NI TROP NI PEU

agenda 15 au 21/02/2021

Lundi 15/02/2021

7h44      Rêves embrouillés, emberlificotés. Hier une photo de mon coquin de petit-fils, perché sur un olivier, m’a ravi le cœur. De même, toute proportion gardée, la victoire de l’équipe de France à Dublin, dont je suis tous les matchs depuis mon enfance, comme un rituel. D’abord avec des images grises sur un petit écran bombé. Maintenant sur un format 92×51 cm, avec couleurs et plans propres à l’émotion. Je n’écoute plus, comme naguère, les commentaires lyriques de Roger Couderc : Allez les petits ! J’écoute maintenant du jazz en continu, que j’interromps, s’il m’arrive de ne pas comprendre une décision arbitrale. Ce qui, dieu du rugue-by merci, encore fort rare.    7h55

Mardi 16/02/2021

8h46     Sans lectures, incessantes, « de curiosités », de découvertes dans tous les genres et domaines, je ne peux mettre en perspective ma propre vie. À condition, toutefois, que sur cet agenda, ou d’autres pages réservées à mon écriture, je poursuive l’échange, le ping-pong verbal, entre le même et l’autre, le visible et l’invisible, ce qui persiste et ce qui se dérobe : nos étrangetés.         8h57

Mercredi 17/02/2021

7h34   Sur l’agenda, je lis « Mercredi des Cendres », preuve que le calendrier chrétien poursuit son œuvre maligne. Hier j’ai terminé « un dictionnaire à part moi », que j’ai imprimé pour une relecture. L’enveloppe envoyée le 21/12/2020 à Pauline à New York, m’est revenu dans ma boite à lettres. C’est le courrier boomerang. Aujourd’hui je  repars à Aix en Provence pour la deuxième dose de vaccin.    7h39

Jeudi 18/02/2021

6h06      Le docteur N. Virginie, certifie m’avoir vacciné pour la seconde fois avec le vaccin Pfizer/BioNTech, issu du lot EP9598. Je peux, désormais, mourir d’une autre maladie. Mais je ne suis pas pressé.        6h22

Vendredi 19/02/2021

6h42    C’est un moment particulier. Tranquille, au plan de la maladie qui affole et fait mourir chaque jour deux centaines de (plutôt) vieilles gens. La vie, je pense, reprendra ses droits (comme on dit), cet été. En attendant, je profite de mon auto-confinement, pour faire le ménage dans mes écrits, ranger, en la dérangeant une fois de plus ma bibliothèque, être le mieux possible attentif à Nature, à mes correspondant.e.s à distance, aux pages des livres que je ne connaissais pas. (Chateaubriand, en particulier, pour l’Ancien, l’historien François Hartog « Régimes d’historicité » et la petite dernière, Corine Pelluchon, Réparons le monde.        6h52

Samedi 20/02/2021

7h26     « Dictionnaire à part moi », c’est bouclé. Pas moins de 232 entrées. Je vais maintenant confier sa lecture à mes deux « docteurs ès Lettres », qui font, par un heureux hasard, parti de ma plus proche famille. Ma fille, Pauline Dorio : La plume en l’absence . « Le devenir familier de l’épître en vers dans les recueils imprimés de poésie française » (1527-1555). Soutenance en 2017, publication chez « Droz » en 2020. Et mon beau-frère, André Bellatorre : Templa Serena, « La rhétorique singulière de Francis Ponge ». Soutenance en 1994.        7h33

Ajout, extrait de l’article FILS (unique) : Il faudrait en faire la liste, parmi les auteurs qui nous sont chers. Cette nuit je tombe sur Gérard Genette, qui en fait la confidence, mais c’est à l’entrée « Beauf ». Bof ! j’ignore le côté franchouillard du vocable pour remarquer que comme moi, « le mari de la sœur de mon épouse », est fils unique, grand lecteur de G.G. et bien que mon beau-frère sur le papier, l’exact contraire d’un « beauf ».   (un dictionnaire à part moi)

Dimanche 21/02/2021

6h32     Se contenter de peu, d’une soupe nouvelle, de ce petit espace qui marque l’horizon du texte, des mains amies qui nous écrivent, des nus de Bonnard dans la baignoire, d’un poème des Regrets lu à haute voix en longeant la plage, sans ses pavés, de l’éclair d’une métaphore « rose seule sous tant de vocables » et du blason de Jean Marot, le père de Clément : Ni trop Ni peu.     6h40

JJD 09/04/2015 et 20/02/2021

SOLILOQUANT





Soliloquant passé minuit sur ce papier où court un crayon donnant des nouvelles d’un passé qui n’existe plus.

Ce sont mes jeux d’enfant, sans sœur ni frère, dans le couloir d’azulejos, séparé d’une porte de l’étable, où l’on entend les bœufs roumier. (ruminer)

Au fond du corridor, s’ouvre la porte sur l’ort, le jardin familial qui, « à la saison », nous nourrit.

On entend sur le soir les cris des martinets et mon père piquant sa faux.           

Et pour la suite, imaginez…

Mon crayon gris, à force d’appuyer, s’est cassé…

COMMENT ALIMENTER UN BLOG DE POÉSIE





Paroles de paroles

Font rôle sur la scène

Ou bien un monologue

Où le langage agite

Notre for intérieur





Paroles en silence

Nous connaissons aussi

Mais ce n’est pas ainsi

Qu’on peut alimenter

Un blog de poésie





Fabrique d’un poème

Se fait dans l’atelier

Ou en marchant, la tête

Dans les songes d’une page

Qui joue sur le papier





paroles de paroles

UN TISSU DE CORRESPONDANCES





Sur cette page blanche

Je vois un tissu de Correspondances

Issues d’une pratique insensée de la couleur

Du son particulier de chaque ligne

Du mouvement qu’entraîne chaque mot

De la rencontre entre la manière poétique

(un peu folle)

de décliner la fable et le mythe (muthos)

Avec la réflexion sur la langue le temps l’identité

(logos) –disons

Transferts – ni en enfer, ni en paradis-

Murmures, balbutiements, figures,

allégories,

et par-dessous tout,

le palimpseste de mille ans

de françoise poésie.


	

FRAGMENT D’ÉTERNITÉ





Peut-être que…effectivement,

comme le suggère

le professeur Bayard*,

en écrivant

ces quelques braises d’imaginaire,

suis-je en train de plagier

(par anticipation),

Quelque poète futur

Qui dans cent ans

Viendra en aide à cette page

Où s’ébauche

la démarche hésitante

d’un fragment d’éternité





*Pierre Bayard Le plagiat par anticipation