FRAGMENTS BRISANT LE CADRE DE MON PETIT TEXTE

Dans ma poche il y a de petits morceaux d’argile de la Goajira

Une indienne au visage peint en noir nous fit ces petites formes à tête d’oiseau

Sans mains sans pieds

Mais avec une assise callipyge

Il y a aussi ces fragments d’os de seiche recueillis sur notre plage de Fos

que j’ai recouverts de signes que tu appelais mes chinoiseries

Il y a tes dernières paroles que tu m’écrivis les yeux humides

sur le canapé un matin de ce printemps maudit





Il y a tout ce que je suis en train de rassembler pour te reconstruire

Et qui m’échappe à jamais

Dans ma poche

Sur ma page

Dans ma tête ouverte à tous les sens

Et qui brise les cadres de ce pauvre petit texte

Sans voix

Sans toi




UNE PROSE ENDIMANCHÉE





J’ai tourné et retourné sept fois la langue dans mon songe, tant et tant que je l’ai effacé. Et je suis là dans mon lit de réveil, la tête vide, sans images, après ce premier somme.

Dans un quart d’heure samedi va basculer vers ce jour où enfants on nous endimanchait.

Lors, il était interdit de marcher dans le ru, de bleuir ses doigts à la haie de mûres, de jouer au béret dans la fange du pré.

Comme souvent, mais à condition que l’on ait son cahier de nuit prêt à accueillir l’encre d’une plume, le vide créé dans ma caboche m’a permis, après un long temps de quasi hébétude, de faire émerger ses images d’un paradis enfantin que l’on croyait perdues.

Ma prose maintenant est passée, je peux refermer le cahier.





passage du 19 au 20/12/2020

Un ajout

Moi et Soi

Cette histoire de soi qui s’écarte de moi, ce n’est pas que dans les livres. Je me réveille d’un court somme, (le premier de la nuit), avec la sensation d’une conscience paradoxale : je ne sais plus l’espace d’une seconde, où j’habite, quel jour on est, quelle est mon identité…Ça pourrait semer le doute, ça me donne l’énergie venue de ce courant mystérieux « antérieur à la connaissance ».

J’ÉCRIS À L’OREILLE





J’écris à l’oreille

C’est quelque fois nu

Et quelquefois rude





Nu comme les Sauvages

Que Montaigne admirait

Rude comme la Marseillaise

Qu’un sang impur

Fait couler dans les gosiers

Des sportifs et des mirlitaires

Mirliton tonton

Mirlitaine tontaine





J’écris à l’oreille

De sang et de neige

Les jeux de luges à Central Park

S’affichent sur mon smartphone

-Regarde pap’ ! s’écrie ma fille

en plein soleil

alors qu’ici c’est la nuit noire





On dirait une scène de Bruegel l’Ancien

C’est juste une autre manière

d’oublier le Covid

Central Park 18/12/2020

L’ARC ET LA LYRE





Bajo tu arco la noche duerme

Velan tus brasas

Octavio Paz





 Sous ton arc dort la nuit dort

Veillent les braises

(ma traduction)





La nuit me tend son arc

El Arco y la Lira

Echos de Paz

Le bien nommé





L’arc et la lyre

La flèche de Zénon d’Élée

Qui vole immobile

Et la lyre d’Orphée

Qui fait danser les Muses





Paix aux mille soleils des insomnies

Litanies des commencements

Épiphanies des songes

Pierres vives où l’on grave nos chants