Ce que je me dis… je l’écris Ou plutôt ce n’est qu’en écrivant Que je me dis certaines choses Seul j’évite de me parler Et de me regarder dans une glace (sauf nécessité) Ce que je me dis souvent C’est dans une chanson que j’écoute et anticipe la connaissant par cœur (Oncle Archibald de Brassens dernière en date) Ce que je me dis alors (mais c’est mentalement) -Tiens tu devrais reprendre ta guitare et la chanter pour de vrai Manière, coquin de sort, de faire de Sa Majesté la Mort la rencon-ontre (bis) biographème : j’appartiens à la confrérie qui apprit la guitare en usant ses phalanges sur les chouettes accords du père Jojo
J’AIME LES POÈMES
Les mots il suffit qu’on les aime Pour écrire un poème Raymond Queneau La poesie vanno sempre rilette, lette, rilette, messe in carica ; ogni lettura compie la ricarica. Valerio Magrelli Les poèmes doivent toujours être relus, lus, relus, mis en charge ; chaque lecture procède à la recharge. (ma traduction) J’aime les poèmes J’en lis chaque nuit Sans me soucier De leur auteur De leur sexe De leur visage De leurs ramages De leurs complexes De leurs créateurs J’aime les poèmes Qui me transportent Au bord d’une rivière Où je vivais hier passé 1 Jeannot on me nommait Lapin de la Fontaine J’aime les poèmes Qui me multiplient Dans des bouquins Que personne plus Ne lit Sur mon écran Bibliothèque universelle Et dans ma tête Tant qu’elle est capable D’enchaîner vers et bêtises Amour des bancs verts Place de la gare à Charleville 2 J’aime les poèmes Pour leurs fatrasies Où le sens cède l’initiative Aux sons Mes yeux au bout d’une baguette De sourcier Sorcier Sort scié Mort réduite à l’épitaphe D’un pauvre petit écolier Dont le Je se fragmente En pièces doutant de la différence Entre vivants et trépassés J’aime les poètes Qui se moquent de Frère Frappart Et qui chantent Rap à part La mort la mort toujours recommencée 3 J’aime les poèmes D’azur d’amour D’A noir D’Adada J’aime les poèmes Des mots bien (ou mal) placés Mal (ou bien) choisis Aux effets con- ou bien-venus Aux paroles qui loin de s’envoler Nous enrôlent nous font aurore Actent et entérinent Les songes d’une vie idéale Où se mêlent lumières et ténèbres Harmonie et chaos Ce qu’il faut à mon cœur Profond comme un abîme 4 1 Jean-Baptiste Chassignet 2 Rimbaud 3 Brassens 4 Baudelaire
LISTE D’IMAGES qui flattent certains poètes et qui sont insupportables à d’autres
LISTE D’IMAGES qui flattent certains poètes et qui sont insupportables à d’autres :
Le prince des nuées (le poète albatros), l’idiot (le poète du village), l’agent de transmission (le poète petit télégraphiste), le juste souffrant (le poète en prison), le vendeur de sardines (le poète du Vieux Port), le génie (le poète « du rien sonore » selon Victor H.), le catho (le poète s’adressant à Dieu exclusivement), le faiseur de vers (le poète dans sa tombe), l’enchanteur (le poète Merlin), le chanteur (le poète de la ville de Sète), le charmeur (le poète de la même cité quand on l’orthographiait Cette), le clair énonciateur (le poète boit l’eau), l’antimoderne (le poète ayant troqué sa chemise rouge en chemise noire), l’artiste des faubourgs (le poète des vernissages du samedi soir), le secouriste (le poète qui vient au secours des lecteurs de Céline et de Claudel), le philosophe (le poète de l’Idéal), le divin (le poète qui, tel les dieux, a toujours soif), le dandy (le poète du Spleen), l’universel (le poète célébrant l’Univers), le songeur (le poète toujours dans les nuages), le fauteur de trouble (le poète des murs ont la parole), l’exilé (le poète de Jersey), le concubin des Muses (alias le poète contumace), le couvreur (le poète écrivant ces poèmes « sur chaque ardoise du toit »), le pèlerin austère (le poète n’écrivant que couvert par sa vieille pélerine), le lunaire lunatique (le poète de Pampelune), le petit rat (le poète de l’Opéra), l’instituteur (le poète du parti pris et des leçons de choses), le penseur (le poète assis sur ses rondins), l’enfant des nuits d’Idumée (le poète à « l’aile sanglante, pâle…et déplumée »), le lanceur de dé (le poète du hasard et des bibelots abolis), le romancier (le poète confondu avec ses êtres de papier), le Don Juan (le poète in eroticis), le rimeur (le poète préférant la rime à la raison), le raisonneur (le poète inverse), le troubadour (poeta del trobar clus), le cachotier (le poète qui enferme chaque matin ses poèmes de nuit dans une malle), l’épique (le poète de l’époque homérique), le méthodique (le poète du Cogito), le faux don Juan (le poète jouant aux dames sur un jeu d’échec), le libre senteur (le poète des huiles essentielles), le plagiaire (le poète des pavés sous la plage), le prosaïque (le poète qui a cassé sa lyre), le problématique (le poète enculeur de mouches), le mythologique (le poète s’abreuvant à la source grecque), le négationniste (le poète qui nie les figures de style)…
La suite appartient aux lectrices lecteurs qui aiment la fatrasie
BEC DE FREUX
La nuit jaillissante et son bec de freux
Jacques Roubaud
Bec de freux
Kah Kah Krah
Le corbeau
D’Edgar Poe
Bec de freux
Frauduleux
Oiseau de malheur
Venant visiter
Sur le minuit lugubre
Le poète abattu
D’avoir perdu
Sa Muse
Bec de Freud
Sublime nécessité
De l’instinct de mort
Jamais plus
Never more

SI ON NE SAIT Y RÉPONDRE ON PEUT ZAPPER CET ÉCRIT
on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure… Roland Barthes le cri l’écrit sur le papier et dans la nuit le cran l’écran ça va cranter dit le mécréant tout en créant cette variation digne de Rabelais de Perec de Queneau et de tous les dicos d’onomatopées c’est du blabla mais c’est d’un clic que dame souris envoie cet écrit apparaître sur l’écran énigmatiquement