LA NUIT BLANCHE





La Nuit blanche c’est comme une poussière qui achève bien les stylos

La Nuit blanche c’est comme un visage en deuil de noir et de blanc

La Nuit blanche c’est le petit veau étoilé qui perce la poche sanglante de sa mère

La Nuit blanche c’est l’énergie qui oscille entre brillance et matité

La Nuit blanche c’est le révolver d’acacia

La Nuit blanche c’est le bonheur du silence tiré à quatre épingles

La Nuit blanche c’est l’œuf cosmique qui sort de la lagune de Tenochtitlán

La Nuit blanche c’est le lin et le lien de tous les travailleurs de la vingt-cinquième heure

La Nuit blanche se promène sur le dos des yacks noirs

La Nuit blanche jette son voile et ses graviers volcaniques

La Nuit blanche c’est le sel et le lait et l’hésitation du stylo sur la page de craie et de cendres

une minute d’un dessin de nuit blanche « affranchi de l’ordre du temps »
dorio 30/08/2020

écouter la nuit blanche

LA NUIT NOIRE

La nuit blanche est noire cette nuit d’équinoxe et de marins disparus

Nuit noire, noche oscura, b perdu, béances grises.

La nuit noire est blanche cette nuit où le maître de cérémonie gracie le taureau de Niaux.

Nuit noire qui passe ses chemins de la bouche jusqu’au fondement, qui charbonne les écorces géométriques et l’architecture pariétale.

Nuit noire que l’on boit dans la vigne bleutée et l’ivresse de l’arche.

Nuit noire où l’on puise dans le livre des mille recettes broyées dans le mortier, avec le maïs de toutes les couleurs et ses chansons de pilon.

La nuit noire est un cantique athée.

La nuit noire scande ses encres et ses défis dans les masques amazoniens des cochons divins.

Nuit noire qui aime la castagne, le brou de noix et les brouches de nos campagnes.

La nuit noire est blanche cette nuit, dans les poteries brisées de l’été, dans les pagnes et les boues où s’accouple le monde avec le fleuve Amour et ses poèmes insensés.

calligraphies Juan Ponte

LA NUIT BLEUE

étoilant de couleurs mes feuilles d’indigotiers
jj dorio 28/08/2020
détail




La nuit bleue cette nuit
se laisse porter
par cette houle bienfaisante
qui libère l'oxygène des phrases
en apesanteur
 
La nuit bleue est une algue
que je mâche sans compter
en contant ces histoires à dormir debout
aux petites filles de l'Océan - les Néréides
 
La nuit bleue est si rare
que seules les femmes d'azur
et de patience infinie
savent l'enfanter
 
C’est la nuit de pharaons recomposés
et de chats qui récitent moqueurs
les poèmes de Baudelaire
 
Nuit bleue des Intouchables
Derniers poètes étoilant de couleurs
Leurs feuilles d’indigotiers



 
 
 
 
 











 
 
 
 

LA NUIT VERTE





C’est la nuit verte

la malachite sort de l’Oural

C’est la nuit verte

qui joue du coude dans la trompette de Gillepsie

C’est la nuit verte

qui renverse les cuves des teinturiers du Roi

C’est la nuit verte

qui s’accroche aux doigts de Federico García

C’est la nuit de squelette qui danse la jota

C’est la nuit verte

de la fougère et du jus d’ortie

C’est la nuit verte

du vers luisant de l’Utopie

C’est la nuit verte

qui se confond avec l’azur

C’est la nuit de myrtes qui grimpent aux tours génoises

C’est la nuit verte

qui cerne les yeux des immortels

C’est la nuit verte

de Gay Lussac un mois de mai

C’est la nuit des Hopis et des holothuries

C’est la nuit verte

qui disparaît jusqu’au printemps

C’est la nuit verte

sous le soleil de Satan

C’est la nuit qui se consume jusqu’à l’aurore

dans le sablier vert du temps 

LA NUIT JAUNE

Nuit jaune nuit soleil

nuit jaune bouton d’or

La nuit jaune sort des déserts ses momies énigmatiques

La nuit jaune casse son œuf soufre et sel





Nuit jaune nuit soleil

Nuit jaune de Lascaux et d’Altamira

La nuit jaune sur écorce

la nuit jaune d’arsenic

La nuit grillée drapée de sari et d’orpiment

La nuit jaune de Monticelli

des chairs de Rubens déclinées par Baudelaire

La nuit jaune des chiens errants sur la lande de grès





Nuit jaune nuit soleil

La nuit jaune de flamenco et de camomille

La nuit jaune des doigts de safran

qui se balance sous le mimosa conjugal

qui se conjugue avec Bouddha

La nuit jaune du vide effervescent

La nuit du chasseur et du cerf aux bois de santal

La nuit du soleil naissant jaune chrome de Vincent

où le semeur à la toile bleue foule la terre violette

ignorant les sales corbeaux





Nuit jaune nuit soleil

Nuit Monk qui réveille minuit

La nuit jaune en haillons pour le dormeur du val

La nuit de l’eau de fenouil dans la gargoulette

La nuit dans les yeux du chat de Montaigne

qui pousse la pelote de ses Essais

La nuit jaune sur la peau et dans le tabac à priser





Nuit jaune nuit soleil

La nuit de ce faune qui rame sous les ifs

Nuit jaune qui s’égare

Nuit ornée sur les murs de la vieille Sorbonne

La nuit jaune de miel et de réséda

avec cette craie d’écolier

qui éclairait le tableau

de ceux qui croyaient au ciel

et de ceux qui n’y croyaient pas

(ceux et celles qui aiment

poétiser l’émerveillement

écriront une suite)