LA PREMIÈRE LIGNE





La première ligne

Nous ouvre un nouveau sentier

Elle est fortuite inattendue





C’est un pas dans la cendre

De nos déserts de nuit

Ou bien le premier rai du soleil

Qui fait lever l’aurore





Une poussée de glyphes

d’un calligraphe, en attente

de la direction,

que va lui indiquer le chemin :





Caminante no hay camino

se hace camino al andar.

Antonio Machado

une poussée de glyphes
Dorio 18/11/2020

la première ligne

SUR MON CAHIER D’ÉCRITURE





Je mets tout à plat

Tout ce qui sort de la pénombre
Sans en faire tout un plat.

« Comme un astre éclipsé »

ajoute Baudelaire,

dans un sonnet.





Je mets tout à rêve,

les amers et les doux,

les longues nuits sans trêve,

qui grèvent et dégrèvent,

le langage qui doue

mes vers d’un doux froufrou.





Je mets tout à dire,

les Sirènes les oiseaux-lyres,

« la nuit approbatrice »,

d’un Mallarmé Phœnix,

les lèvres qui murmurent

l’amour des métaphores,

le mot « humble » qui n’a pas de rime,





Tout ce qui s’inscrit

sur mon cahier d’écriture,

avant d'aller rejoindre

la belle forme d’un livre.





sur mon cahier d’écriture

manuscrit premier jet

POÈME ZEN





Poème zen

Venu d’un monde intérieur

mais non clôturé

Sans peur ni repentirs





En s’écrivant il se donne

le « monde-autre » des poésies

comme horizon de lecture

(comme une geste chamanique)





Poème zen

S’il sort de travers

Je le laisse

sur un coin de table

et j’en commence un autre





Ou bien

j’écris sur le poème raté

palimpsestueusement





Poème zen

Couleurs des nuits

Poussière d’ailes

de papillons blancs

que l’on nomme « éphémères »


	

C’ÉTAIT LA NUIT





C’était la nuit

L’honneur des poètes

Que personne plus ne lit





C’était la nuit

Spirale d’un Nerval

« engloutissant les Mondes

et les jours ! »





C’était la nuit

Celle qui donnait le souffle

« aux enfants du limon »           





C’était la nuit

Sous la grotte Sibylle

Bredouillait ses énigmes





C’était la nuit

La nuit désenchantée

L’esprit de poésie

D’un poème oublié





14/11/2020

c’était la nuit

QUAND LES MOTS RÉVERBÈRENT





Les mots réverbèrent entre eux,

ce sont matière et manière

d’une écriture.





Nerval se pend au réverbère.

Personne ne sait pourquoi.

Ce qu’il nous dit, parce qu’il l’écrivit,

c’est que le rêve était pour lui

une seconde vie.





Les mots réverbèrent et divaguent entre eux.

Mallarmé s’y complait :

« Rien cette écume, vierge vers

À ne désigner que la coupe. »

Écume des jours, coupe qu’on lève,

« pour des lèvres que l’air du vierge azur affame ».





Les mots réverbèrent et font l’amour

sur les murs de Mai 68,

Jouissez sans entrave,

Sous les pavés la page.





Les mots réverbèrent chez Verlaine, Paul-Marie,

en vers impair, son préféré :

« Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ».





Les mots réverbèrent sur « la mourre,

jeu du nombre illusoire des doigts ».

« Et la girande tourne Ô nuit ô belle nuit ! »

(Apollinaire)





quand les mots réverbèrent

entame musicale « Astronomy Domine » Pink Floyd