LA GAULEUSE DE VOIX

Gauler des noix comme des voix

qui tombent

une à une

Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une voix ?

Allons racontez-moi…





Mais avant de me raconter

Posez s’il vous plaît la faux sur vos genoux

Vous l’avez bien assez aiguisée comme ça

C’est le soir

La gauleuse de noix ne viendra plus

Allons dites-moi tout…





De l’autrefois et de l’aujourd’hui

Du bon vivant et de l’endeuillé

De la faucheuse que vous avez égarée

En lui donnant un de vos hétéronymes





Je m’appelle Clément

Lui avez-vous dit

Clément Marot

Celui pour qui

La mort n’y mord





SISYPHE





Sur mes poèmes et autres écrits, comme celui-ci commençant, j’ai toujours la main. C’est dire, sans forfanterie, ma manière d’écrire sur le papier.

               Et pourtant il y a si longtemps que ma main écrit, depuis Mai 68, mes temps intempestifs, jusqu’aux temps d’aujourd’hui plus tempérants.

               De mes premiers printemps pleins de sèves jusqu’aux cheveux de neige du vieil enfant qui toujours ajoute une pièce dans le jukebox des poèmes sans fin.

               La main sur le papier lève toujours quelques paroles et murmures de personnes qui jusqu’à présent m’ignorent et de celles, l’immense minorité,  qui me sont proches et qui me lisant tentent de me dire ce qu’elles ne m’ont jamais dit.

               N’attendez pas le cimetière  Pour m’éclairer par vos paroles issues de vos nuits blanches Signé Sisyphe

ÉCRIRE EST UNE ACTIVITÉ QUI VAUT BIEN CELLE DE SE TOURNER LES POUCES

agenda du 22 au 28 mars 2021

Lundi 22/03/2021

15h54     Ahi angosciosa e dispoietata lima Che sirdamente la mia vita sceni, perché non tí retimi

                Si di rodermi il core scorza a scorza, Com’io di dire altrui chiti dà forga ?

Recopier méticuleusement cette langue créée par Dante inscrite dans son recueil la Vita nova. Mot par mot, écorce par écorce, avec cette lime qui fait les rimes et ronge le cœur de celui qui essaie d’étayer sa thèse : « l’amour est plus fort que la mort.» Tout en s’interdisant dans la tradition de l’amour courtois des troubadours occitans et provençaux de « nommer la dame aimée. »     16h04

Mardi 23/03/20201

1h30  

Le froid est la vraie maladie de l’âme. Goethe

De meilleurs hommes crée une meilleure société, une meilleure société qui crée de meilleurs hommes. Georges Izard

1h31

Mercredi 24 mars 2021

5h00  Signe malicieux des dieux qui n’existent que pour donner le change à nos pages d’écriture, à 5 heures du matin ma narine gauche (la plus fragile des deux) se met à saigner, me rappelant qu’il y a soixante-seize ans, à l’heure et à la minute près, je venais au monde…pour le temps de mon passage le raconter. (Vivir para contarlo Gabriel García Marquez)   5h05

Jeudi 25/03/ 2021

7h39  Écrire est une activité qui vaut bien celle de se tourner les pouces. Ici sur l’agenda de l’an 2021 je l’exerce dès mon réveil, marquant de lettres ce jour nouveau, étendu, détendu dans ce lit qu’on nomme un pucier. Écrire est une activité.    7h45

Vendredi 26/03/2021

6h18    Flemmarder. Au lit, au réveil. Un verbe pas du tout péjoratif.  La preuve, il permet de ne pas se précipiter sur la scène de son écriture. Glander. Lisant Sur la route de Kerouac, j’avais repris à mon compte le terme « glandeur mystique. » Tu vois je ne l’ai pas oublié.     6h35

Samedi 27/03/2021

5h20   Qu’on daigne s’enquérir enfin de ma santé, chante Brassens, troussant les vers d’un cocu magnifique, ce pauvre mari qu’on couvre de safran. Ça franchement il fallait l’écrire.  Brassens, La Fontaine de nos amours d’antan.    5h27

Dimanche 28/03/2021

1h22     Je me souviens d’un dimanche des Rameaux à Barcelone où les gens dans le Barrio Gótico portaient des palmes tressées blanches pour les faire bénir ; puis sortant de la cathédrale se mettaient en grands cercles pour danser la sardane, levant haut leurs bras, Hosanna !

VERLAINADES





Après la tempête le calme

les sanglots longs

de l’âme de Verlaine





Vers plus que lents,

Une valse mélancolique écrite

pour lâcher prise

laisser aller selon

le chant de la bonne aventure





Après la tempête

Deçà delà

Je me souviens

De la musique avant toute chose

Celle qui nous faisait planer

en regardant « le violoniste bleu »

de Marc Chagall





C’était à Nice

Où tu aimais aussi

Manger des chichis





Et puis nous avons vécu la fin de la bonne tempête

La mort quand elle vient ne fait pas de chichis

Ma belle musicienne s’est changée en statue





Il pleure dans mon cœur

L’inflexion des voix chères qui se sont tues





Italiques Paul Verlaine

UN PETIT RAPPEL





Un petit rappel comme disent les alpinistes

assurant leurs doigts sur un petit bec de pierre





Un rappel qui n’en finit pas

après le concert

exécuté de main de maître

par tel ou telle virtuose du piano

ou de la viole de gambe





Rappels et variations

Répétions et citations

Présentes sur les partitions des musiciens

les improvisations ou les vers des poètes d’antan





De la musique avant toute chose

Et pour cela préfère l’impair





Un rappel des mémoires résistantes

Des poètes assassinés

Et des fusillés de l’an 44





Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas





Italiques Verlaine, Aragon.