JE LIS MICHAUX DANS MON PUCIER





Je lis un peu de Michaux

avant de me lever matin

de mon pucier





Repos dans le malheur

Je l’assieds sur ma page

Et en fait mon bonheur





Emportez-moi

Çuila je l’ai dit bien des fois

Et même je l’ai mis en une chanson

De vieille et douce caravelle





L’âge héroïque

Où Henri Michaux tout en jouant

démantibule une à une

les parties du corps

des deux géants

devenus frères ennemis

Mais c’est gai comme Rabelais

et presque pépère

au contraire d’Homère

(C’est Poumapi et Barabo

Au cas où vous auriez oublié

Le nom de nos deux héros)





Voilà mon exercice terminé

Il est temps que je me secoue les puces

Pour entamer ma nouvelle journée





Michaux c’est bon un peu pour la plume

Mais pas trop

Car alors on risque d’être attrapé

par l’Opaque





emportez-moi dans une douce caravelle

MOURIR on ne devrait pas





Je vis je meurs je me brûle et me noie

Louise Labé

Me moriré en Paris con aguacero

Un día del cual tengo ya el recuerdo

Cesar Vallejo

MOURIR




Mourir on ne devrait pas et pour cela on se tue à n’y pas penser Mourir en écossant ses petits pois Mourir en pensant à Antigone Mourir sa vie brûlée de bout en bout Mourir intransitivement Mourir chez soi entouré des siens Mourir dans la rue comme un chien Mourir sous un tapis de bombe yankee au Vietnam en 1968 Mourir à la peine à la tâche au chagrin Mourir d’une (trop) longue maladie Mourir en disant comme Tchekhov ich sterbe Mourir sur scène en jouant ironie du sort Le malade imaginaire Mourir au temps des cerises comme un rossignol ou merle moqueur Mourir d’un rhume mal placé Mourir d’une chute de mariée descendant l’escalier Mourir pour des idées (mais de mort len-en-te) Mourir en disant Tudieu ! Mourir gai comme un pinson Mourir de rire à en pleurer Mourir de peur d’avoir perdu son temps Mourir en criant À l’assassin ! Mourir en laissant mourir le feu tristement dans sa chambre capitonnée de liège Mourir comme toi où sur tes lèvres sept ans après meurent toujours les cavatines Mourir ma mère pour la fête de toutes les mamans Mourir à cinq heures du soir en habit de lumière Mourir d’amour à Lima un jour de pluie sans fin :

Esta noche llueve llueve mucho Y no tengo ganas de vivir corazón (bis)*

Il pleut cette nuit il pleut beaucoup Et je n’ai plus envie de vivre « Petit cœur »

*Cesar Vallejo chanté par Susana Baca


	

POÉSIE en lignes courtes longues à écrire

la poésie est aspiration
la satisfaction la tue

Pierre Reverdy




– Lignes courtes, longues à écrire…et invendables !

Mais pourquoi t’obstines-tu que diable !





– Mais pour mille raisons Gaston





Pour l’écart entre les mots et les choses

Pour la musique avant toute chose

Pour compte tenu des mots, le parti pris des choses

Pour mettre en fureur Machin et Chose

Pour le Capital Poésie dont les voix et les livres

ont la précarité des choses frivoles                                                                            

futiles utiles et vaines

précieuses et folles





– La chose est entendue

Mais ce qui me chiffonne

C’est que ta cause soit irrémédiablement perdue !





– Perdu pour perdu je signe et je persiste

à chercher l’or du temps

en ces lignes courtes

longues à écrire

ou nageant de page en page

je puis, chemin faisant,

me débarrasser de mes idées

qui passent et repassent





Toujours en mouvement

Et dans l’émotion

Qui font l’essence de la poésie

SENTIR la liberté aux semelles de vent









Tenter d’exposer en clair la vérité poétique, c’est chercher à circonscrire la poésie par les moyens du discours, énumérer ses aspects sous prétexte de la mieux saisir et, en fait, la laisser échapper, puisqu’elle par essence de l’ordre du tout ou rien et ne peut donc évidemment pas se débiter au détail. […] Je vise un but pratique et ce qu’il faudrait c’est – chose étrangère à toute théorie – me sentir planté en pleine poésie.    Michel Leiris

SENTIR




Sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules Sentir la liberté aux semelles de vent Sentir le bonheur des Sans-Culottes chantant et dansant la Carmagnole Sentir le bruit si doux du temps qui passe quand on compose une ballade Sentir bébé bouger la tête en bas les fesses en haut faisant ses sauts et ses gambades Sentir les battements du cœur et les violons de l’âme Sentir un parfum frais sortir des touffes d’asphodèle Sentir le goût des allitérations labiales, dentales, palatales, vélaires, uvulaires Sentir siffler ou chuinter les fricatives pour qui sont ses serpents /  un chasseur sachant chasser Sentir gueuler Flaubert pour parfaire sa phrase un gorille hurlant (sic) Gare au go Gare au ri Gare au gori ille ! Sentir la fin et le fagot, le sapin de la caisse, l’hérésie, le roussi, le lièvre et la perdrix Et ne pas se sentir le cœur de boucler cette fantaisie…





L’BAL HABILE À BILBAO





Bilbao Te fais pas d’bile

Bilbao ne va pas te laisser en rade

C’est un bon prélude pour ta sérénade





Bilbao une chanson de Boris Vian

Sur une musique de Kurt Weill

Chantée avec ce qu’il faut de gouaille

et de raffinement

par la divine Catherine Sauvage





Bilbao cette nuit te tient en éveil

L’bal à Bill À bilbao n’a pas d’âge





Bilbao vieille lune tapée par la main amie

de Blaise Cendrars

La ville lui rappelait

 Au risque de passer pour un imbécile

un décor de Picasso

(Si j’ai bonne mémoire)





Ou peut-être du douanier Rousseau

Celui qui mit sur toile la Muse inspirant le Poète

Marie Laurencin et Apollinaire





Voilà où m’a conduit mon imaginaire

Avec ce dernier vers ultime pirouette