
cinq heures du soir
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


Je ne sais pas fermer les yeux d'un premier somme de la nuit sans les avoir préalablement laissés courir sur les pages d'un livre Une fiction une manière de s'oublier dans un monde lointain étranger au vieil enfant qui passe ainsi de son identité à son inidentité Mais laquelle est la plus vraie ? Nous demandent Shakespeare ou Lopé ? Plus on vieillit plus des voix bruissent sur la scène d'un théâtre d'éclairs de tempêtes de bruit de portes et de soupirs qui troublent nos mémoires Qui parle alors en soi ? Quelle étrange personne nous invente ivrogne gueux soldat sans patrie ou roi découronné ?

Je me réveille je perds le fil Du rêve qui était en train De me tisser une de ses histoires Où il m'enveloppe dans son linceul
Pour me rendormir oublier Rêve Je me mets à compter Les grains de sable de l'Univers Qui nous regarde Compter ce qui n'a ni début ni fin
Je me rendors je me réveille Et même "entre" ces deux temps-là J'aide le vieil écrit a tisser sa toile Fantôme errant dans sa bibliothèque Qu'un autre que lui nommait Sa librairie
Ainsi vivace le corps écrit Pense ses plaies Marche sur les braises De ce volcan Qui peu à peu S'apaise
16 mai 2020
Sur le blog "Rêveuse de mots" https://reveusedemots.blogspot.com/ Une aquarelle vue à plusieurs yeux Pièce à pièce comme l'on bâtit Une barque légère ou un navire de haut gréement Merci à Maria Dolores Cano
ÉCLAIR DE NUIT Il a brouillé l'image venue du satellite Hier il faisait sauter les plombs
Et maintenant après l'orage éclair de nuit sont les trois mots d'un poème incertain Mais dont tous les choix pour la suite sont permis pour l'esprit qui ruse et qui divague Je m'inspire ainsi d'un ouvrage lumineux sur Homère notre père d'un mythe qui ouvre, mais de manière réglée, à la variation, à la fantaisie* Qui fait suite au "déconfinement" pour ceux qui ont intégré le slogan Restez chez vous comme un manque une perte de leur vie quotidienne Mais sous les mots ici tout au contraire un vivant à poursuivi l'envie de lire et d'écrire des poèmes ou des textes approchant le désir des rhapsodes : Recomposer le monde Qui sans cesse se défait Le tisser de ces pièces qui cousent ensemble des chants nouveaux
*HOMÈRE Pierre Judet de la Combe
