (reprise du poème 5)





reprise du poème 5
Il faut écrire
pour ne pas être lu
C’est le paradoxe

Il faut lire
Le cru et le cuit
à toutes les équinoxes

Il faut compter
Nos pas perdus
Dans nos petits châteaux de Bohème

Il faut regarder
la Grande Ourse
en lisant ce poème

Il faut écrire
Comme un Prévert
Qui se la coule douce

Il faut lire
Comme une bête
Ange ou pource*

Il faut poursuivre
Cette litanie
Adressée à un lecteur innocent
Que l’on course


*Rimbaud (un hapax)